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Nübel, sur les traces de Neuer

Nübel, sur les traces de Neuer

Le 26/06/2019 à 23:46Mis à jour Le 27/06/2019 à 18:42

EURO U21 - Le gardien international Espoirs de Schalke 04 dispute son premier grand tournoi, dix ans après l'Euro 2009 qui a révélé Manuel Neuer et les futurs champions du monde 2014. Observé en Allemagne comme le successeur de "Manu", Alexander Nübel n'a pas traîné pour s'imposer et s'est montré décisif dans le dernier match de poules, qualificatif pour les Jeux Olympiques.

Les Portistes ne s'en souviennent que trop bien. Le 5 mars 2008, quelques semaines avant de fêter ses 22 ans, Manuel Neuer écoeure le FC Porto à lui tout seul en huitième de finale retour de la Ligue des champions, réalisant notamment un arrêt lunaire devant l'attaquant marocain Tarik Sektioui avant de stopper deux tirs au but. C'est ce geste, aussi spectaculaire qu'acrobatique, aussi décisif qu'improbable, qu'ont cru revivre, dimanche 23 juin 2019, les spectateurs d'Allemagne-Autriche à l'occasion du dernier match de poule de l'Euro Espoir. Face à Sasa Kalajdzic, seul à 5 m, Nübel réalise l'impensable.

"C'est le genre de parades que l'on doit regarder deux fois pour les comprendre", s'emballe le lendemain, dans un article dédié au prodige dans le Süddeutsche Zeitung, le journaliste Sebastian Fischer. Klaus Thomforde, entraîneur des gardiens, et Stefan Kuntz, sélectionneur des Espoirs, lui tressent aussitôt des louanges. Une dizaine d'années après "Manu", les Allemands, cohorte médiatique en tête, se prennent à lui rêver un successeur en la personne d'Alexander Nübel, 22 ans à son tour.

Seulement battu, jusqu'ici dans le tournoi, sur penalty, le colosse de Schalke affiche 1,93 m, comme son illustre aîné. Mais la comparaison va bien au-delà des chiffres. En 2009, Neuer porte vers le titre les Espoirs allemands, parmi lesquels Mesut Özil, Sami Khedira, Benedikt Höwedes, Jerome Boateng ou Mats Hummels, et favorise l'éclosion d'une génération qui sera championne du monde 5 ans plus tard. Tel est le mal que les Allemands souhaitent à Nübel dans un parallèle tentant mais quelque peu hâtif. Certes, il s'agissait pour Neuer du premier grand trophée de sa carrière et il en serait de même pour Nübel si son équipe remportait les deux prochains matches.

Mais en 2009, le futur quadruple meilleur gardien du monde comptait déjà trois saisons comme titulaire du poste dans son club. À cette époque, Nübel avait 12 ans et évoluait encore comme joueur de champ – ce qui sera le cas jusqu'en U14 – au SC Paderborn. Point commun flagrant avec l'aîné, comme le veut la tradition de la formation des gardiens dans la Ruhr. Mais Nübel, lui aussi ambidextre, n'a éclaté à Schalke que cette saison, et même demi-saison, profitant de la déconfiture des Bleu Roi pour, lancé par Domenico Tedesco, prendre la place de Ralf Fährmann.

Alexander Nübel, gardien des Espoirs allemands

Alexander Nübel, gardien des Espoirs allemandsGetty Images

Possible transfert au Bayern

Si le jeune gardien de Schalke, contrairement à celui du Bayern, n'est pas né à Gelsenkirchen, son potentiel lui ouvre la perspective de suivre ses traces. Schalke et le Bayern discutent déjà d'un possible transfert du phénomène vers la Bavière, où on l'y apprécie beaucoup. Le gamin de Paderborn, lui, a renvoyé toute évocation de la thématique à l'après Euro. Il a débuté en équipe première de Schalke à 19 ans à l'occasion de la dernière journée 2015-2016, remplaçant "pour l'honneur" Ralf Fährmann à la 90e minute de la victoire 4-1 contre Hoffenheim. Mais il a dû patienter deux années supplémentaires pour remettre le couvert, cette fois une mi-temps complète pour la victoire de Schalke 1-0 contre Francfort à la dernière journée 2017-2018.

Prolongé dès 2017 pour trois ans, il a su faire preuve de patience pour retrouver du temps de jeu. D'abord comme remplaçant, à trois reprises, d'un Fährmann blessé à l'automne 2018 – de quoi lui servir de tremplin chez les Espoirs, chez lesquels il compte désormais une quinzaine de sélections. Puis durablement en 2019, passant devant l'ex-titulaire durant la trève hivernale. Volontaire et ambitieux, il dévoile aujourd'hui l'émulation qu'il a su trouver aux côtés de Fährmann, un monstre auprès des sympathisants de Schalke. Conscient des circonstances, cependant : "Évidemment que la saison compliquée m'a aidé à avoir le droit de jouer", concède-t-il. Le bain n'en était pas moins grand et le jeune homme aura été l'un des artisans du maintien.

La tête froide, Nübel affronte les gros titres et le souffle médiatique avec recul. "Je n'y accorde que peu d'importance, affirme-t-il. Je prends la distance nécessaire. Avec mes amis, je parle volontiers d'autre chose que de football. Dans la rue, je ne suis pas reconnu si souvent. Pourvu que ça dure..." Et la comparaison inévitable avec son illustre aîné ? "Cela m'honore, mais je ne m'en préoccupe pas trop." Sans doute aussi parce que, pour atteindre l'étoile et soutenir réellement la comparaison, il lui manque encore quelques arguments. "À ce niveau-là, nous avons Marc-Andre ter Stegen", élude-t-il, non sans raison. "Il correspond comme aucun autre au jeu du FC Barcelone. Depuis des années, il joue très bien. En Allemagne, dans les médias, on n'en a pas pleinement conscience." Lui n'a pas manqué d'observer de près ses meilleurs compatriotes et constaté à quel point leur jeu au pied était performant. "J'ai toujours joué volontiers au pied, témoigne-t-il. Nous nous y entraînons souvent et j'apprends encore. Et chez les Espoirs, c'est pertinent parce que nous voulons dominer le jeu et repartir de l'arrière."

Alexander Nübel (Schalke 04)

Alexander Nübel (Schalke 04)Getty Images

Jens Lehmann, l'idole

Compétence issue de l'enfance et complémentaire avec les arrêts réflexes et le jeu défensif qu'il a eu à déployer ces derniers mois au sein d'un Schalke aux abois. Nübel développe ainsi un double savoir-faire dont le pionnier, en Allemagne, était Jens Lehmann. Cela tombe bien : "Mad Jens" était l'idole d'enfance de l'international Espoir. Ce n'est que cette saison que ce dernier a le droit de goûter aux tournois internationaux, n'ayant jamais eu le privilège d'une sélection auparavant. De quoi décupler son appétit. Surtout maintenant que l'Allemagne a composté son ticket pour les Jeux olympiques de Tokyo... "J'y participerais bien volontiers", salive Nübel. Qui, à l'instar de son concurrent direct Florian Müller, le portier de Mayence, doit encore progresser pour régner dans sa surface, notamment sur les ballons aériens. "Dans le jeu, je dois aussi m'améliorer pour communiquer", estime-t-il, ce qui semble logique vu son caractère plutôt réservé. Dès lors, il sera temps de frapper à la porte des A. "C'est le gros objectif pour tout le monde", concède-t-il. Ajoutant : "Et volontiers aussi vite que possible." Servir la patrie est son grand credo, lui qui se serait "probablement orienté vers l'armée" si le football ne l'avait pas accaparé.

Manuel Neuer, l'Euro Espoir gagné, avait pris place dans les buts de la Mannschaft un an plus tard, pour le Mondial 2010, profitant de la blessure de René Adler. Ça n'ira probablement pas si vite pour Nübel, qui devrait pouvoir continuer encore un peu à tranquillement se cacher derrière ses lunettes de soleil et sortir à l'occasion, comme il aime tant, pour « une petite bière » ou pour danser en soirée. Qu'il fasse vite : la notoriété le guette.

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