PSG-Real Sociedad | Interview de Raynald Denoueix sur la saison 2003 : "Avant la 37e journée, on était champions"

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Avant de devenir une référence en Liga et en Europe, la Real Sociedad, qui affronte le PSG mercredi en huitièmes de finale aller de la C1, avait fait sensation en 2002-03 lorsqu'elle avait fortement concurrencé le Real Madrid pour le titre de champion d'Espagne. Raynald Denoueix était aux commandes du club basque. Vingt-et-un ans plus tard, il raconte les coulisses de cette épopée pour Eurosport.

"C'est une Real Sociedad malade qui arrive au Parc"

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Raynald Denoueix, vous avez été nommé entraîneur de la Real Sociedad en mai 2002. A ce moment-là, vous étiez libre (il a été écarté de Nantes en décembre 2001) et le club basque venait de finir treizième de Liga. Comment se sont déroulés les premiers contacts à l'époque ?
Raynald Denoueix : Les premiers contacts ont été assez rapides. Quelques mois auparavant, lors de la saison où Nantes est devenu champion de France (2000-01), Serge Le Dizet, qui s'occupait des U19, m'a présenté un jour un entraîneur de la Real Sociedad qui était venu voir comment s'entraînaient nos jeunes. Nous avons échangé dans les couloirs de la Beaujoire. Après réflexion, peut-être qu'il n'était pas seulement venu voir les jeunes. A ce moment-là, j'étais très loin de penser que je me retrouverais un jour à la Real Sociedad. Après mon renvoi de Nantes, ils m'ont contacté très, très rapidement. Avant de signer, j'ai passé une semaine là-bas avec mon futur staff (Xabier Mancisidor, l'actuel entraîneur des gardiens de Manchester City, et Julen Masach, ex-préparateur physique du PSG sous Unai Emery) parce que je suis arrivé tout seul dans le club. On a longuement discuté sur la façon dont on voyait le football et nos manières de fonctionner. J'ai découvert de super mecs. De super mecs (il insiste). J'ai également beaucoup accroché avec les dirigeants. Cette confiance, je ne l'ai jamais regrettée. Ces éléments m'ont convaincu de signer, puis j'ai été présenté. J'étais au bon endroit au bon moment. Ces personnes, je les ai appréciées et je les apprécie encore. Quand je vois comment le club continue de fonctionner, je me dis qu'il n'y a pas de hasard.
Dans votre effectif, il y avait notamment Valery Karpin, Darko Kovacevic ou Xabi Alonso. Est-ce que vous avez été impressionné par l'intelligence de jeu de vos joueurs à votre arrivée ?
R.D. : J'ai vite dégagé une équipe-type lors de la préparation. Après six semaines, le président m'a dit : "Les dirigeants du Besiktas Istanbul sont là et veulent récupérer Nihat Kahveci (il avait fini la saison précédente en prêt)". Moi, j'ai dit que je souhaitais le garder et le président a tout fait pour le conserver. Dans l'axe, il y avait Darko (Kovacevic). C'était un élément de vitesse très important pour l'équipe. L'intelligence de tous ces joueurs me plaisait. Valery, c'était également un sacré caractère. Lui aussi nous a beaucoup apporté par son expérience, son mental, son intelligence. Il n'avait pas fait la préparation avec nous car il était arrivé avant le début du championnat. C'était un gros apport. Il y avait lui sur l'aile droite, avec son activité, et Javier de Pedro, de l'autre, qui avait une belle patte gauche et également une grande intelligence de jeu.
Pouvez-vous nous en dire plus sur Xabi Alonso, qui avait 21 ans à l'époque ?
R.D. : Il avait débuté quelques matches la saison précédente. C'était évident que c'était un joueur de grand talent. Il avait déjà une vision du jeu et une qualité de passes vraiment impressionnantes. Cela nous permettait de sortir le ballon et d'orienter le jeu de façon très, très intéressante. Avec Mikel Aranburu, il formait une paire axiale très complémentaire. C'était presque facile de composer un onze de départ avec les joueurs que j'avais. Après, on n'avait pas un effectif pléthorique non plus, on était la Real Sociedad. On n'était pas le Real Madrid ou Barcelone. On avait autour de 14-15 joueurs pour faire une équipe de bon niveau.
Quel était l'objectif du club au début de la saison 2002-03 ?
R.D. : (Rires) On n'en n'avait pas vraiment parlé. J'avais une clause dans mon contrat qui prévoyait une prime si je finissais la saison avec six points d'avance sur la zone de relégation. Il est bien évident qu'on n'a pas discuté d'éventuelles primes pour le titre de champion ou la Ligue des champions.
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Raynald Denoueix lors de sa présentation à la Real Sociedad en 2002.

Crédit: Getty Images

Aviez-vous des hautes attentes au niveau de la production du jeu ?
R.D. : L'idée était aussi de bien jouer : marquer des buts et ne pas en prendre. Il y avait beaucoup de joueurs capables de prendre des décisions très, très rapidement. Par rapport à ce que j'ai proposé au départ avec le staff, j'ai bien vu qu'initialement les joueurs n'avaient pas l'habitude de faire comme ça. Il a fallu qu'on en discute pas mal. Une fois qu'on a passé les huit premiers jours ensemble, on était d'accord et j'ai eu la chance d'être entouré de personnes qui étaient vraiment avec moi. Par exemple, Darko n'avait pas l'habitude de courir autant. Pour lui, avant, le football, c'était d'être dans les 18 mètres et se bagarrer. C'était marquer des buts et moins de se préoccuper de ses copains autour. Ce n'était pas de courir par rapport à Nihat, de combiner des courses. Finalement, ça leur a réussi car les deux ont passé la barre des 20 buts cette saison-là (23 pour Nihat et 20 pour Kovacevic) et Javier de Pedro a fini meilleur passeur de la Liga. Après, il faut avoir des résultats, et on a eu la chance de rapidement enchaîner. Cela a permis aux joueurs d'adhérer plus facilement.
A quel moment vous vous êtes rendu compte que vous pouviez viser le Top 5 de la Liga : après le 0-0 à Bernabéu décroché en novembre 2002 ou la victoire face à Barcelone (2-1) à domicile, quelques semaines plus tard, grâce à un doublé de Darko Kovacevic ?
R.D. : Il y a eu un moment où on s'est retrouvé leader pendant pas mal de temps (du 20 octobre 2002 au 23 février 2003 puis du 18 mai au 1er juin). Le maintien, on l'a acquis relativement rapidement. Ensuite, on a souhaité être qualifiés mathématiquement pour la Ligue des champions puis pareil pour le titre, mais ce n'est malheureusement pas arrivé.
Est-ce que vous avez cru au titre de champion d'Espagne ?
R.D. : Avant la 37e journée, on était champions. Bien sûr que j'y ai cru. C'était même possible lors de la dernière journée. Si on ne rêve pas, on ne gagne jamais rien. J'ai toujours rêvé dans ma vie en tant que sportif. Il faut rêver le plus difficile à obtenir. Si on n'a pas ça en tête, c'est plus difficile d'emmener les joueurs derrière soi.
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Raynald Denoueix avec Claude Makélélé lors de Real Sociedad-Real Madrid 2003.

Crédit: Imago

En avril 2003, vous avez battu le Real Madrid (4-2) à Anoeta, avec quatre buts inscrits après 30 minutes...
R.D. : Je me souviens qu'il y avait eu beaucoup d'occasions des deux côtés. On a eu la chance et la réussite de marquer plus. Mais la logique aurait été que le résultat soit inversé. Au Real Madrid, il y avait quelques clients en face : Ronaldo, Zinédine Zidane, Luis Figo, Raul, un certain Claude Makélélé au milieu de terrain, Roberto Carlos. Ça fait 4-2 pour nous car on était dans une dynamique très positive. Je dirais qu'on était porté par la réussite car on avait concédé beaucoup d'occasions. Il y a des années où on a plus de réussite que d'autres.
Vous avez perdu la première place lors de l'avant-dernière journée sur le terrain du Celta Vigo (3-2). Dans le même temps, le Real Madrid a écrasé l'Atlético à Vicente-Calderon (0-4). Comment expliquez-vous ce revers qui change tout ?
R.D. : C'est peut-être en partie de ma faute. J'avais tiré sur l'effectif toute la saison. L'équipe n'a pas beaucoup tourné en 2002-03. Forcément, physiquement, on a eu du mal à tenir. En face, le Celta Vigo jouait l'Europe (ils ont fini 4e devant Valence et Barcelone). Chez eux, on a craqué.
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Raynald Denoueix a pu compter sur la confiance de ses dirigeants lors de ses deux saisons passées à la Real Sociedad.

Crédit: Getty Images

Avez-vous eu peur d'être champion ?
R.D. : Pour moi, ce n'est pas la peur d'être champion. C'est juste qu'on n'avait plus de carburant. Pour nous, la saison était un peu trop longue. On avait un effectif un peu court pour maintenir le même niveau de jeu. Comme on avait un jeu qui demandait beaucoup d'efforts aux joueurs, c'était finalement logique. On ne peut pas jouer au football sans cavaler énormément. C'est pour ça qu'aujourd'hui il y a des effectifs de plus en plus importants et que les plus grands clubs ont quasiment deux équipes. Nous, on ne pouvait pas se permettre ça. On n'avait pas 25 joueurs de même niveau pour aller au bout. Peut-être que j'aurais dû faire plus tourner quand même quoi qu'il arrive. Mais ça me semblait difficile de sortir Nihat Kahveci, Valery Karpin, Darko Kovacevic... Je n'avais pas deux Xabi Alonso... Si ça avait été le cas, ça se serait su. Je préférais faire jouer ces joueurs-là, même un peu diminué. J'ai sûrement eu tort car on n'a pas été champion.
Lors de la dernière journée, vous avez battu l'Atlético de Madrid (3-0) mais le Real Madrid a dominé l'Athlétic Bilbao (3-1) dans le même temps. Vous n'avez finalement pas rattrapé les deux points d'écart avec les Merengue ?
R.D. : En Espagne, en cas d'égalité, les équipes sont départagées via la différence de buts particulière. Un moment, j'y ai cru quand j'ai entendu le public d'Anoeta chanter "Champions, Champions". A cet instant, je me retourne vers mes adjoints pour leur dire : 'Mais c'est par rapport à ce qui se passe entre le Real Madrid et l'Athlétic Bilbao ?' Je me suis mis à espérer sur le terrain. En réalité, les supporters parlaient de la Champions League.
Pourquoi avez-vous connu moins de réussite en 2003-04 (la Real Sociedad a terminé 15e de Liga à cinq points du 18e) ?
R.D. : Je pense que la Ligue des champions nous a pris beaucoup d'énergie (le club basque avait été éliminé en 8e par l'OL). Pour jouer la C1 et continuer d'avoir des résultats en championnat, il faut être ce que j'appelle 'un club européen'. Donc, on a ramé dur. On a quand même réussi à sortir de notre groupe (devant Galatasaray et l'Olympiakos). Puis en janvier 2004, il a fallu qu'on gagne quatre-cinq matches de suite pour prendre nos distances avec la zone de relégation en Liga. A la fin de la précédente saison, j'avais laissé entendre que ça allait être trop difficile de jouer sur les deux tableaux. Car c'est évident que les joueurs pensent aux matches européens. Quand j'étais à Nantes, avant une rencontre de championnat à Guingamp (août 2001), notre président Monsieur (Kléber) Bobin m'avait demandé s'il pouvait prononcer quelques mots aux joueurs pendant le déjeuner. Il leur avait dit : "Vous pensez à Guingamp, pas à la Lazio Rome qu'on affronte dans plusieurs jours." Je me souviens encore du regard et du sourire de Micka Landreau (rires). Même si on se disait qu'il fallait penser à Guingamp, évidemment qu'on avait un peu la tête à la C1.
Pendant vos deux saisons à la Real Sociedad, avez-vous ressenti l'importance de la culture basque ?
R.D. : C'était énorme. Au départ, je croyais partir en Espagne mais je suis allé au Pays basque. C'est complètement différent. Avant que je signe à la Real Sociedad, j'avais commencé à apprendre l'espagnol sur un bouquin. Un jour, j'étais chez une fleuriste à San Sebastian et je me souviens très bien de ce qu'elle m'avait dit en français : "Si vous vous promenez le long de la plage à San Sebastian, vous allez entendre à 75% du basque, 10-15% du français et le reste, ce sera de l'espagnol." Pour eux, l'identité basque est extrêmement importante. Quand j'y étais, l'ETA était encore en activité. Ça faisait moins de 30 ans que Franco était mort (26 ans à cette époque). Un jour, pendant la trêve de Noël, le président m'annonce la tenue d'un match amical avec la sélection basque. Dans ma tête, je me dis : "Ça va être un match avec 2 000 personnes, on risque d'avoir des blessés déjà qu'on est court sur le plan de l'effectif". Puis il enchaîne : "Raynald, je ne suis pas venu te le demander, mais ce match est tout simplement capital". La rencontre avait eu lieu contre une équipe sud-américaine. C'était comme si c'était un match de Coupe du monde : le stade était plein comme pas possible et il y avait un tel engagement sur le terrain. Pour le Pays basque, il y avait : Xabi Alonso, Javier de Pedro, Mikel Aranburu et les deux latéraux (Aitor Lopez Rekarte et Agustin Aranzabal). Ça faisait cinq joueurs titulaires de mon équipe-type. Après, quand j'ai vu la rencontre, j'ai compris. C'était magnifique. J'ai la chair de poule rien que d'en parler.
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Quel onze pour le PSG ? "L'option Asensio n'est pas à écarter"

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