Marcelo Bielsa, la lune de miel est terminée

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L'Athletic Bilbao, qui reçoit le Real Madrid ce soir (22h00), connaît un début de saison délicat. Et Marcelo Bielsa est au coeur des discussions.

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Avec quelques-uns d’entre vous, je me suis interrogé il y a peu sur le début de saison dramatique de l’Athletic Bilbao. La question tournait autour de Fernando Llorente, peut être le meilleur joueur du club ces vingt dernières années, laissé sur le banc pour "sanction". La raison est connue : voulant faire fructifier sa dernière campagne (28 buts dont 7 en Europa League), le géant basque avait demandé à quitter le club. La Juventus et Manchester City étaient intéressés, encouragés par les appels du frère Llorente (son agent). Ce dernier assurait que la situation allait se débloquer moyennant une offre de 22-23 millions . Mais finalement, Bilbao n’a pas cédé. Et je dis bravo.
Pour une fois, l’institution a gagné. Fernando Llorente, qui refusait de signer une prolongation de contrat depuis des mois, a dû s’incliner. Vous allez me dire : "Oui, mais on ne se refuse pas 22 millions, c’est une erreur que Bilbao va payer cher". Il y a peu de temps, je vous aurais dit oui. Sauf qu’en prenant le temps de rédiger cet article – et après m’être bien documenté – je me suis rendu compte que la bataille était perdue d’avance pour Llorente, et ce, pour trois raisons.
1 – Dès le mois de juin, l’Athletic savait que le Bayern Munich envisageait très sérieusement l’arrivée de Javi Martinez, champion du Monde également. Quand les contacts se sont approfondis, les Basques ont vraiment compris que le Bayern allait finir par aligner les 40 millions de la clause libératoire. Si le transfert a tardé au cours de l’été (les Allemands ont tout fait pour négocier), la cause était entendue. Dès lors, avec autant d’argent frais en caisse – le Bayern a versé 40 millions sur le compte bancaire de Martinez qui a lui-même payé l’Athletic – il n’y avait aucune urgence à vendre Llorente.
2 – Quand la Juve et City se sont alors présentés, le président Josu Urrutia leur a répondu clairement que le joueur n’était pas à vendre. Question de cohérence : si on ne voulait pas négocier avec le Bayern, pourquoi le faire avec les autres ?
Du pain bénit pour le président, qui en refusant toute subordination aux clubs puissants, a gagné le cœur des supporters. Un fantastique coup de poker, surtout, qui a marché grâce à la vente record de Martinez. Bilbao, qui a pour unique vocation de se maintenir tous les ans en Liga, sans investir dans d’autres joueurs que des joueurs basques, a maintenu son prestige. Mieux, Urrutia n’a même pas eu besoin de se renforcer : alors que les arrivées de Monreal (Malaga), Benat (Betis Seville), Griezmann (Real Sociedad) et même… Stéphane Ruffier (Saint-Etienne) étaient envisagées, ce dernier a fait savoir que les clubs contactés demandaient des sommes folles. En gros, qu’ils essayaient d’arnaquer Bilbao. Et qu’à ce prix-là, ils pouvaient se les garder.
3 – L’arrivée au cours de l’été de Aritz Aduriz, sans doute l’attaquant le plus sous-coté de la Liga. Avec la signature du joueur de Valence – formé à Bilbao – Bilbao avait la garantie d’avoir un « 9 » de tout premier plan. Et donc aucun empressement à vendre Llorente, d’autant que les finances étaient saines. Depuis le début de saison, « Air Aduriz » a déjà marqué 8 buts en championnat, ce qui fait de lui l’attaquant espagnol le plus rentable. Là aussi, un coup de maître.
Au-delà de la gestion présidentielle, je voudrais dire un mot sur le management de Marcelo Bielsa. On peut critiquer Bielsa pour sa rigidité, voire son extrême rigidité, mais Bielsa est un authentique défenseur de son institution. Un joueur la met en péril ? Sur le banc. Il n’est pas content ? Il s’entraîne avec moins d’intensité ? A la douche, sans avertissement préalable. A l’heure où "les joueurs font ce qu’ils veulent", comme me le disent tous les agents, ce vent de fraîcheur fait du bien. Tout champion du monde qu’il est, Fernando Llorente a des devoirs envers le club qui l’a formé. Désormais, il n’est que le remplaçant d’Aduriz.
Llorente ne partira pas cet hiver non plus
Je suis persuadé que si Llorente s’était mis d’accord avec sa direction au printemps dernier – une prolongation de contrat de deux ans moyennant une clause de départ de 20 millions par exemple (contre 36 actuellement, ndlr) – les choses se seraient passées différemment. Il aurait même pu partir cet été ou cet hiver. Mais les fuites constamment lâchées dans la presse par l’entourage du joueur ont fini par agacer… A Bilbao, on n’aime pas se faire dicter sa conduite. Bielsa, d’ailleurs, reste l’idole de San Mames, qui a foi en sa science, sa personnalité et son charisme pour mener la politique sportive du club.
Aujourd’hui, il paraît impossible que Llorente quitte le club en janvier. Bilbao ne va pas vendre le joueur 10 millions alors qu’il aurait pu avoir le double il y a quelques mois. Si Llorente réagit sur le terrain (comme il le fait depuis quelques semaines), tout le monde peut être gagnant : l’Athletic "récupère" un avant-centre qui même remplaçant, peut marquer 15 buts d’ici la fin de saison. Quant au joueur, libre en juin prochain, il pourra, à 28 ans, signer le contrat de sa vie. Un cas d’école, que seuls l’Athletic et son particularisme pouvaient réussir dans le football actuel.
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