Millwall-Wigan : Millwall, club le plus détesté de Londres, s'invite à Wembley

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Club de Championship, Millwall s’offre une demi-finale à Wembley face à Wigan (18h15). Portrait du club le plus détesté de Londres.

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Crédit: Eurosport

Mercredi 13 mars 2013, Ewood Park, un rugissement animal se fait entendre. Les Lions de Milwall ont écarté les Blackburn Rovers et iront à Wembley, neuf ans après l’épopée qui les avait conduits à disputer une finale face à Manchester United au Millennium Stadium de Cardiff. C’est désormais une demi-finale face à Wigan (qui joue le maintien en Premier League) qui attend le club le plus détesté de Londres. Mais au fond, d’où vient cette réputation, fortement relayée par la culture populaire?
On se souvient de ce film, "Hooligan" , deux heures excessivement bien filmées, de plans caricaturaux sur des banlieusards londoniens qui occupent leurs dimanches après-midi à se bastonner entre eux. Avec, en prime, Frodon Sacquet (Elijah Wood) dans le rôle du petit ‘ricain qui débarque de Harvard et qui apprend la "vraie vie" dans les pubs, les stades et les tunnels sombres de la capitale britannique. Et ouais, Hooligan, ça reste LA référence en terme de foot au cinéma (exit, "A nous la victoire", navet classique dans lequel une bande de prisonniers de guerre (Pelé, Moore, Van Himst,…) jouent leur liberté lors d’un match face à la sélection germanique). Bien entendu, les supporters de Millwall y sont représentés comme les vilains (tout comme dans "Football Factory", à voir si vous n’avez rien à faire un dimanche soir pluvieux). Le succès surprise du film va contribuer grandement à la réputation du club sur le vieux continent. Car au pays de la bière plate, il y a bien longtemps que Millwall est considéré comme le club ayant le contingent de supporters le plus agressif ("passionné", diront certains). Le moindre déplacement des Lions, dans la capitale ou ailleurs, met automatiquement les forces policières en état de siège.
Un stade capable de se mobiliser pour renverser une situation catastrophique
Nous avons rencontré Christophe Kinet, qui a joué trois saisons durant au Den: "Millwall, ce fut une période extraordinaire, pour moi, nous explique l’ancien médian désormais entraîneur du Rfc Liège. Au-delà de la réputation des supporteurs, il faut souligner leur incroyable énergie et leur faculté à retourner un match. Je me souviens d’une rencontre contre Coventry où nous étions menés 0-2, le stade s’est soudainement embrasé, c’était bouillant, et contre toute attente nous l’avons emporté 3-2; ce sont les supporters qui ont gagné ce match ! Mais le plus beau souvenir, c’est la montée de D3 en Championship. Comme il est de tradition en Angleterre, nous avons traversé la ville en bus rouge depuis le stade d’entraînement pour être reçus à Westminster, un trajet qui dure en principe trente minutes… Nous avons mis plus de trois heures ! Il a fallu faire quelques détours pour s’arrêter dans les pubs de supporters des Lions. Les rues étaient noires de monde, il y avait du bleu et blanc partout… Pour une montée en D2 ! Inimaginable !".
Contrairement à ses voisins londoniens de Chelsea, Arsenal ou Tottenham, le palmarès de Millwall est aussi vierge que celui du Sporting de Charleroi avant la guerre (wait, même après en fait…). Alors comment expliquer que l’attitude agressive (ou la passion, appelez cela comme vous voulez) des 20.000 Lions ait fait la réputation d’un club médiocre sportivement et qui n’a jamais su se maintenir plus de deux saisons en Premier League? Et bien un élément de réponse se trouve il y a deux ans, avant-dernière journée de Premier League, West Ham (l’ennemi juré) joue son dernier match à l’extérieur à Wigan, avant une relégation certaine. Les Hammers sont en larmes. L’ambiance est morose. Un bruit de moteur se fait entendre. Un petit avion survole le stade, il vole bas, très bas… Trop bas ! Une banderole y est accrochée, sur laquelle on peut lire "Avram Grant – Millwall legend" (Grant était l’entraîneur jugé responsable par la presse de la descente de West Ham en 2011). Une nouvelle fois, Mill’ faisait le buzz. Comme lors de sa dernière confrontation en FA Cup face à ces mêmes Hammers. Défaite 4-1 mais victoire dans les tribunes (toute relative, puisque les forces de polices ont dû s’employer comme jamais ces dernières années pour séparer les supporters des deux camps).
Millwall,  dernier représentant du football anglais des années soixante-dix
Mais le buzz ultime, ce fut sans nul doute cette épopée de 2004 qui conduisit les gars du New Den en finale de Cup, à Cardiff. Face aux Red Devils, Millwall n’a rien touché. Battus 3-0, dominés dans tous les compartiments du jeu par une équipe qui jouait au ralenti ; mais en tribune, pardon, quelle folie ! C’est ce jour-là que le monde entier entendit pour la première fois l’hymne des supporters du club "No one likes us, we don’t care, we are Millwall" (traduisez: "Personne ne nous aime, on s’en fout, on est Millwall"). Les types n’avaient aucune prétention de victoire, et d’ailleurs, pour beaucoup de fans de Millwall, la montée en Premier League n’est pas un but avoué, ni même un rêve. Le fan moyen veut juste montrer qu’il est là, avoir plus de "gueule" que l’adversaire en tribune. Hurler, chanter et boire une bonne pinte. Plutôt que de rentrer dans le football pognon qui gangrène le plus beau championnat du monde depuis quelques années.
Au New Den, le football est encore un exutoire pour chômeurs et ouvriers de la banlieue. C’est le football des seventies. Car si le championnat anglais a changé, est devenu plus lisse, Millwall résiste tant bien que mal à cette aseptisation post-Hillsborough. On aime où on n’aime pas, mais en 2013, quelque part dans le banlieue de Londres, le drame social se joue toujours. Un samedi sur deux, vers 20h…
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