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"Le projet FIFA ? On est sur une manière de penser qui est typiquement nord-américaine", estime Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique.
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Mis à jour 29/07/2026 à 20:19 GMT+2
Comme l'annonce Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport et enseignant, dans un entretien accordé mercredi à l'AFP, le projet d'ouverture de la Coupe du monde par la FIFA aux investisseurs privés est "un coup de force" qui répond à une logique "nord-américaine"que seule l'Europe, place forte du football mondial, pourrait contrer.
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Jean-Baptiste Guégan, l'annonce de ce projet (ndlr : Gianni Infantino envisage de vendre la Coupe du monde à des investisseurs privés), que plusieurs confédérations et fédérations nationales ont dit découvrir, est-elle vraiment une surprise ?
Jean-Baptiste Guégan. : Que les confédérations ne soient pas prévenues, ce n'est pas du tout surprenant, mais on ne s'attendait pas forcément à ce que ça aille aussi loin. Même si depuis le Prix FIFA de la Paix, en passant par toutes les polémiques autour de la Coupe du monde 2026, la Coupe du monde des clubs, plus personne n'est surpris de rien. Il y a une personnalisation et une confiscation du pouvoir politique au sein de la FIFA qui se traduit aussi par ce type d'initiatives.
Quels sont les points de ce projet qui posent légalement question ? L'Union européenne a notamment soulevé celle du "droit à la concurrence".
J-B.G. : Elle se pose évidemment, tout comme la question de l'usage des joueurs, de leur confiscation par rapport à leurs employeurs, les clubs. Cela veut dire aussi qu'on aura potentiellement d'autres compétitions. Rien n'empêcherait finalement d'autres acteurs de construire une autre manifestation ou de la segmenter. Que l'UE s'en mêle, c'est une bonne chose, elle le fait sous l'angle du droit à la concurrence. C'est l'un de ses rares leviers, mais il faut que l'Europe le fasse, parce que le cœur du football mondial c'est l'Europe, son économie c'est l'Europe, les principales fédérations sont européennes, celles qui ramènent le plus d'argent et génèrent le plus de droits. C'est aussi sous cet angle qu'il faut peser.
Au-delà de la légalité, parmi les instances et pays ayant réagi, beaucoup évoquent aussi l'aspect éthique fustigeant la marchandisation du football.
J-B.G. : Avant de parler de légalité, il y a en effet la question de la moralité. Ensuite, est-ce que le président de la FIFA a le droit de faire ça ? Il utilisera évidemment les confédérations pour le faire, mais on est sur une manière de penser qui est typiquement nord-américaine et qui n'est pas du tout celle des fédérations telles qu'elles ont été construites au XIXe siècle. Dans ce contexte-là, il n'y aura que des réticences. Ça remet en cause purement et simplement le modèle du sport à l'européenne, qui est le modèle structurant de la FIFA et aussi du sport tel qu'on le connaît.
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L'intérêt personnel de Gianni Infantino, candidat à sa réélection, qui pourrait à terme devenir directeur général de la FFE et voir ses revenus augmenter, est également pointé du doigt.
J-B.G. : La question de l'intérêt personnel de Gianni Infantino est au cœur du problème. Aujourd'hui, on a un homme qui, outre ses rêves de grandeur et son appétence pour les relations avec les puissants, pose de vrais problèmes éthiques, moraux, mais aussi légaux et institutionnels. C'est-à-dire qu'il est en train de vendre littéralement l'institution à la tête de laquelle il se trouve, le bien commun qu'est le football, à des acteurs qui répondent à une logique nord-américaine, une logique de pouvoir, en profitant d'être dans le premier cercle de Trump.
La possible arrivée de Joshua Kushner, cofondateur du fonds d'investissement Thrive Eternal et frère de Jared, gendre de Donald Trump, à la tête du groupe d'investisseurs potentiels illustre d'ailleurs encore cette proximité ?
J-B.G. : Le conflit d'intérêts est majeur. C'est la même chose que lorsque Gianni Infantino avait, avant le Covid, imaginé une super Ligue mondiale avec des fonds japonais, en l'occurrence la SoftBank, et des fonds saoudiens, ceux du prince Mohammed ben Salmane. On est sur une volonté, par le rapport de force, de profiter d'une situation favorable pour s'accaparer un bien commun et en tirer la plus forte profitabilité. On arrive à un niveau d'audace typique de Donald Trump.
N'y a-t-il pas un risque de voir ces investisseurs pousser pour des compétitions plus fréquentes, nombreuses, avec davantage encore de participants ou organisées dans les pays de ces investisseurs ?
J-B.G. : Les risques sont nombreux. Ils sont d'abord liés à la dénaturation de la compétition qui deviendrait un pur produit. Ça veut dire plus de matches. Se pose la question du statut des joueurs de sélection, de leur rémunération exacte, des véritables retombées pour l'ensemble des fédérations et des mécanismes de solidarité qui vont de pair. Qu'en sera-t-il pour la Coupe du monde féminine ? Que dirons-nous des autres types de compétitions ? Est-ce qu'il va falloir les effacer, les reléguer ?
L'Europe est le nerf de la guerre et surtout le nerf du business parce que c'est elle qui a l'argent
La levée de boucliers soulevée par cette annonce, notamment en Europe où les instances européennes du football ont convoqué une réunion d'urgence, peut-elle avoir un impact sur ce projet ?
J-B.G. : L'Europe est le nerf de la guerre et surtout le nerf du business parce que c'est elle qui a l'argent. C'est elle qui, même si le Golfe est capable de mettre de l'argent sur la table, sera en capacité finalement de bloquer les meilleurs joueurs. Les meilleurs championnats sont en Europe. C'est donc à l'UEFA de se bouger et l'Union européenne sera derrière.
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