La télévision ne manque jamais de nous montrer cette image lorsque Liverpool et Everton s'affrontent dans un énième derby, qu'il se joue à Anfield ou à Goodison, et nul doute qu'elle nous la montrera à nouveau lorsque le public aura retrouvé les stades. On imagine que l'instruction doit être passée par la régie à ses cadreurs. Guys, ne manquez surtout de repérer dans la foule un supporter des Reds qui serait assis aux côtés d'un fan des Toffees, merci. Maillot rouge, maillot bleu, rien de mieux pour nous rappeller qu'on ne surnomme pas ce match le friendly derby - le derby amical, voire le derby de l'amitié - pour rien.
Dans un championnat où la ségrégation est de mise dans toutes les arènes, hormis ce havre de tolérance et de bonnes manières qu'est Craven Cottage avec sa "tribune neutre", Liverpool et Everton nous feraient donc la démonstration d'un type de rivalité allant à contre-courant du tribalisme qui sous-tend la vie du football anglais et qui, pour certains, lui donne son vrai sens. Et pourtant, quand bien même deux supporters de Liverpool et d'Everton pourront se retrouver coude à coude un jour de derby, et leur coexistence pacifique faire fondre les cœurs d'artichaut, on se tromperait du tout au tout si l'on s'arrêtait à cette image d'Epinal.
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Pour commencer, le tribalisme n'est qu'un phénomène récent dans le fil historique du football anglais, et constitue un prisme trompeur au travers duquel le considérer. Peut-être se laisse-t-on duper par une forme d'immémorialité qui est propre à ce football, parce qu'il fut le premier à s'organiser, à exister autrement que comme un hobby encouragé par les écoles privées de l'élite sociale. A cause de cela, nous tendons à imaginer que le football est un constituant culturel de la société britannique depuis une presque-éternité, quand, en fait, il suffit de remonter cinq ou six générations pour assister à sa naissance.
Cinq ou six générations, cela n'est rien; mais à l'échelle de ce que devint le football (pourtant très vite, en trois ou quatre décennies), c'est comme s'il avait toujours été présent parmi nous, comme si les clivages d'aujourd'hui avaient des racines qui plongeaient si profond dans son histoire qu'ils s'apparentent aux vendettas corses de la légende, si anciennes qu'on a oublié ce qui les déclencha.

Rivalités locales, constituant fondamental

Ceci est une illusion, pour ne pas dire un mensonge. Mais comme toute illusion, et beaucoup de mensonges, il y a une part de vérité dans cette vision d'un football de tout temps défini par ses conflits intra-communautaires. Les rivalités locales et régionales sont bien un constituant fondamental de l'identité du football anglais. Hormis Leeds et Newcastle, il est impossible de songer à une seule grande ville du royaume qui ne soit pas coupée en deux, trois, quatre, voire davantage - dans le cas de Londres, mais aussi du Grand Manchester - par ses allégeances à tel club ou tel autre. C'est Bristol City contre Bristol Rovers, Notts County contre Nottingham Forest, Sheffield United contre Sheffield Wednesday; et quand on ne trouve pas d'ennemi contre qui se battre dans son village, on va le chercher un peu plus loin. C'est Crystal Palace contre Brighton, par exemple - une rivalité qui ne remonte pourtant qu'aux années 1970. En Angleterre, un club existe aussi par sa relation avec l'autre, ou plus précisément, avec un autre.
Le tribalisme au sens où nous le comprenons aujourd'hui reste néanmoins un ajout moderne. S'il est bien l'expression d'une rivalité, c'est seulement dans ce qu'elle a de plus radical, lorsque le rapport à l'autre n'est plus défini qu'en termes de haine et d'exclusion. Or ce n'est qu'à la fin des années 1970, voire des années 1980, qu'il commença à empoisonner les tribunes, attisé qu'il était par la brutalisation d'une société britannique déchirée par les conséquences d'un déclin économique sans précédent.
Jusque-là, comme tout supporter plus âgé le confirmera, il n'y avait rien d'extraordinaire à ce qu'un supporter d'Arsenal allât voir jouer Tottenham les samedis où les Gunners n'avaient pas de match à domicile, et vice-versa, alors que les deux clubs étaient pourtant en conflit ouvert depuis 1919, quand Arsenal, bénéficiant d'appuis influents au sein de la Football League, avait soufflé une place en First Division qui aurait dû légitimement revenir aux Spurs.
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Liverpool FC, fruit d'une sécession

De ce point de vue, d'ailleurs, Everton aurait largement de quoi voir en Liverpool un faux frère, un Cain qui aurait finalement épargné Abel, mais n'aurait pas nécessairement pleuré sur sa tombe si la querelle lui avait été fatale. Liverpool FC est en effet le fruit d'une sécession au sein d'Everton FC, qui fut provoquée par son président John Houlding, un brasseur fortuné dont les sympathies politiques (conservatrice et unioniste) étaient aux antipodes de celles de son board, libéral et favorable à l'auto-détermination de l'Irlande - ce qui, dans la plus irlandaise des villes d'Angleterre, était tout sauf un détail.
En 1892, quatorze ans après la fondation d'Everton FC, les tensions au sein de son équipe dirigeante étaient devenues si intenses que le board du club décida de déménager du terrain sur lequel son équipe jouait depuis huit saisons. Ce terrain, situé sur Anfield Road, était devenu la propriété de Houlding en 1885, Houlding qui, président ou pas, percevait un loyer conséquent pour l'usage de ce qui ne méritait pas le nom de 'stade': en l'absence de vestiaire, les joueurs d'Everton devaient d'ailleurs se changer avant et après les matches dans un hôtel voisin, le Sandon (autre propriété de Houlding), aujourd'hui un pub fréquenté par les supporters des Reds les jours de match, et dont le petit musée mérite bien qu'on fasse les cinq cents pas qui le séparent de la statue de Bill Shankly.
Soupçonnant Houlding de vouloir s'enrichir aux dépens du club, ce en quoi il n'avait sans doute pas tort, le board décida de quitter Anfield pour aller s'installer de l'autre côté de Stanley Park, toujours dans l'arrondissement d'Everton, à moins d'un kilomètre et demi de là; et c'est ainsi qu'Everton FC passa d'Anfield Road à Goodison Park. Houlding répliqua en créant son propre club, qu'il eut le culot d'appeler Everton Athletic avant que la Football Association ne l'enjoigne à trouver un autre nom - et c'est ainsi que naquit Liverpool FC, en 1892, et que fut nouée son association avec Anfield.

Goodison Park et Anfield, à Liverpool

Crédit: Getty Images

Malgré ce que ce divorce avait pu avoir d'acrimonieux, et j'en reviens ici à ce constat que le "tribalisme" n'a pas grand sens dans le contexte du football anglais d'avant le dernier quart du vingtième siècle, les deux clubs ne devinrent pas des ennemis mortels pour autant. Le premier derby de la Mersey, un match de championnat de First Division qui se joua le 13 octobre 1894, attira 44 000 spectateurs à Goodison Park, soit le triple de l'affluence ordinaire au nouveau home d'Everton FC, qui joua en rouge ce jour-là, tandis que l'équipe réunie à grands frais par Goulding (composée de dix professionnels écossais et de l'international anglais Harry Bradshaw, qui devait décéder cinq ans plus tard des séquelles d'un coup à la tête reçu dans un match de Southern League) avait endossé un maillot moitié bleu, moitié blanc, complété par un short et des bas marine.
"Dès une heure de l'après-midi, toutes les rues menant à Goodison Park, des kilomètres à la ronde, commencèrent à être envahies par hommes, femmes et garçons se rendant tous au même endroit", écrivit l'envoyé spécial de la North Wales Chronicle John Humphries dans son compte-rendu du match. Everton, champion en 1891, l'emporta aisément 3-0 sur le promu de fraîche date, et la foule immense se dispersa sans le moindre heurt.
Si Everton jouait dans mon jardin, je fermerais les rideaux
Il ne fallut que quelques années pour que Liverpool FC, champion de première division en 1900-01, devienne un rival des plus dangereux pour Everton, dont le premier titre national avait été conquis dix ans plus tôt; un rival, et un concurrent dans la chasse aux supporters. Lors de cette même saison 1900-01, Anfield avait accueilli 15 647 spectateurs par match en moyenne, contre 16 855 qui s'étaient retrouvés à Goodison. Deux ans plus tard, pour la première fois, ils étaient plus nombreux à assister aux matches des Reds qu'à ceux des Toffees.
La rivalité ne dégénéra pas pour autant en hostilité, comme cela fut illustré par la composition du cortège funèbre de Houlding, mort dans le sud de la France au printemps 1902, et dont le cercueil fut porté jusqu'à sa tombe par des joueurs des deux clubs, en témoignage de la reconnaissance de la ville de Liverpool - dont il avait été le Lord-Maire - pour tout ce qu'il avait fait en faveur de son football. C'est sur des gestes comme celui-ci, peut-être, que fut fondé le mythe si tenace du friendly derby. On se lançait bien des piques par le verbe (Shankly: "si Everton jouait dans mon jardin, je fermerais les rideaux") ou par le geste (Dixie Dean faisant trois révérences devant le Kop après avoir marqué dans le derby); mais, finalement, n'était-ce pas parce qu'on avait une affection d'un genre particulier pour le frère de l'autre côté du parc ? Pour un peu, on verrait presque dans le nombre record de cartons rouges distribués dans ce derby une sorte de preuve a contrario que, tout compte fait, s'ils se castagnent de la sorte, c'est parce qu'ils s'adorent.

Manchester, l'ennemi commun

Ce qu'on ne niera pas est que ce derby fut longtemps plus amical que bien d'autres qui mettaient face à face deux clubs d'une même ville. Celui de Sheffield, par exemple, entre United et Wednesday, s'était toujours déroulé dans une atmosphère détestable et avait fréquemment nécessité des interventions policières, et ce, dès le 19e siècle. Si celui de Liverpool pouvait se jouer sans qu'on craigne de débordements, c'était aussi en raison de la proximité d'un ennemi commun : Manchester, la ville et ses clubs, qui ont servi de paratonnerre aux orages qui seraient nés autrement entre les deux voisins de Stanley Park.
Passer de l'une à l'autre cité, aujourd'hui comme hier, c'est changer d'univers, alors que cinquante kilomètres seulement les séparent, et malgré tout ce qui pourrait et devrait les rapprocher: la proximité de la mer, le legs de la révolution industrielle qui a transformé leur économie, leur architecture et leur société, l'attachement viscéral de la grande majorité de l'électorat au travaillisme radical et au socialisme, la présence si sensible de la diaspora irlandaise, l'amour de la musique et du football... pas l'accent, c'est vrai. Dans leur cas, qui se ressemble s'assemble, oui, mais pas pour prendre du plaisir à la compagnie de l'autre. Pour se provoquer, et se battre.
La "firme" de hooligans la plus crainte d'Everton, les County Road Cutters, qui sévit des eighties aux années 2000, sortait d'abord les rasoirs Stanley auxquels elle devait son nom quand c'étaient les supporters de Manchester United qui étaient l'adversaire, pas ceux de Liverpool FC. On dit même que la frange hool des Reds rejoignit les Cutters lors de l'une des plus grosses batailles rangées de l'histoire du hooliganisme anglais, "la bataille d'Everton Valley", en février 2005, quand plus d'une centaine de fans de la Red Army mancunienne furent blessés lors de la pire explosion de violence liée au football de l'histoire de la Merseyside, sans commune mesure avec les affrontements qui avaient pu opposer Blues et Reds en d'autres occasions.
Ce n'est pas la seule fois que les deux clubs ont fait front commun contre un ennemi venu de l'extérieur. Une tragédie, celle de Hillsborough, raffermit les liens ambigus qui les unissent depuis que John Houlding décida de faire bande à part; mais c'était quatre ans après qu'un autre désastre, celui du Heysel, avait changé du tout au tout les rapports entre les deux clubs ou, plus précisément, entre les deux groupes de supporters. Or, si l'on parle souvent de la première comme étant la preuve de ce que Liverpool et Everton sont - littéralement - unis par les liens du sang, on préfère le plus souvent taire la seconde, et combien elle changea du tout au tout la relation entre les supporters de deux clubs qui sont justement fiers de leur enracinement dans leurs communautés liverpudliennes.
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Le tabou

Le sujet est de ceux qu'on évite soigneusement d'évoquer en Angleterre, tant les souvenirs qu'il remue sont douloureux, et j'avoue que, moi-même, j'hésite à m'aventurer sur ce champ de mines; mais ne pas le faire reviendrait à ignorer une évidence, à laisser de côté ce qui est un constituant essentiel du rapport entre supporters des Reds et des Blues depuis 1985.
Ce 29 mai 1985, trente-neuf supporters, pour la plupart des tifosi de la Juventus de Turin, trouvèrent la mort, piétinés, asphyxiés, après qu'une charge de supporters de Liverpool les avaient contraints à prendre la fuite, causant l'effondrement d'un mur qui s'écroula sur les victimes. Les organisateurs de cette finale de Coupe d'Europe disputée dans un stade qui n'aurait jamais dû accueillir un pareil match avaient une part de responsabilité, tout comme les forces de police.
Le président d'alors de Liverpool FC, John Smith, essaya de dédouaner les siens en suggérant que les fauteurs de trouble parlaient avec un accent du sud de l'Angleterre et que des militant d'extrême droite, dont des fans de Chelsea, avaient infiltré les rangs des Reds à cette occasion. Rien, pourtant, absolument rien, ne permet d'étayer cette thèse. Ce jour-là, les premiers coupables portaient bien les couleurs de Liverpool, comme l'ont reconnu des figures significatives du supportérisme rouge telles que le journaliste Tony Evans et l'écrivain Daniel Fieldsend, dont le récent ouvrage Locāl, peut-être le plus bel essai qu'on ait consacré à l'osmose entre Liverpool FC et sa ville, évoque sans ambages le poids de ce sentiment de culpabilité.
Liverpool fut aussitôt exclu des compétitions européennes, et la punition fut rapidement étendue par l'UEFA à l'ensemble des clubs anglais, avec le soutien du gouvernement de Margaret Thatcher. Or au premier rang des punis figurait Everton, dont le manager Howard Kendall avait fait le rival numéro 1 du Liverpool de Paisley et Fagan en Angleterre, et paraissait sur le point de faire de même en Europe. Vainqueurs de la FA Cup en 1984, les Toffees venaient de remporter la Coupe des Coupes au terme d'un parcours brillant, qui les avaient notamment vu dominer le Bayern d'Udo Lattek en demi-finale. La finale, disputée contre le Rapid Wien deux semaines avant le drame du Heysel, avait eu des allures de formalité.
Mieux encore, le 6 mai, Everton avait remporté son premier titre de champion d'Angleterre depuis 1969-70. Everton allait donc représenter l'Angleterre dans la prochaine Coupe d'Europe des Clubs Champions, que les Anglais dominaient quasiment sans partage depuis la fin des années 1970. Everton menaçait de mettre fin à l'hégémonie du voisin d'Anfield Road. Un Everton qu'on n'avait peut-être jamais vu plus ambitieux qu'à ce moment de son histoire, plus encore qu'à l'époque de Dixie Dean ou de la "Sainte Trinité", quand Kendall avait Colin Harvey et Alan Ball pour partenaires en milieu de terrain. Un Everton qui saurait attirer le plus prometteur des jeunes attaquants anglais, Gary Lineker, le soulier d'or de la saison 1984-85 avec Leicester City, qui serait aussi celui de la Coupe du monde de 1986. Un Everton que l'expulsion des clubs anglais frappa plus durement que quiconque, ce que ses fans n'ont ni oublié, ni pardonné.
Incapable de retenir ses meilleurs joueurs, à qui l'Europe était désormais interdite, Everton, bien que de nouveau sacré champion en 1986-87, commença à décliner avant même d'avoir atteint son apogée. Gary Lineker fila à Barcelone. Trevor Steven rejoignit les Rangers. Kendall laissa la place à son ancien complice Colin Harvey, et Everton dut accepter de retourner dans l'ombre de Liverpool FC. Enfin, "accepter" n'est peut-être pas le mot qui convient.

Rancœur éternelle

J'ai parlé à bien des Evertoniens depuis ma première visite à Goodison Park, il y a plus de vingt ans de cela, et je n'en ai pas encore rencontré un seul dont la rancœur se soit complètement dissipée. Le retour des Reds au premier rang de l'Europe avec Houllier, Benitez et, maintenant, Klopp n'a certainement rien fait pour la rendre moins amère. Le Heysel demeurant un sujet tabou dans une ville marquée bien plus profondément dans le vif de sa chair par Hillsborough - j'y viens -, la profonde amertume des supporters d'Everton, qu'on a parfois représentée comme étant l'expression d'un complexe d'infériorité, est de ces ressentiments qu'on se passe de génération en génération sans trop le partager avec ceux qui ne sont pas de la famille. Et les supporters de Liverpool, dont quelques-uns cachent mal une certaine condescendance vis-à-vis des voisins qui n'ont rien gagné depuis la Cup de 1995 (et n'ont pas vaincu leur équipe dans un derby depuis 2011), n'ont pas toujours fait ce qu'il fallait pour l'apaiser.
C'est ainsi que le 27 septembre 2008, lors du derby de la Mersey disputé à Goodison, on entendit les supporters des visiteurs chanter "2-0 to the murderers" ("2-0 pour les meurtriers") lorsque Fernando Torres doubla la mise pour l'équipe de Rafa Benitez, ou qu'une banderole estampillée "Steaua Bucaresti 1986" fut déployée dans le Kop en février 2010 à l'occasion d'un autre derby. Le Steaua est évidemment le club qui remporta la Coupe d'Europe des Clubs Champions la saison où Everton devait la disputer, avec de réels espoirs de la gagner. Le "derby de l'amitié" ? Que non.
Ce n'est pas de l'amitié qui lie les deux clubs. C'est le sentiment d'appartenir à un même clan, ce qui n'est pas du tout la même chose : le frère peut détester la sœur, et vice-versa. Mais qu'on attaque l'un, c'est comme si on attaquait l'autre. Les 96 victimes de Hillsborough auraient aussi bien pu être des supporters d'Everton. Beaucoup de leurs familles comptaient d'ailleurs des supporters des deux clubs dans leurs rangs. Et lorsque le Sun publia ses mensonges, c'est toute la ville de Liverpool qui fit bloc, car c'était elle tout entière qu'on insultait. Le soutien d'Everton et de ses fans fut total et ne s'est jamais démenti depuis. Eux aussi savaient que Bill Shankly plaisantait lorsqu'il avait dit que le football n'était pas une affaire de vie ou de mort, mais plus important que cela.
Lorsque le destin avait voulu que les deux clubs finissent par se retrouver en finale de la Cup de cette année de cauchemar, You'll Never Walk Alone avait été chanté d'une seule voix par Wembley tout entier. Le plus émouvant discours jamais prononcé lors d'une cérémonie du souvenir de Hillsborough le fut par Bill Kenwright, alors président d'Everton, qui se souvint comment, enfant, il lui arrivait d'être porté par la foule du Kop jusqu'au premier rang lorsqu'il allait voir jouer les voisins. Le Sun est interdit de séjour à Goodison comme à Anfield. Chaque fois qu'Everton put faire montre de sa solidarité, Everton le fit. On n'appellera pas cela de l'amitié pour autant.
Ces deux tragédies ont eu raison de l'innocence d'autrefois. Jamie Carragher, fan d'Everton devenu capitaine des Reds, aime conter comment, âgé de neuf ans, il était arrivé à l'entraînement des poussins de Liverpool vêtu d'un maillot floqué du nom de son héros Graeme Sharp, le buteur numéro 1 des Toffees au début des années 1980. On avait vite fait comprendre au petit Jamie que mieux vaudrait qu'il change de tenue; mais on ne l'avait pas renvoyé chez lui non plus.
L'anecdote le fait toujours sourire, lui qui aime donner rendez-vous à ses visiteurs au Shankly Hotel, sur Victoria Street, juste en face d'un autre hôtel dédié à une autre légende du football de Liverpool, mais d'Everton, celle-là: "Dixie" Dean, l'attaquant dont Shankly disait qu'il appartenait à la race des grands, "comme Beethoven, Shakespeare et Rembrandt"; "Dixie" Dean, le phénomène qui marqua 60 buts pour les Toffees en l'espace de 39 matches en 1927-28, et mourut d'une crise cardiaque à Goodison Park un jour de derby, le 1er mars 1980, quelques minutes après le coup de sifflet final d'un match que Liverpool avait emporté 2-1.
Seuls quelques mètres séparent donc les hôtels, un symbole de plus de la proximité entre deux clubs qui sont issus de la même graine. Mais ce n'est pas à sa largeur qu'on doit mesurer un fossé. C'est à sa profondeur. Et, malgré les passerelles qu'on peut poser au-dessus du gouffre, cette profondeur a quelque chose d'insondable. Ce n'est pas parce qu'on fait partie de la même famille qu'on est forcé de s'aimer.

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