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Le football ? It's A Man's, Man's World...

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Juventus Women head coach Rita Guarino during a Juventus Women Training Session

Crédit: Getty Images

ParPhilippe Auclair
27/05/2020 à 12:11 | Mis à jour 29/05/2020 à 10:05

Alors que les différents grands championnats s'activent pour reprendre et que l'arrêt de la L1 anime encore les débats, la donne est bien différente pour le football féminin, grand oublié de cette crise liée à la pandémie du Covid-19. En Europe, le football féminin semble invisible, alors que la Coupe du monde si riche en promesses ne date que de quelques mois.

"Ça fera quatre lignes dans les journaux", comme l'avait chanté Michel Polnareff dans Le Bal des Laze. Ça les a fait. Ce 14 mai, l'Olympique Lyonnais s'est vu décerner son quatorzième titre de champion de France consécutif. Ce n'avait été qu'une formalité, au sens propre. Jean-Michel Aulas, grand seigneur, avait choisi de s'abstenir lors du vote tenu par le bureau exécutif de la FFF qui faisait des championnes de ses joueuses. Puisqu'il s'agit de football féminin, bien sûr. Sur le moment, on n'avait pas eu de de déclarations fracassantes, pour condamner la décision de la fédération, s'insurger de ce manquement flagrant à l'équité sportive, de cette injustice criante, etc, etc.

Rendons cependant grâce à l'inventeur du football féminin de haut niveau en France d'avoir retrouvé sa langue ce mercredi, quand, expliquant son recours au Conseil d'Etat, il a déclaré que toutes les compétitions devaient être "menées à terme", y compris celles des féminines, en ajoutant : "Nous n'avons pas fêté ce titre car nous considérons qu'il est arrivé alors que le PSG [...] pouvait tout à fait nous dépasser".

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Un sort vite réglé à peu près partout Europe

Ce qui est exact: le sort de cette saison de Division 1 Arkema était loin d'être joué. Alors qu'il restait encore six journées à disputer, le PSG de Marie-Antoinette Katoto talonnait toujours le champion en série. Bordeaux pouvait encore espérer se qualifier pour la Ligue des champions, tandis que de l'autre côté du classement, Marseille, malgré une différence de buts consternante, avait encore une petite chance d'échapper à la relégation. Mais, jusqu'au réveil tardif du vainqueur, tout ce petit monde fit contre mauvaise fortune un aussi bon coeur que possible, et laissa aux gentlemen le soin de s'étriper sur la place publique. Plus de deux semaines après que le titre de l'OL avait été attribué par la FFF, il est plus qu'improbable qu'il soit remis en question.

Ce lundi, même tableau en Angleterre, où la FA a fini par s'avouer vaincue et a annoncé la nouvelle que tout le monde attendait depuis des semaines déjà: la saison de Women's Super League et de Championship (version féminine), suspendue sine die depuis le 13 mars était stoppée pour de bon. Son verdict n'a pas été rendu pour autant, ce qui s'explique en grande partie par le fait que trois clubs pouvaient toujours prétendre au titre: Man City, Chelsea (séparés par un seul point), et Arsenal, tandis que la lanterne rouge Liverpool n'était qu'à une longueur du premier non-relégable, Birmingham City, et avec une différence de buts plus favorable. Un casse-tête attend les décideurs de la FA.

Wendie Renard avec Lyon

Crédit: Getty Images

Et dire que la Coupe du monde était l'été dernier…

Le tableau est à peu près partout le même en Europe. En Espagne, la Primera Divisíon s'est close le 6 mai, Barcelona se voyant attribuer le titre. Au Portugal, le Campeonato Nacional Feminino a été purement et simplement annulé, dès le 8 avril. La Belgique avait baissé le rideau encore plus tôt, le 23 mars. En fait, seuls deux pays espèrent encore reprendre la compétition au plus haut niveau du football féminin: l'Allemagne, dont la reprise ce 29 mai a été confirmée il y a quelques jours par la DFB, et l'Italie, qui entend s'accrocher tant qu'une possibilité de faire revenir les douze clubs de la Serie A féminine dans les stades.

Partout ailleurs en Europe, c'est fini. Et moins d'un an après une Coupe du monde dont on nous jurait qu'elle avait été une sorte de Big Bang du football féminin, c'est à peine si on parle des ravages que le COVID-19 a déjà faits et continuera de faire dans ce sport. Ce n'est même pas 'deux poids, deux mesures'. C'est comme si l'on parlait de deux univers parallèles, régis par des lois qui n'ont rien de commun les unes avec les autres.

Women carry the match-balls after the Second Bundesliga match

Crédit: Getty Images

Le football féminin est devenu invisible

L'UEFA, qui, côté hommes, avait menacé d'exclusion de ses compétitions ces ligues (masculines, bien sûr) qui ne mèneraient pas leur saison à leur terme, créant un vent de panique parmi ses 55 associations-membres, s'est montré beaucoup plus discrète et accommodante avec le football féminin. La finale de de la Ligue des champions féminine, qui devait se jouer le 24 mai, a été reportée à...on ne sait pas trop, vu que la commission chargée de déterminer une nouvelle date n'a pas pipé mot depuis sa création, il y a plus d'un mois de cela. On verra. Ou on ne verra pas, c'est selon, puisque le football féminin est devenu invisible aux yeux des dirigeants, des médias et du grand public. Il n'est même pas un parent pauvre: c'est presque comme s'il avait été exclu de la famille.

Il n'est évidemment pas le seul oublié de l'affaire, quand c'est le football tout entier, celui des amateurs, des jeunes, des corpos, des semi-pros et pros de divisions inférieures, qui semble s'être réduit au tout sommet de sa pyramide, précisément là - et je parle de l'Angleterre en ce cas, pas de la France - où il a le plus les moyens de faire face à la crise. Mais regardez plutôt qui sont les pensionnaires de la Women's Super League. Manchester United, Manchester City, Liverpool, Tottenham, Chelsea, Everton, et même Brighton. Toutes ces équipes féminines sont affiliées aux clubs de Premier League, laquelle essaie désespérément de reprendre. Comparez les efforts consentis pour les unes et pour les autres. En fait, la comparaison est impossible, puisque d'efforts pour ces 'unes', hormis certains cas des plus isolés, il n'y en eut aucun.

On dira: on n'avait pas les moyens de faire autrement, les moyens financiers, s'entend. Il s'agissait et s'agit toujours de 'sauver l'économie du foot' face à la pandémie, une économie dans laquelle le football féminin coûte encore davantage qu'il ne rapporte, malgré le succès du Mondial et des affluences qui ont grimpé en flèche depuis dans bien des championnats nationaux européens. On sacrifie donc un secteur moins rentable pour sauver l'essentiel. Oui, mais cet 'essentiel' a les moyens de se sauver lui-même - en Angleterre -, et ce qu'on sacrifie, et là, partout hormis en Allemagne et peut-être en Italie, est potentiellement le plus grand vecteur de croissance du football mondial. En fait, non, pas 'potentiellement'. Il l'est, de facto. Ou il l'était.

C'est qu'il est aussi encore fragile, tout comme celles qui le pratiquent au plus haut niveau le sont sur le plan économique, bien plus que leurs homologues masculins. Une chose que beaucoup ignorent est qu'une proportion plus que conséquente de footballeuses professionnelles n'ont des contrats que d'une saison, pas de plusieurs, que ces contrats parviendront à leur terme ce 30 juin, et qu'il n'est pas certain que leurs clubs puissent leur en proposer de nouveaux. Or la protection sociale de ces joueuses est quasi-inexistante: un mois de salaire pour les chômeuses du football anglais, dont la plupart ne gagnent pas plus de 25 000€ - par an.

Obnubilé qu'il est par sa super-élite, le regard rivé sur un horizon qu'il souhaite le plus proche possible, voilà donc le football face à un choix dont il a jusque-là refusé de considérer jusqu'à l'existence. Dans sa panique actuelle, mieux vaudrait qu'il se souvienne qu'il y va aussi de son avenir, pas seulement de celui de ces femmes qu'on ignore.

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