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La folie Bale

La folie Bale
Par Eurosport

Le 05/11/2010 à 13:01Mis à jour Le 05/11/2010 à 14:25

Auteur d'une double performance exceptionnelle en Ligue des champions face à l'Inter, Gareth Bale est en train de devenir une star outre-Manche. Le jeune gaucher gallois de Tottenham va devoir gérer au mieux son nouveau statut pour que celui-ci ne soit pas un frein à son extraordinaire progression.

Sa cote était gentiment montée ces derniers mois. Par séquences, l'évidence de son talent s'était étalée dans tout le royaume. Mais en deux matches de Ligue des champions face à l'Inter Milan, Gareth Bale a changé de dimension. De grand espoir doué, le gaucher gallois de Tottenham est devenu une véritable star, suscitant de l'autre côté de la Manche un enthousiasme énorme. Son hat-trick en seconde période à San Siro avait déjà marqué les esprits, mais c'est surtout sa performance au retour, mardi, à White Hart Lane, qui a bluffé tout le monde. Bale a livré un match époustouflant. Il a tout simplement torturé le pauvre Maicon. Le latéral droit brésilien, complètement dépassé, a vécu la pire soirée de sa brillante carrière.

La prestation de Bale est de celles qui marquent une carrière. Celle des grands joueurs de l'histoire du football est souvent marquée par un acte fondateur. Un match référence, comme une ligne de démarcation entre l'avant et l'après. Pour Bale, s'il doit être dans cette lignée, ce sera le 2 novembre 2010. Une soirée au cours de laquelle l'enfant de Cardiff a réduit le football à son essence: technique,  vitesse, intelligence. Bale, c'est un compromis technique-physique proprement ahurissant. Mardi, il a couvert plus de 11 kilomètres (soit un quart de marathon) sans jamais se départir de sa justesse d'appréciation et de passe. Un match au plus-que-parfait, donc, à l'image de ses deux caviars pour Crouch et Pavlyuchenko en seconde période.

Merson: "Deux matches ne font pas un joueur de classe mondiale"

Tout le monde est sous le charme, à commencer par ses coéquipiers. "Il est sur un nuage et quand il joue comme ça, je ne vois personne au monde capable de l'arrêter", juge Luka Modric. Depuis trois jours, Harry Redknapp, le manager des Spurs, reçoit coup de fil sur coup de fil. Le sujet de la conversation est toujours le même: Gareth Bale. Collègues et anciens joueurs l'appellent pour lui dire à quel point ils ont été émerveillés. "J'ai même reçu un coup de téléphone de Luis Figo, qui m'a dit qu'il avait rarement vu une telle performance à ce niveau", raconte Redknapp. Sam Allardyce, l'entraîneur de Blackburn, avoue de son côté qu'il a passé la soirée debout devant sa télé, tant il était stupéfait par ce qu'il voyait.

Mais le plus dur commence maintenant pour Gareth Bale. Il va lui falloir gérer son ascension météorique. Sportivement et humainement. Redknapp résume tout d'une phrase: "L'important pour lui, c'est de ne pas croire tout ce qui ce dit ou s'écrit en ce moment sur lui." Pour Paul Merson, chroniqueur sur Sky Sports, il serait effectivement dangereux de prendre Bale pour ce qu'il n'est pas. "C'est un bon joueur et il a livré deux matches de très haut niveau face à l'Inter. Mais deux matches, même face au champion d'Europe, ne font pas un joueur de classe mondiale, rappelle l'ancien Gunner. Je l'ai vu contre Manchester United le week-end dernier et il n'a pas existé. Même chose contre Everton une semaine plus tôt. C'est quand tout sera moins facile pour lui que nos saurons s'il est vraiment un très grand joueur. Ceux-là jouent toutes les semaines à un très haut niveau."

Family boy

Merson a raison. Face à l'Inter, il a bénéficié d'une inexplicable liberté d'expression. Rafael Benitez, l'entraîneur de l'Inter, n'ayant pas su répondre au problème posé par le Gallois, malgré l'avertissement sévère du triplé de San Siro. Mais chaque fois qu'il s'est retrouvé pris au piège tactiquement, comme face à MU, Bale n'a pas su réorienter son jeu pour peser différemment. "C'est normal, il est encore en phase d'apprentissage", avance Redknapp. Mais il ne s'inquiète pas. Le footballeur apprend vite et le jeune homme, lui, a les pieds sur terre. C'est un "family boy", très attaché à ses parents, Frank et Debbie, à sa soeur, Vickey, et à sa petite amie galloise. Il habite dans un immeuble tout seul, tout près de White Hart Lane et se rend à l'entrainement à pied.

Soucieux de le protéger, Redknapp lui avait offert au mois d'octobre quatre jours de vacances en pleine semaine, afin qu'il s'aère l'esprit. "Je lui ai dit 'pars à l'étranger, ça te fera du bien', raconte-t-il. Certains lui ont proposé un 7 étoiles de luxe à Dubai. Il est effectivement parti à l'étranger. Il est allé chez, lui, au pays de Galles. Ça vous montre quel genre de garçon il est." Déjà convoité par l'Europe entière, Bale pourrait finir par avoir la tête qui tourne. Tous les plus grands clubs d'Europe veulent le recruter la saison prochaine. Lui a promis de ne pas changer. La presse anglaise croit voir en lui un anti-Rooney, peu sujet aux pétages de plombs. En fait, elle ne luit trouve qu'un seul défaut: pourquoi n'est-il pas anglais?

AFP

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