Italie I Roberto Mancini, entre hypocrisie d'un choix et pardon impossible
Eurosport sur GoogleGiovanni Malagò a fini par obtenir ce qu'il a toujours voulu. Après avoir accepté, dans un premier temps, la possible nomination d'Andrea Pirlo sur le banc de l'Italie, le nouveau patron du football transalpin a finalement fait marche arrière face à la polémique nationale. Mardi, il a donc opté pour son idée à lui : celui d'un retour de Roberto Mancini. Un choix loin de faire l'unanimité.
Roberto Mancini, nouveau sélectionneur de l'Italie.
Crédit: Getty Images
Dirigeant et entrepreneur avisé, Giovanni Malagò pensait avoir probablement tout vu et tout connu dans sa carrière. Sauf que l'ancien président du Comité national olympique italien (CONI), qui a notamment eu à gérer l'organisation des derniers Jeux Olympiques de Milan-Cortina, pas toujours une partie de plaisir, a eu ensuite la bonne idée d'accepter, sous l'impulsion d'une bonne partie de l'opinion publique et de dirigeants haut placés, de voler au secours d'un football italien en pleine crise existentielle.
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Élu le 22 juin à la présidence de la Fédération italienne de football (FIGC), il vient déjà de traverser déjà sa première grosse crise entre le refus attendu de Pep Guardiola de devenir sélectionneur, le "Fonbet-Gate" qui a fait tomber Andrea Pirlo, et enfin les démissions de Paolo Maldini et Leonardo, installés depuis seulement dix-sept jours à leur poste de directeur technique et conseiller.
Face à ce chaos, Malagò a sifflé la fin de la récréation mardi en imposant ses idées et ses choix, dont celui de rappeler Roberto Mancini sur le banc. De quoi mettre fin à toute cette "blague", comme l'écrivait Tuttosport ce mardi ? Pas certain. Car l'ancien sélectionneur de la Nazionale (2018-2023), qui était, dans l'esprit de Malagò, le candidat idéal depuis le début, ne fait pas vraiment l'unanimité au pays.
Un mail pour s'en aller
Si Mancini reste celui qui a offert à l'Italie sa dernière grande joie en 2021 avec la victoire d'un Euro qui s'apparente aujourd'hui, avec le recul, davantage à une anomalie qu'à une renaissance, il demeure également le sélectionneur qui était assis sur le banc en ce terrible soir du 24 mars 2022. Pourtant largement favorite de cette demi-finale de barrage du Mondial, la Nazionale s'inclinait à domicile et sous les sifflets de Palerme face à la modeste Macédoine du Nord (0-1).
Pour beaucoup, ce fut l'un des moments les plus sombres de l'histoire de la sélection quadruple championne du monde. Mais ce n'est paradoxalement pas ce qui est le plus reproché au "Mancio", dont la démission avait alors été repoussée par Gabriele Gravina, le président de la FIGC de l'époque.
Été 2023. Alors que quelque chose s'est irrémédiablement brisé après une première partie de cycle florissante, avec un titre, un collectif retrouvé et une série de 37 matches sans défaite, Mancini décide de claquer la porte. Et avec fracas.
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Roberto Mancini lors de l'Euro 2021.
Crédit: Getty Images
Le 12 août, alors qu'il se retrouve à Mykonos, il envoie un mail recommandé certifié (PEC) à la FIGC pour annoncer sa démission. Stupeur au sein de l'instance. Gravina, qui l'avait pourtant eu au téléphone la veille pour éclaircir certaines incompréhensions, ne comprend pas et cherche à le joindre. En vain.
En Italie, la nouvelle fait office de déflagration. Le timing comme la manière sont vivement critiqués. Un mois plus tard, l'Italie doit en effet affronter la Macédoine du Nord et l'Ukraine, deux rencontres devenues cruciales dans la course à la qualification pour l'Euro 2024 après la défaite à domicile contre l'Angleterre.
Vents contraires au sein de la FIGC
Pour justifier son choix, Mancini fait alors filtrer dans la presse son mécontentement concernant certains choix imposés dans son staff. Sauf qu'une quinzaine de jours plus tard, le 28 août, il devient officiellement le nouveau sélectionneur... de l'Arabie saoudite. Un pays qui le couvre d'or, avec un salaire estimé à 25 millions d'euros. De l'autre côté des Alpes, la pilule passe mal. Les tifosi lui tournent le dos, une grande partie de la presse aussi. Abandonner la Nazionale pour céder à l'argent saoudien, autant dire un crime de lèse-majesté.
Depuis cet été-là, celui qui a ensuite entraîné Al-Sadd (Qatar) jusqu'à cette année s'est toujours repenti. En coulisses comme en public, il a toujours assuré regretter grandement ce choix. "Quitter la Nazionale a été une erreur, une décision que je ne referais plus, confiait-il au Giornale dès la fin 2024. Ce qui me fait le plus mal, c'est de ne pas avoir réussi à qualifier l'Italie pour la Coupe du monde. Si le président Gravina et moi avions pris le temps de nous parler, de nous expliquer et de nous mettre au clair, les choses se seraient probablement passées autrement (...) Je ne nie pas que, pour un entraîneur, une offre d'un tel montant – même si elle était inférieure à ce qu'ont raconté les journaux – fait réfléchir. L'aspect financier a compté, mais il n'a pas été déterminant. Il a eu son importance, mais ce n'est pas uniquement pour cette raison que j'ai quitté le banc de la Nazionale."
Dans les bureaux de la FIGC, les vents contraires ont été nombreux ces dernières semaines lorsque le nom de Mancini est ressorti dans la presse. Du côté de la Ligue de Serie A, on a par exemple grandement poussé pour le nom d'Antonio Conte, lui aussi déjà passé par le banc de la sélection, mais pas vraiment parti avec les mêmes modalités. Mardi, La Gazzetta dello Sport, principal quotidien sportif en Italie, exprimait également ses doutes quant à ce retour.
Le temps pressait et j'ai estimé que Mancini était la bonne personne pour devenir sélectionneur
"Est-il pertinent, alors que la reconstruction du football italien exige avant tout de la cohésion et un profond attachement au maillot, de miser sur un entraîneur qui a choisi de ne plus se battre pour ces couleurs, préférant un contrat aux revenus multimillionnaires en Arabie saoudite ? Certes, il a présenté ses excuses. Mais les excuses ne suffisent pas toujours. Et l'Italie du football, celle de millions de tifosi, a encore du mal à oublier", pouvait-on y lire. Le quotidien a d'ailleurs lancé un sondage auprès de ses lecteurs : sur plus de 23 000 votants, 85,9 % estiment que "l'affront" de Mancini, parti entraîner l'Arabie saoudite, est trop grave pour justifier son retour, contre seulement 15,8 % favorables à une nouvelle aventure à la tête de la Nazionale.
Bien conscient des critiques entourant sa décision, Malagò s'est justifié mardi après-midi en conférence de presse. "Le temps pressait et j'ai estimé que Roberto Mancini était la bonne personne pour devenir sélectionneur. Son départ en 2023 ? Il est évident que tous les éléments ont été pris en compte. Bien sûr que j'y ai réfléchi. Je connais ses récentes excuses et, évidemment, chacun a procédé aux évaluations nécessaires. Pourquoi ne l'ai-je pas choisi tout de suite ? Parce que j'ai toujours cru au concept de "Club Italia". Quel que soit le nom auquel je pensais, je voulais que la proposition vienne de Paolo Maldini et Leonardo. Ils ne m'ont soumis aucun autre nom, seulement le profil d'un entraîneur", a-t-il indiqué, les traits tirés par la fatigue.
Mancini, lui, est attendu en conférence de presse mercredi. L'occasion, peut-être, de réitérer ses excuses auprès de ceux qui ne l'auraient pas encore pardonné. Mais seront-elles suffisantes pour effacer définitivement une rupture que beaucoup, en Italie, considèrent toujours comme une trahison ?
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