Italie I Le "Fonbet-gate" fait tomber Andrea Pirlo : l'Italie replonge dans le chaos, Paolo Maldini pourrait démissionner

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Après l'échec des négociations menant à Pep Guardiola, Andrea Pirlo avait été choisi par la Fédération italienne de football (FIGC) pour devenir le nouveau sélectionneur de l'Italie, notamment sous l'impulsion du duo Paolo Maldini-Leonardo. Sauf que son lien avec Fonbet, l'une des plus grandes sociétés de paris sportifs de Russie, a tout fait capoter. De l'autre côté des Alpes, le chaos est total.

Pirlo per il ruolo di CT dell'Italia

Crédit: Getty Images

Pendant que l'Allemagne s'est tournée vers Jürgen Klopp, officiellement présenté vendredi comme nouveau sélectionneur de la Mannschaft, ou que la Belgique a opté pour Mark Van Bommel, lui aussi nommé en fin de semaine dernière, l'Italie, elle, a décidé de rester fidèle à elle-même. Alors que le pays vient de passer une troisième Coupe du monde de suite devant sa télé, puisque la Nazionale avait eu la bonne idée de manquer une nouvelle fois la marche des barrages, le voilà désormais empêtré dans une polémique nationale concernant son futur sélectionneur.
Après avoir essuyé les refus de Pep Guardiola et Carlo Ancelotti pour occuper un poste vacant depuis avril dernier et le départ de Gennaro Gattuso, la Fédération italienne de football (FIGC), présidée par Giovanni Malagò depuis le 28 juin dernier, avait décidé d'en confier les rênes à Andrea Pirlo, soutenu par le duo Paolo Maldini-Leonardo, respectivement directeur technique et conseiller. Il n'en sera finalement rien, puisque ce dernier a confirmé ce lundi avoir appris qu'il n'était plus candidat.
Considérés comme les nouveaux hommes forts du football italien, les deux hommes, à qui ont été confiées non sans mal les clés de la reconstruction d'un mouvement en déclin, voyaient pourtant en l'ancien milieu de terrain le profil idoine pour rompre avec le conservatisme ambiant. Exit les noms de Roberto Mancini et Antonio Conte, déjà passés par ce poste de sélectionneur, et place à un technicien plus moderne, qu'importe le scepticisme et les critiques entourant sa possible nomination. Et alors que même Malagò semblait s'être convaincu de ce choix, bien qu'il ne s'agissait pas vraiment du sien, le "Fonbet-gate" a explosé en Italie.

Le monde politique s'en mêle

Depuis octobre dernier, Pirlo est en effet le "global ambassador" de Fonbet, l'une des plus grandes sociétés de paris sportifs de Russie et liée à l'oligarque Sergey Lomakin. De l'autre côté des Alpes, le choix du champion du monde 2006 de devenir ambassadeur mondial d'une société russe a été vivement critiqué par de nombreux responsables politiques dans le contexte de la guerre en Ukraine. Et tout est revenu à la surface lorsque son nom a été évoqué pour le banc de la Nazionale, comme son voyage à Moscou en mai dernier en compagnie de Marco Materazzi, son ancien coéquipier en sélection, pour l'évènement "Football Day" organisé par la Fédération russe de football. Le tout pendant que les bombes et les drones pleuvaient sur Kiev.
"Celui qui a fait ou fait de la propagande pour la Russie après l'invasion de l'Ukraine en 2022 ne devrait pas occuper de fonctions nationales", déplorait ces derniers jours Carlo Calenda, ministre du Développement économique entre mai 2016 et juin 2018. "Pirlo a prêté son prestige pour une opération de normalisation du régime de Poutine alors même que l'Ukraine était sous les bombes. Le choisir est une grave erreur", lâchait de son côté la vice-présidente du Parlement européen Pina Picierno. Surtout que Pirlo est également entraîneur du Dubaï United depuis juillet 2025, dont l'un des principaux sponsors, Fix Price, est une chaîne de supermarchés discounts russes fondée par... Lomakin. En Italie, on rappelle d'ailleurs qu'Andriy Shevchenko, son ancien coéquipier ukrainien à l'AC Milan, ne lui a jamais pardonné ces engagements.
"Pirlo n’est pas la bonne personne. Concernant ses liens avec la Russie, il faut être extrêmement ferme. À l’heure actuelle, une telle relation exposerait tout le football italien à un risque en termes d’image. Il ne peut pas être la personne adéquate pour diriger la Nazionale, et je m’étonne que certains aient pu penser qu’il puisse l’être. Je pense et j’espère que Maldini n’était pas au courant de ce lien avec la société de paris russes", a indiqué Gianni Rivera, Ballon d'Or 1969 avec le club lombard et vainqueur de l'Euro 1968 avec la Nazionale, dans les colonnes de La Repubblica ce lundi.
Face à cette fronde, Giovanni Malagò a rapidement fait marche arrière. Dans un premier temps, le président de la FIGC a voulu prendre le temps du week-end pour faire toute la lumière, en compagnie des avocats de l'instance, sur les contrats liant l'ex-milieu de terrain et Fonbet. Il en est ressorti perplexe, bien que les baux signés avec le Dubaï United et la société de paris sportifs soient bien distincts. Pirlo, lui, a rapidement compris que toute cette situation allait compromettre son arrivée sur le banc de la sélection.

Maldini pourrait démissionner, Leonardo aussi

"Ces derniers jours, j’ai suivi avec beaucoup d’amertume le débat qui s’est développé autour de mon nom et de la possibilité que j’occupe le poste de sélectionneur de l’équipe nationale italienne, écrivait-il sur ses réseaux sociaux dimanche. Par respect pour les institutions, la Fédération et toutes les personnes concernées, j’ai choisi jusqu’à présent de garder le silence. Je considère toutefois qu’il est de mon devoir de clarifier certains points. Tout au long de ma carrière, d’abord en tant que footballeur puis aujourd’hui en tant qu’entraîneur, j’ai toujours exercé mon activité dans le plein respect des lois des pays où j’ai travaillé et des contrats que j’ai signés. La collaboration professionnelle qui fait l’objet des récentes polémiques s’inscrit dans le cadre de mon parcours professionnel aux Émirats arabes unis et revêt un caractère exclusivement commercial et sportif. Attribuer à cette collaboration une signification politique revient à m’attribuer des convictions que je n’ai jamais exprimées et qui ne me correspondent pas."
Dans la foulée, il tenait "à remercier Maldini et Leonardo pour l’estime et la confiance" témoignées. "Je connais leur compétence, leur sérieux et l’amour qu’ils ont toujours voué au football italien. Je regrette qu’un choix à caractère sportif ait été rapidement entraîné dans un débat public qui a fini par m’attribuer des significations et des intentions qui ne me correspondent pas. L’amour pour l’Italie ne dépend pas d’une fonction. Il fait partie de mon histoire, de mon identité, et continuera à m’accompagner, pour toujours", concluait-il.
Ce lundi, il a officialisé que sa candidature est tombée définitivement à l'eau dans un nouveau message sur Instagram. En réalité le même que celui de dimanche, mais en version corrigée et avec une phrase qui ne laisse plus la place au doute : "Après avoir appris hier soir que je n'étais plus le candidat au poste de sélectionneur de l'équipe d'Italie, je considère qu'il est de mon devoir d'apporter quelques précisions". Pirlo a découvert la nouvelle vers l’heure du dîner dimanche, par téléphone, après avoir disputé un match amical avec son équipe à Salzbourg. La Gazzetta dello Sport ne précise toutefois pas son interlocuteur : Maldini ? Leonardo ? Malagò ?
Plongé dans une nouvelle crise dont lui seul a le secret, le football italien n'est pas à l'abri de nouvelles secousses dans les prochaines heures. Selon la presse italienne, Paolo Maldini et Leonardo, très remontés après cette décision finale sur Pirlo, pourraient rendre leur tablier. En cause, selon eux, leur projet global (tablé sur 8-10 ans selon leurs dires) et leur autonomie sur les décisions à prendre. Malagò, lui, a tenté de se justifier en invoquant une décision qui dépasse le cadre du football. "Mais Maldini ne reculera pas d'un centimètre sur ses convictions", peut-on lire dans les colonnes de La Repubblica ce lundi.
Il est vrai que n'est pas vraiment le genre de la maison. Toujours droit dans ses bottes et certain de la bonté de ses choix, l'ancien capitaine de l'AC Milan, qui s'était laissé convaincre par Malagò après plusieurs semaines de discussions intenses, s'est toujours refusé aux compromis. Et le fait de voir la politique italienne se mêler de toute cette affaire l'a passablement agacé. Nommé le 11 juillet dernier, son voyage au sein de la FIGC pourrait se terminer après seulement deux semaines... L'Italie n'est décidément pas sortie de sa crise.

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