Hiroshima Sanfrecce, football au Japon, J-League, ses souvenirs à Monaco et l'OM... Valère Germain s'est confié à Eurosport

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Après un an et demi en Australie, Valère Germain est parti tenter l'expérience à Hiroshima. Pour Eurosport, l'attaquant de 35 ans raconte son quotidien de joueur professionnel au Japon mais revient aussi sur sa carrière, qui pourrait s'arrêter en 2026. Un parcours qui l'a notamment mené de Monaco à l'OM, avec lesquels il a joué la demi-finale de C1 puis la finale de Ligue Europa un an plus tard.

Valère Germain, seul joueur français du championnat japonais en 2025.

Crédit: Getty Images

Valère Germain, vous évoluez à Hiroshima (6e de J-League) depuis le début de l'année 2025. Comment se déroule votre aventure sportive au Japon ?
Valère Germain. : Très bien. C'est totalement différent de ce que j'ai connu auparavant. Il y a trois ou quatre ans, je n'imaginais pas jouer au football au Japon. Finalement, l'expérience en Australie (ndlr : Macarthur [Sydney], de juillet 2023 à février 2025) m'a rapproché du continent asiatique. J'ai eu l'opportunité de venir jouer à Hiroshima. C'est une belle expérience. Il y a beaucoup de qualités dans ce championnat. En Australie, le niveau était sympa mais plus faible qu'en Ligue 1. Alors qu'au Japon, honnêtement, le championnat vaut la deuxième partie du tableau de L1. Puis rejouer devant 25 000 ou 30 000 spectateurs à tous les matches, c'est quelque chose de très plaisant. 
Aviez-vous un intérêt pour le football asiatique lorsque vous évoluiez en France ?
V.G. : Non, pas du tout. Quand j'ai décidé de partir en Australie, c'était pour le football mais également une décision familiale pour découvrir autre chose. En Australie, on avait vraiment une belle vie. Je m'entendais très bien avec tous mes partenaires et les dirigeants du club. C'était vraiment une superbe expérience que je ne regrette pas du tout. Mais c'est vrai que le niveau n'était pas comme en France. Après quand le Japon, qui est l'un des meilleurs championnats asiatiques avec l'Arabie Saoudite, m'a appelé, j'ai réfléchi assez rapidement. 
Comment vous sentez-vous sur le terrain ?
V.G. : Très bien parce qu'il y a un très bon niveau. Continuer à jouer à ce niveau-là à 35 ans, c'est bien. Puis le fait de revivre des émotions et l'engouement dans un stade, c'est exceptionnel. Après, le truc le plus compliqué au quotidien, c'est la barrière de la langue car tu n'as pas l'impression de partager et de bien connaître tes coéquipiers au final. J'ai appris quelques mots basiques en japonais, notamment concernant le terrain, mais pas suffisamment pour communiquer. Je sais que je suis ici pour quelques mois. Si cela avait été un contrat de trois ou quatre ans, j'aurais pris des cours mais là je n'ai pas pris la décision de le faire. 
Outre l'aspect sportif, l'aventure humaine doit également être passionnante...
V.G. : Pour le coup, c'est un grand changement. L'Australie, on ne peut pas faire plus loin mais c'est le même mode de vie que les Européens. En parlant anglais, tu te débrouilles et on se retrouve sur la nourriture. Ici, les Japonais parlent très peu anglais. Donc, chaque joueur étranger a un traducteur au sein du club. Puis la culture, la langue, la nourriture, tout est complètement différent. Vivre ça pendant une année, c'est une bonne expérience humaine pour ma famille et moi. Après, je ne me verrai pas m'y installer. J'ai rencontré des Français qui vivent depuis une dizaine d'années ici et ils se régalent. Moi, la France et le vivre français me manquent un peu. 
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Valère Germain devant les supporters d'Hiroshima.

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"Ici, les supporters sont vachement respectueux entre eux"
Quel est le style de jeu dans le championnat japonais ? 
V.G. : Au niveau de la qualité technique, c'est vraiment très fort. J'ai rarement joué avec des défenseurs centraux et des arrières latéraux avec une telle qualité technique, que ce soit sur les centres, les transversales... Il y a pas mal d'intensité, ça court beaucoup. C'est aussi très respectueux par rapport aux consignes données par le coach. Puis c'est souvent des équipes qui jouent à cinq derrière avec un marquage individuel. Après, ça manque peut-être de folie et de créativité dans le jeu. Mais honnêtement, c'est un championnat que les clubs français devraient plus regarder. Chaque week-end, je vois de très bons joueurs qui auraient largement leur place en Ligue 1. 
Franck Durix, qui a évolué à Nagoya au milieu des années 90, disait que les joueurs étaient de "gros, gros bosseurs à l'entraînement". Avez-vous la même sensation ?
V.G. : Ah oui. Les joueurs arrivent toujours une heure avant le début de l'entraînement. Ils sont tous en salle ou chez les kinés. Il y a peu de joueurs qui restent dans le vestiaire pendant une demi-heure avant l'entraînement hormis quelques étrangers (rires). Après l'entraînement, ils font généralement une demi-heure de centres, d'exercices de finition et peuvent continuer à faire des soins. Ils sont vachement travailleurs. Je pense que le respect du travail fait partie de leur culture. Ils veulent toujours en faire davantage et c'est pour ça que c'est plaisant d'être dans ce milieu-là. 
Quel est l'engouement dans les stades ?
V.G. : C'est impressionnant. Ce ne sont pas des Ultras comme on a en France ou en Europe. Ça peut faire moins de bruit par rapport à ce que j'ai connu à Marseille, par exemple. Mais en tout cas, ça chante de la première à la dernière minute et ça fait quand même du bruit. Même les chants sont très ordonnés et coordonnés. Ils bougent les écharpes tous en même temps. Nous, on joue en violet et les trois-quarts du stade sont en violet. Dans les stades, il y a des couleurs magnifiques parce que si on joue contre une équipe qui évolue en jaune, tout le parcage adverse est en jaune.  Puis ce qui est sympa, c'est que les supporters sont vachement respectueux entre eux. En France, les fans adverses sont souvent escortés et doivent rester quelques minutes voire quelques heures dans le stade après les matches pour éviter qu'il y ait des affrontements, alors qu'ici ils sont tous ensemble sur le parvis du stade et rentrent tous en même temps. Souvent, quand on fait un tour d'honneur à la fin des matches, pour remercier nos supporters, on passe devant la tribune adverse et on s'applaudit mutuellement. C'est impressionnant et exceptionnel à voir, surtout quand on vient d'Europe. 
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Est-ce que les supporters d'Hiroshima viennent vous voir quand vous vous baladez en ville ?
V.G. : Déjà, même quand on perd, il n'y a pas de sifflets dans le stade ou alors c'est très, très rare. Et dans la vie de tous les jours, c'est aussi très respectueux même s'ils ont l'impression de voir un extraterrestre quand ils te rencontrent (rires). Ils sont super gênés, un peu timides et ne veulent pas te déranger. Limite, ils s'excusent. En fait, ils vont te saluer ou t'encourager pour les prochaines échéances ou demander quelques photos. Ce sont des hommes ou des mères de famille qui viennent car dans le public il y a beaucoup de familles et de femmes. C'est toujours dans un bon esprit et très sympa. Tout ça, c'est à l'image de la culture du pays, les Japonais sont très respectueux des règles, des lois et de la vie privée de chacun. C'est peut-être un exemple qu'on pourrait un peu plus prendre en France. 
Dans la vie quotidienne, sentez-vous que les gens sont dingues de football ?
V.G. : Je ne suis pas sûr que ce soit autant qu'en France. Mais je pense que ça ne doit pas être si loin que ça. Le football partage un peu l'affiche avec le baseball qui est très populaire ici. S'il y a 30 000 spectateurs à tous les matches, ça veut dire que c'est très suivi. Il y a souvent des affiches de l'équipe dans la ville d'Hiroshima. 
Est-ce que les Japonais suivent la Ligue 1 ?
V.G. : Non, ils ne regardent pas trop les championnats européens. C'est peut-être lié au décalage horaire ou à la culture. En Australie, ils adoraient la Premier League. Au Japon, ils suivent surtout leurs internationaux qui sont à l'étranger.
Dans l'équipe d'Hiroshima, vous avez un homonyme (l'attaquant japonais Ryo Germain)...
V.G. : Oui, je le savais avant de venir. Lui est Japonais mais a des origines américaines. Il parle un peu anglais. C'est quelqu'un de très sympa. D'ailleurs, j'ai été obligé de mettre "Germain V" derrière mon maillot car il y avait déjà un autre flocage "Germain". C'est marrant parce qu'en plus, on joue ensemble devant. 
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Valère Germain (numéro 98) associé à Ryo Germain (numéro 9) avec Hiroshima.

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"A mon avis, il y a de grandes chances que ce soit ma dernière expérience. Il est possible que je rentre aux alentours de Monaco pour vivre ma seconde vie
Est-ce qu'on parle encore beaucoup de Philippe Troussier, ex-sélectionneur (1998-2002), et Arsène Wenger (ex-coach de Nagoya entre 1994 et 1996) au Japon ?
V.G. : Ils savent que des grands messieurs du football français sont passés au Japon. Mais c'est vrai qu'il n'y en a pas eu énormément dans l'histoire de la J-League. Il y a eu Bafé Gomis (à Kawasaki entre 2023 et 2024). Cette année, je suis le seul français du championnat japonais. Après pour Philippe Troussier et Arsène Wenger, je ne sais pas trop parce que c'est quand même assez lointain. 
Le Japon peut-il s'illustrer lors de la Coupe du monde 2026 ?
V.G. : C'est une bonne équipe, mais je ne suis pas sûr qu'ils iront en finale ou en demi-finales. Il y a quand même des grandes nations du football mondial qui sont largement devant. La plupart des joueurs de la sélection japonaise évoluent en Europe donc ils ont l'habitude de jouer contre des grandes équipes. C'est quand même une belle sélection. Elle l'a montré lors de la Coupe du monde 2022 en battant l'Allemagne (2-1) et l'Espagne (2-1) en poules (ndlr : élimination en 8es de finale aux tirs au but contre la Croatie). Si la France joue contre le Japon, ça sera une équipe à prendre au sérieux.
Vous évoluez à Hiroshima, une ville qui a été marquée par la Seconde Guerre Mondiale. Est-ce que ce drame est toujours présent au quotidien dans l'esprit de la population locale, 80 ans après ?
V.G. :  Non, pas forcément au quotidien car les personnes qui ont vécu ça sont très rares. Début août, il y a eu la commémoration des 80 ans mais nous, on était en mise au vert. Quand tu te balades en ville, tu le vois encore car tu as un musée et le "peace park" dédiés. C'est très présent dans la ville mais ça fait 80 ans. Je pense que ce sera à jamais ancré dans les mémoires japonaises mais c'est moins présent au quotidien pour la jeune génération. 
Enfin, vous êtes lié à Hiroshima jusqu'à fin janvier 2026. Quels sont vos plans pour la suite ? 
V.G. : Dans le football, on ne peut jamais dire que c'est sûr à 100% car je ne m'imaginais pas du tout jouer en Australie et encore moins au Japon. Mais à mon avis, il y a de grandes chances que ce soit ma dernière expérience. Il est possible que je rentre aux alentours de Monaco pour vivre ma seconde vie.  J'ai surtout l'envie de me rapprocher de ma famille et de mes amis.  Je veux offrir un cadre à mes enfants pour ne pas les faire changer à chaque fois d'école et aussi permettre à ma femme de reprendre sa vie professionnelle. 
Donc après Hiroshima, il y a une forte possibilité que le football professionnel s'arrête pour vous...
V.G. : Honnêtement, c'est possible à 90-95%. Dans ma tête, on rentre. Après, s'il y a vraiment un truc qui arrive et qui nous plaît sur quatre-cinq mois, jusqu'à juin 2026, pourquoi pas. Mais je n'ai pas dit à mon agent qu'il me fallait à tout prix un projet pour le mois de janvier. Si ça vient tant mieux, si ça ne vient pas, tant mieux aussi. Je suis prêt à arrêter. Je sais qu'il y aura quelque chose de très bien derrière. J'ai bien profité, désormais c'est au tour de ma femme et de mes enfants de profiter aussi.
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"J'aurais aimé rendre un peu plus à Montpellier juste par rapport à la confiance qu'on m'a accordé, au président qui est un homme exceptionnel et à toutes les personnes qui travaillent dans ce club"
Quel bilan faites-vous de votre carrière professionnelle ?
V.G. : Quand on regarde les clubs dans lesquels j'ai évolué, je n'ai pas eu 50 titres, mais j'ai été champion de Ligue 2 avec Monaco (en 2013) puis de Ligue 1 (en 2017). J'ai eu une coupe d'Australie lors de mon passage à Sydney. J'aimerais gagner un titre au Japon. On est encore en lice dans plusieurs compétitions (championnat, Coupe d'Asie, Coupe de l'empereur et Coupe de la ligue). Gagner un titre dans chaque continent, ce serait exceptionnel. Je suis quand même sorti tard en professionnel, à l'âge de 21 ans. Si on m'avait dit que j'allais faire cette carrière, que je jouerais une demi-finale de Ligue des champions avec mon club formateur mais également à Marseille pendant quatre ans et que je vivrais des expériences de vie grâce au football, j'aurais signé directement. Je suis fier de ce que j'ai fait. J'aurais pu faire mieux mais j'aurais aussi pu faire moins bien. Aujourd'hui, faire une carrière de 15 ans au plus haut niveau, ce n'est pas forcément donné à tout le monde. 
Quels sont les meilleurs et les moins bons moments de votre carrière ?
V.G. : Le meilleur moment restera quand même cette saison du titre avec Monaco en 2017. On se sentait imbattables et tellement puissants que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue des champions. À ce moment-là, on fait tous nos meilleures saisons de nos carrières respectives hormis peut-être Radamel Falcao, qui avait connu mieux avec l'Atlético de Madrid. On gagnait tous les week-ends en Ligue 1, on mettait des scores fleuves, 4-0 ou 5-0. Il y avait vraiment une bonne ambiance et ça s'est terminé sur un titre en L1 et une demi-finale de C1. Ça reste une période exceptionnelle et le faire après avoir connu deux ans en L2 avec mon club formateur, ça restera le meilleur moment. Le moins bon moment ? (Il réfléchit) Ce n'est pas le pire moment, mais j'aurais aimé rendre un peu plus à Montpellier (2021-2023) juste par rapport à la confiance qu'on m'a accordé, au président qui est un homme exceptionnel et à toutes les personnes qui travaillent dans ce club exceptionnel et familial. 
Est-ce qu'il y a toujours des regrets concernant cette finale de Ligue Europa perdue contre l'Atlético de Madrid (0-3) en 2018 avec l'OM et cette occasion manquée en début de match ?
V.G. : Oui, bien sûr. Ça restera à vie. De temps en temps, j'écoute les interviews de David Trezeguet, qui avait loupé son tir au but en finale de Coupe du monde, ou Randal Kolo Muani, qui pour le coup a manqué une occasion à la toute dernière minute. Moi, ça arrive au début du match. Mais il y a toujours cette pointe d'amertume. Je me demande ce qui se serait passé si j'avais marqué ou au moins cadré. Quand je loupe l'occasion, il y a 0-0 et derrière c'est nous qui commettons une erreur sur le but du 1-0. Si je pouvais revenir en arrière, je le referais. C'est un fait marquant de ma carrière. Mais personne ne sait et ne saura ce qui se serait passé si j'avais au moins cadré. En marquant au bout de trois minutes, tu prends un ascendant. Mais en face, ce n'était pas un adversaire de seconde zone, c'était l'Atlético de Madrid, une équipe qui a beaucoup d'expérience et connu ce genre de situation. Je pense que quand on regarde le match, ils sont au-dessus de nous, il n'y a pas forcément photo mais si tu prends l'ascendant psychologique, ça peut changer le match. 
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