• Manuel Picaud, coprésident de la Fondation FIER (partenaire de Sport et Citoyenneté) et de Paris 2018 - Gay Games 10, consultant pour l’inclusion des athlètes LGBT et membre du Comité Egalité et Diversité de Paris 2024
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Football
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Le quotidien britannique The Sun a publié une lettre anonyme d'un joueur de Premier League de football qui explique ses déchirements à rendre public qu’il est gay. Cette lettre, transmise par la Fondation Justin Fashanu, contient toutes les réticences à faire son coming out dans le football professionnel masculin d’aujourd’hui.

Elle est reprise par l’ensemble des médias mais peu d’entre eux la remette en perspective. Or, il faut rappeler tous les progrès réalisés ces dernières années, même inachevés ou imparfaits. De nombreuses actions se concrétisent créer les bonnes conditions de visibilité et d’inclusion des athlètes professionnels quelle que soit leur orientation sexuelle.

L’impossible coming out ?

La Fondation Justin Fashanu a été créée en 2019 par la nièce du premier joueur de football britannique professionnel éponyme qui a révélé son homosexualité il y a déjà 30 ans. Elle s’étonne qu’aucun autre joueur professionnel masculin en exercice n’ait fait son coming out au Royaume-Uni depuis lors, comme d’ailleurs en France. En mai dernier, elle annonce un objectif louable : aider cinq joueurs professionnels des championnats anglais à faire leur coming-out pour leur valeur d’exemple et le bien-être des joueurs.

Elément de son plan de communication, la lettre, vraie ou fausse, semble expliquer pourquoi elle n’a pas encore atteint son but : peur de rejet de tout joueur gay dans une équipe par les autres joueurs, le staff, les dirigeants, les agents et les fans, et donc peur de ruiner le statut de star gagné de haute lutte. La conclusion reprise en boucle par les médias, exprime le climat pesant d’homophobie qui incite à attendre la retraite pour se révéler, comme l’ont fait les footballeurs Thomas Beattie à Singapour, Thomas Hitzlsperger en Allemagne ou Olivier Rouyer en France.

Cette lettre n’apporte pour autant rien de nouveau. Le football continue de véhiculer tous les préjugés contrariant la possible participation d’un joueur gay, supposé ne posséder aucune des qualités requises. Le culte de la virilité, la course à la performance et le supportérisme poussent trop souvent à mettre hors-jeu tout joueur qui n’incarnerait pas les stéréotypes du mâle alpha. Les chants et insultes des supporters ou les déclarations maladroites des dirigeants Nathalie Boy de la Tour ou Noël Le Graët révèlent la persistance d’homophobie, de sexisme et de racisme dans le football.

A message is shown on the giant screen supporting LGBT during the Premier League match between Leicester City and AFC Bournemouth

Crédit: Getty Images

Cette stratégie n’est pas la bonne

La visibilité assumée d’un joueur gay ou bi est bien un marqueur du respect de la diversité, mais elle ne doit pas constituer un but en soi. Cela doit rester une démarche personnelle mûrie, parfois accompagnée, mais surtout pas incantatoire. Pour toute personne LGBT, un coming out est une épreuve courageuse qui affronte l’hétéronormativité de la société. Il est normal d’avoir des craintes. Après coup, on est généralement surpris par l’accueil favorable des gens qui nous entourent et on se dit même qu’on aurait dû franchir le pas plus tôt.

Brûler les étapes provoque des effets contre-productifs, en particulier la victimisation et l’omerta. Comme l’an dernier, avec le compte twitter @FootballerGay, l’anonymat engendre les rumeurs dans les médias et les clubs et parmi les fans, mais ne fait pas avancer le débat. Le joueur gay finit par rester dans le placard ou par quitter son sport, et le football continue de perdre des talents au mieux de leurs capacités mentales et physiques.

Ce plan communication omet les actions déjà menées

Même si toutes les initiatives n’ont pas atteint leurs objectifs, les actions de sensibilisation, les journées de visibilité dans les stades, les applications de signalement des insultes homophobes ou les Gay Games se sont attaqués au fléau de l’homophobie dans le football des deux côtés de la Manche, même si la France est clairement en retard.

Rappelons aussi les coming-outs heureux et inspirants pendant leur carrière des joueurs Suédois Anton Hysén ou Américain Robbie Rogers, de l’arbitre Ryan Atkin et de nombreuses joueuses à la Coupe du monde féminine, à commencer par la championne américaine Megan Rapinoe. Leurs révélations n’ont pas ruiné leurs carrières.

Une autre voie à emprunter

Pour rendre le football professionnel plus inclusif, il faut travailler en profondeur les conditions de bienveillance et d’acceptation de la différence. Dans ses préconisations pour un sport plus inclusif, la Fondation FIER insiste sur la gouvernance, l’éducation, le travail avec les associations LGBT+, la sanction adaptée et l’accompagnement des victimes. Le coming-out en est la conclusion.

Donner la parole aux joueurs alliés comme Antoine Griezmann, aux dirigeants sincères comme Paul Goze, président de la Ligue Nationale de Rugby, aux athlètes LGBT qui sont prêts, comme dernièrement le patineur Guillaume Cizeron, est également un moyen particulièrement efficace pour favoriser l’acceptation de soi et le respect des diversités.

Le football a tout intérêt à briser les stéréotypes pour attirer encore plus de joueurs et améliorer son image dans un environnement de plus en plus hostile aux discriminations et de plus en plus favorable à l’égalité. Si l’univers sportif poursuit dans cette voie, que l’on arrête le sensationnalisme et rappelle que la discrimination est illégale, alors la visibilité des athlètes LGBT progressera rapidement, spontanément et naturellement.

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