Fifa contre FIFPro - Alien vs. Predator !

Ces derniers mois, la FIFA s'est arrangée pour court-circuiter plusieurs fois la FIFPro, le syndicat mondial des joueurs. L'instance internationale s'est arrangée pour ne pas convier le syndicat mondial des joueurs et créer une "opposition" factice. De quoi pousser la FIFPro à une confrontation directe avec l'instance de Gianni Infantino ?

FIFA-Präsident Gianni Infantino

Crédit: SID

Pour les autocracies, le moyen le plus sûr de se débarrasser de l'opposition à leurs régimes est de créer la leur. En Russie, où critiquer ouvertement Vladimir Poutine est un exercice périlleux, ils avaient été trois "opposants" à se présenter contre le maître absolu du Kremlin lors des élections présidentielles de 2024. Aucun d'entre eux ne visait à renverser l'occupant du trône, car tous avaient eu son aval.
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Poutine fut réélu avec 88,48% des voix, son "opposant" le plus proche, le candidat du Parti Communiste Nikolaï Karitanov ne recueillant que 4,37% des suffrages. Peu importait que personne ne fût dupe de l'artifice. Seule importait l'illusion de l'exercice démocratique, et pour créer celle-ci, rien de mieux qu'une "opposition" factice.  Comme celle que la FIFA vient de monter de toutes pièces en créant son alternative à la FIFPro, le syndicat mondial des joueurs. 
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Prezydent FIFA Gianni Infantino optował za organizacją mundialu przez Arabię Saudyjską

Crédit: Getty Images

Infantino n'a même pas besoin de son Karitinov

Il est certainement beaucoup moins dangereux de s'opposer à Gianni Infantino et à la FIFA qu'à Vladimir Poutine, l'homme qui lui remit la médaille de l'Ordre de l'Amitié en 2019 à Moscou, non qu'il se trouve beaucoup de rebelles parmi les 211 associations nationales qui composent l'instance supposée être leur émanation. La preuve en est que Gianni Infantino n'a même pas besoin de son Karitinov. Aucun candidat ne s'est présenté contre lui depuis 2016, et il fut reconduit dans ses fonctions présidentielles sans qu'on procède à un vote, par acclamations, lors des Congrès de 2019 et 2024.
Il existe néanmoins des contre-pouvoirs à la FIFA, à tout le moins en théorie. L'UEFA d'Aleksandr Čeferin a eu quelques velléités, mais a toujours fini par rentrer dans le rang. Les autres confédérations sont au garde-à-vous.
La seule entité qui se soit opposée publiquement aux décisions de Zurich est la FIFPro, le syndicat qui regroupe 65 000 joueurs professionnels et 68 associations nationales, qu'on imaginerait être un interlocuteur incontournable dans toutes les questions qui touchent au bien-être des footballeurs. Pour commencer, ceux-là sont les premiers affectés par les changements apportés par la Fifa au calendrier des compétitions internationales, aujourd'hui plus que jamais.
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FIFA Logo

Crédit: Getty Images

La surcharge du calendrier au cœur des débats

La Coupe du monde de 2026 accueillera seize sélections de plus, faisant passer le nombre de matches de 64 à 104, et il a été proposé que l'édition du centenaire, en 2030, compte 64 participants à sa phase finale. La FIFA a d'autre part imposé une ré-invention complète de la Coupe du monde des clubs qui en fait une compétition globale ouverte à 32 équipes, quand elles n'étaient que sept à se disputer le trophée auparavant.
Il suffit de voir les problèmes en termes de blessures ou de fatigue rencontrés en cette saison 2025-26 par les joueurs du PSG, finalistes du tournoi de 2025, pour juger de l'impact de ce gonflement du calendrier sur la santé de joueurs qui n'auront pas eu de véritable pré-saison. La FIFA se dit consciente du problème et, pour nous convaincre qu'il ne s'agit pas de paroles en l'air, vient d'organiser une "rencontre de consultation avec les joueurs" à Rabat, comme elle en avait organisé une autre à New York le 12 juillet dernier.

FIFPro court-circuitée

Le hic est que l'organisation représentative des footballeurs professionnels, la FIFPro, dont nul ne songerait à remettre la légitimité en question, ne fut invitée ni à l'une ni à l'autre de ces "rencontres". En son lieu et place, la FIFA convia les représentants de trente syndicats nationaux de joueurs, plus l'inévitable Roberto Carlos, qui posèrent avec Gianni Infantino à la conclusion de cet étrange sommet. La FIFA annonça aussi à l'occasion la création d'un tout nouveau, tout beau "Forum de consultation des joueurs professionnels de la FIFA" que personne n'avait vu venir.
Comme on l'imagine sans peine, la FIFPro, court-circuitée une nouvelle fois, n'a pas pris la chose au mieux. "La réunion [de Rabat] ne comptait pas de représentation mondiale significative des syndicats indépendants de joueurs qui parlent au nom des joueurs et font partie intégrante des négociations collectives", pouvait-on lire dans le communiqué publié par le syndicat.
La FIFA a déjà appliqué des stratégies similaires avec les agents et les supporters, en créant des organisations proches de la FIFA pour les processus de consultation au lieu de collaborer avec les organismes représentatifs reconnus du football. Étendre cette pratique aux questions liées au travail et promouvoir de faux syndicats ou des syndicats "jaunes" sape la représentation collective des travailleurs et est contraire aux conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT)". Mais la FIFPro aurait pu aller encore plus loin.
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Zufrieden: FIFA-Präsident Gianni Infantino

Crédit: SID

Les représentants de syndicats nationaux de joueurs invités juste avant

Eurosport a appris que les invitations aux trente représentants de syndicats nationaux de joueurs n'avaient été envoyées que quelques jours avant la réunion, et que les frais de transport et de logement des invités avaient été pris en charge par la FIFA. De plus, quatre des syndicalistes présents à Rabat, le Brésilien Rinaldo Martorelli, le Namibien Sylvester Goraseb, l'ancien attaquant ivoirien d'Anderlecht et du RC Lens Aruna Dindane et le Sud-Africain Thulaganyo Gaoshubelwe représentaient des syndicats qui ont fait l'objet de suspensions pour problèmes de gouvernance ou d'allégations de corruption dans un passé récent.
Le syndicat ivoirien avait été suspendu par la FIFPro en 2020, pour "de nombreux manquements statutaires" et avoir bloqué la candidature de Didier Drogba à la présidence de la fédération ivoirienne. Martorelli a lui été accusé d'enrichissement abusif et de détournement de fonds par les membres de son propre syndicat. La FIFPro avait stoppé le virement de fonds de soutien au syndicat de Goraseb après la publication d'enquêtes sur les malversations au sein de son organisation dans les médias namibiens; et Gaoshubelwe n'est de toute façon plus président du syndicat sud-africain, la SAFPU (qui n'est qu'une de deux organisations de joueurs en Afrique du Sud) depuis 2024. En termes de représentativité, on pouvait peut-être faire mieux.

La FIFPro va-t-elle partir au bras de fer ?

Cela n'a pas empêché la FIFA de clamer haut et fort que le dialogue avait été engagé, en reprenant à son compte des propositions qui, quand on y regardait d'un peu plus près, avaient un parfum de déjà-vu. Comme la FIFPro le fit remarquer, "la FIFA a présenté le Fonds de la FIFA pour les joueurs de football professionnels comme une nouvelle initiative, alors qu'il a en réalité été créé en collaboration avec la FIFPro en 2020 pour soutenir les joueurs lorsqu'ils ne pouvaient pas récupérer les salaires impayés par leurs clubs par voie judiciaire. La FIFA a suspendu le fonds après 2022". Ah.
La question est désormais de savoir si la FIFPro entend se laisser faire - se laisser rouler dans la farine - de la sorte, ou si elle se satisfera d'exister en parallèle avec un "forum de consultation des joueurs" composé de personnalités ayant tout intérêt à abonder dans le sens de Zurich; "exister en parallèle" signifiant ici "ne plus exister", à tout le moins aux yeux de la FIFA. La FIFPro a jusqu'à présent toujours refusé une confrontation directe avec l'instance de Gianni Infantino. Elle a grogné, montré les dents, mais n'a jamais mordu. Elle dispose de l'arme de dissuasion la plus redoutable qui soit: la grève, mais n'est jamais allé plus loin que la menace de s'en servir. Cela suffira-t-il longtemps, lorsque c'est son existence en tant qu'entité pertinente qui est en jeu?
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