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A Estoril, gestion saine et résultats font bon ménage
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Publié 20/02/2014 à 19:46 GMT+1
Racheté en 2010 pour 200 000 euros par une société brésilienne, Estoril est un club à part et un modèle dont le foot portugais serait bien inspiré de suivre.
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Estoril, ses plages, son casino, son Grand Prix, son Open de tennis… Rattachée à la très jetset commune de Cascais, cette paroisse civile d’à peine 27 000 habitants a aussi son club de foot. Dans l’ombre des grands, le modeste Grupo Desportivo Estoril Praia s’impose carrément comme une force montante de la Liga. "Nous espérons consolider la présence du club en première division. Nous ne nous faisons pas d’illusions sur la Ligue Europa", tempérait son président Tiago Ribeiro qui affirmait en début d’exercice viser le Top 10. Mais les performances poussent les "Canarinhos" (Canaris) à devenir ambitieux. En tapant Braga lundi dernier, ils se sont envolés vers la quatrième place.
"En tant leader de ce groupe, je ne serais pas correct avec les joueurs si je ne disais pas que nous allions lutter pour cet objectif." L’entraîneur, Marco Silva, parle de C3. Cette saison, le GDEP était l’un des trois représentants portugais dans la compétition. Une première dans son histoire. Et s’il a terminé dernier de son groupe (FC Séville, Slovan Liberec et SC Fribourg), il présente un meilleur bilan (6 points) que ses compatriotes. La performance est de taille. Estoril n’a retrouvé l’élite qu’en 2012/13, après sept saisons coincées dans l’antichambre. Des années de galère sportive et financière.
Une gestion saine
"A Estoril, on était payé en temps et en heure et, ça, au Portugal, c’est rare…" Lors de son unique saison au estádio Coimbra da Mota (2011/2012), Alex Hauw n’a que peu joué. Il en garde néanmoins un bon souvenir. Habitué aux complications avec la Naval, le milieu de terrain français fut acteur et témoin de l’ascension d’Estoril. "J’ai connu les problèmes de salaires impayés mais là-bas les dirigeants sont sérieux." Il y a neuf ans, presque jour pour jour, l’Estoril Praia était au bord du dépôt de bilan. Le club était alors aux mains d’un certain José Veiga. Dans l’euphorie de deux montées successives réussies entre 2004 et 2005 et qui le menait vers la Super Liga, l’ex super-agent du foot portugais assurait vouloir s’impliquer dans un grand projet. Mais le club ne s'est pas maintenu et, une fois retombé en D2, les dettes se sont accumulées. Les joueurs, lassés de ne pas être payés, ont menacé de faire grève. Les moins patients ont résilié, les autres attendu qu’une partie de leur salaire leur soit versée. L’homme d’affaires João Lagos a pris le relais en 2008 avant qu’un repreneur ne vienne frapper à sa porte. En 2010, la société Traffic Sports a rachèté 74% du capital social de la SAD (Société Anonyme Sportive) pour 200 000 euros.
C’est quoi ce Traffic ?
Qui dit Traffic, dit José Hawilla. Sa boite est à son image. Ce businessman est un touche à tout. Formé en droit, il fut journaliste radio, télé, avant d’acquérir jusqu’à une trentaine de roulottes vendant des hot-dogs. Un personnage controversé au Brésil qui en 1980 se lance dans la communication visuelle. Il placarde des encarts publicitaires sur les abribus. La Traffic est née et décline le concept atour des terrains de foot. Sept ans plus tard, il se lance dans la commercialisation de droits télé en gérant la Copa América. Il sera l’intermédiaire entre la Confédération Brésilienne de Football (CBF) et son nouvel équipementier Nike, en 1996. On lui reprochera ses trop bons rapports avec Ricardo Teixeira, le président de la CBF. La Traffic s’installe en Europe en 2000, aux Pays-Bas. Deux ans plus tard, elle s’établit à Miami où elle administrera bientôt le club (Miami FC) qu’elle rebaptisera Fort Launders Strikers et qui évolue en NASL (D2 USA). En 2005, elle fonde le Desportivo Brasil, dans l’état de São Paulo. En plus de ces investissements, Traffic Sports a célébré plusieurs partenariats avec des clubs à travers le monde. Parmi eux, le Grêmio le Palmeiras ou Manchester United. Une façon pour la Traffic d’exploiter une autre de ses facettes : un fond d’investissement sur les droits économiques de joueurs. Elle mise sur des footballeurs qu’elle valorise notamment dans ses clubs. C’est ce qu’elle parvient à réaliser au Portugal avec Estoril Praia.
Les ventes de Bruno Nascimento (Cologne), Licá, Carlos Eduardo (FC Porto), Jefferson (Sporting) et Luis Leal (Al-Ahly, Arabie Saoudite) ont rapporté plus de quatre millions d’euros en à peine quelques mois. Le visage de la Traffic à Estoril est celui de Tiago Ribeiro. Cet avocat de formation, qui a travaillé au Comité Olympique Français, est un employé de l’entreprise brésilienne depuis 2008. A 39 ans, il incarne un club simple, sérieux mais ambitieux. Avec un budget de trois millions d’euros cette saison, il est l’un des rares clubs de Liga à avoir vu ce chiffre à la hausse.
Un entraîneur "à la mode"
Marco Silva n’a que 36 ans. Et, déjà, il est présenté au Portugal comme un "entraineur à la mode." Une ascension et une reconversion surprenantes pour cet ancien arrière droit qui connut une honnête carrière en D2 (Belenenses, Trofense, Salgueiros ou Estoril). En septembre 2011, le Brésilien Vinícius Eutrópio quitte Cascais et c’est Marco Silva, son directeur sportif, qui prend le relais. L’équipe qui est alors onzième de D2 sera sacrée championne. L’intérim de Marco va durer… Un heureux imprévu. Silva passe ses diplômes et son nom est murmuré chez les grands. Son profil plaisait aux patrons du Sporting – qui choisiront finalement Jardim – et dernièrement c’est au Benfica qu’on parle de lui. "Le Benfica a un entraîneur et je le respecte beaucoup, répond-il. Ce n’est pas à moi de dire si je suis prêt pour entraîner un grand." Malgré les ventes, les départs, un budget (en hausse mais) limité, Marco Silva obtient des résultats et instaure une identité de jeu. Il est l’un des entraîneurs montants de la nouvelle génération. Lui aussi est un adepte du 4-3-3 et lui aussi est ambitieux. Y compris dans le jeu. "C’est le seul entraîneur que j’ai qui lorsqu’on va à la Luz ou au Dragon, nous dit de presser haut, de jouer notre football, envoie le défenseur franco-portugais Yohan Tavares. Il a tout pour aller dans un grand club." Rendez-vous dimanche, à Porto. Le GDEP ne s’y est imposé qu’une seule fois. C’était en 1944. Un succès en Coupe du Portugal qui le mena vers sa seule finale où il prit une claque tout aussi marquante (0-8). Mais cet Estoril accélère sans regarder plus dans le rétro.
Yohan Tavares : "On est à notre place"
Il est l’un des piliers de la défense d’Estoril. Yohan Tavares, né à Tours il y a 25 ans, s’est affirmé comme un leader de la formation de Cascais : "Je me sens bien ici. En début de saison, on visait le maintien mais avec les bons résultats on est plus ambitieux. Quand tu goûtes à la Coupe d’Europe, tu n’as plus envie de la lâcher." Pour l’ancien joueur du Beira-Mar, Estoril Praia est "un club différent" : "On a une sécurité financière que 70% des autres équipes du pays n’ont pas. Ça nous permet d’être entièrement concentrés sur le terrain." Et ça marche. Estoril est quatrième de la Liga. "Sportivement, on est à notre place, juge-t-il. On n’a pas volé nos résultats et on propose du jeu." Prochaine étape pour continuer de grandir : "Un centre de formation et un centre d’entraînement. On grandit, pas à pas. Il ne faut pas oublier qu’il y a encore deux ans nous étions en D2…"
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