Positionné comme Pirlo, Gerrard redeviendra vite Gerrard

Cette saison, le capitaine de Liverpool brille à un poste plus défensif. Mais ce repositionnement n’est pas amené à durer, selon Florent Toniutti.

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Steven Gerrard est-il sur le point d'entrer dans une nouvelle phase de sa carrière ? Depuis quelques semaines maintenant, l'éternel capitaine de Liverpool est devenu le milieu le plus défensif de la formation de Brendan Rodgers. Et c'est avec lui dans ce nouveau rôle que les Reds ont fait exploser Arsenal le week-end dernier (5-1 et déjà 4-0 au bout de 20 minutes de jeu). Les années passant, l'endurance n'est plus forcément la même, et faire reculer Gerrard à ce poste devant la défense peut lui permettre de s'économiser, en concentrant son travail sur de plus petites zones du terrain.
Mais si l'idée peut être intéressante, l'option Gerrard au poste de n°6 ne reste qu'une solution temporaire pour le moment. Jusqu'ici, et depuis quelques saisons déjà, le préposé aux basses oeuvres dans l'entrejeu des Reds se nommait Lucas Leiva. Peu épargné par les blessures ces dernières années, le Brésilien est à l'infirmerie depuis mi-janvier pour soigner une blessure au genou contractée face à Aston Villa. C'est depuis cette date que Steven Gerrard a reculé d'un cran dans la formation de Brendan Rodgers pour se retrouver en soutien de Jordan Henderson et de Philippe Coutinho. Et les résultats suivent puisque Liverpool reste sur trois victoires et un nul sur les quatre dernières journées de Premier League, avec deux succès probants face à des rivaux dans la course à l'Europe (4-0 Everton, 5-1 Arsenal).

Pas aussi protégé que Pirlo

La dernière sortie des Reds face aux Gunners a d'ailleurs permis à Gerrard de briller dans sa nouvelle panoplie de meneur reculé. Dans ce nouveau rôle, le légendaire n°8 ne participe plus au pressing. Il se contente de l'accompagner. Positionné dans l'axe devant lui, Sturridge, Coutinho et Henderson effectuent désormais le travail ô combien important de harcèlement sur la relance adverse. Parfois aidés par Sterling et Suarez, leur rôle est de protéger un maximum leur capitaine, en interdisant aux adversaires de distribuer le ballon dans sa zone ou de la traverser. Face à une équipe comme Arsenal, qui recherche la possession de balle, cela a permis à Gerrard de n'avoir quasiment aucun duel à disputer au milieu de terrain. Il a alors pu briller par sa lecture des trajectoires, sa capacité à anticiper pour couper les lignes de passes et ses interceptions.
En revanche, lorsque Liverpool est en phase défensive dans ses 30 mètres, le Gerrard "guerrier" reprend le dessus. Loin d'un Pirlo, qui reste toujours protégé par ses deux gardes du corps, il n'hésite pas à quitter sa position devant Skrtel et Touré pour aller récupérer le ballon dans les pieds adverses sur les côtés. Face à Arsenal, il est ainsi très souvent venu aider Cissokho face à Oxlade-Chamberlain (jusqu'à un excès d'engagement qui a offert le penalty à Arsenal), ou pour compenser un surnombre crée par le déplacement de Wilshere ou Özil. Joueur chargé de la couverture quand Liverpool presse, Gerrard devient actif quand tout le reste de l'équipe est en position défensive : lorsqu'il va chercher le duel, Coutinho et Henderson restent dans l'axe afin de protéger leur défense... et déclencher à nouveau un pressing si l'adversaire tente de ressortir le ballon dans l'axe.
Loin d'être pénalisant défensivement face à Everton et Arsenal, ce nouveau positionnement de Gerrard peut en revanche s'avérer moins efficace face aux plus petits clubs, qui laissent volontairement la possession de balle aux Reds. Si Liverpool a dominé Arsenal le week-end dernier, c'est grâce à l'énorme travail des offensifs pour bloquer le jeu de transition d'Arsenal en ralentissant la relance, diminuant ainsi les chances de voir Özil en un-contre-un face à leur capitaine. Mais face à une équipe repliée dans son camp, les attaquants de Liverpool se focaliseront d'abord sur la recherche de solutions dans les 20 derniers mètres. Les permutations et autres déplacements que cela implique désorganisent forcément le pressing face à la relance adverse. Résultat, un Gerrard milieu défensif beaucoup moins protégé et susceptible de subir les assauts et les contres adverses.

Le premier relanceur des Reds

Au-delà de ce premier "léger" bémol, ce repositionnement de Gerrard implique aussi de moins le voir dans les 30 derniers mètres. Cela ne l'a toutefois pas empêché de peser dans 5 des 13 derniers buts de son équipe : les coups de pied arrêtés pèsent beaucoup dans cette balance statistique, pour le plus grand bonheur des Reds. Lorsque Liverpool est en possession du ballon, Gerrard influe d'abord sur la relance de son équipe. En décrochant entre Skrtel et Touré, ses défenseurs centraux, il offre aux Reds une plus grande maîtrise de la première passe. Avec trois joueurs pour la réaliser, Liverpool peut facilement prendre le dessus sur les équipes n'évoluant qu'avec une seule pointe. Arsenal l'a appris à ses dépens, encaissant la relation Skrtel-Suarez pendant toute la première mi-temps avant qu'un joueur ne s'avance pour épauler Giroud en première ligne. Pas de chance pour les Londoniens, en jouant plus haut, ils ont été pris dans leur dos par une passe de Touré sur le cinquième et dernier but de Liverpool.
En plus d'influer sur la relance, Gerrard pèse aussi en soutenant les attaques. De sa position reculée, il est généralement libéré de la pression du milieu de terrain adverse et a souvent le temps d'orienter le jeu à sa guise lorsque le ballon arrive dans sa zone. Il peut alors faire parler toute sa palette de passes, soit en usant de transversales pour changer le jeu, soit - et c'est là son principal avantage dans ce rôle par rapport à Lucas Leiva - en trouvant la "killer-pass" qui va prendre à défaut les deux lignes adverses. Il en a d'ailleurs réussi une belle face à Fulham en milieu de semaine pour permettre à Daniel Sturridge d'égaliser. Lorsque Liverpool attaque, son rôle peut ainsi se rapprocher de celui de Fernandinho du côté de Manchester City.
A l'heure actuelle, le recul de Gerrard est une solution gagnante pour les Reds. Les résultats sont là, les hommes de Brendan Rodgers marquent les esprits et le capitaine de toujours en perd rien de son influence, défensivement comme offensivement (ses statistiques le prouvent). Néanmoins, sur le long terme, cette option ne semble viable que dans les grands matches où Liverpool accepterait, ou serait forcé, de jouer le contre. Dans les autres, qui font tout de même la majorité de la saison, Gerrard serait certainement plus utile en position avancée sur le terrain. Un rôle aujourd'hui impossible à tenir en raison de l'absence de Lucas Leiva. Bref, ce qui s'apparentait à un choix par défaut il y a quelques semaines s'est transformé en une vraie réussite pour Brendan Rodgers. A défaut de chambouler ses plans pour la fin de saison, le recul de Gerrard lui offre au moins un atout tactique supplémentaire en vue des échéances à venir. Toujours précieux pour un coach à l'approche des matches-couperets de fin de saison.
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