En ce jour d'avril 1986, le soleil a beau briller sur la ville de Valence, l'humeur générale est morose. Pour ce dernier match de la saison, les gradins clairsemés du stade Luis Casanova ont triste allure. L'enjeu de la rencontre est nul. Les supporters de Valence n'ont plus rien à espérer, depuis quelques jours leur club est mathématiquement un club de deuxième division. Au terme d'une première période qui ne fera rien pour égayer l'ambiance, les haut-parleurs du stade diffusent une chanson du groupe Madness : It must be love. "Comme une expression du fait que ce que sent l'afición valencienne pour son équipe, c'est de l'amour. Un amour qui doit être fou, car sinon, c'est incompréhensible" écrivait à l'époque le magazine Don Balón. 35 ans plus tard, ce titre de Madness est devenu un symbole de résistance dans la ville.

De mal en pis

Les supporters de Valence sont à bout. Depuis le rachat du club en 2014 par Meriton Holdings, compagnie dont est propriétaire le magnat singapourien Peter Lim, les supporters ont eu le temps de s'habituer aux retournements de situation et autres décisions incompréhensibles. Mais depuis un peu plus d'un an, celles-ci se succèdent à une cadence prodigieuse.
Liga
Une déroute et un taulier en larmes : à Valence, tout fout le camp
27/02/2021 À 22:36
En septembre 2019, l'entraîneur Marcelino était remercié. Motif du licenciement ? Avoir joué la Coupe du Roi à fond au point de l'avoir remportée. D'après les propriétaires, il aurait fallu laisser ce tournoi de côté et se concentrer sur la qualification pour la Ligue des Champions. Au final, Marcelino et les siens avaient réussi les deux. Toutefois, ils avaient désobéi aux directives du propriétaire… "Quand je suis allé à Singapour en juillet, il m'a félicité pour la Ligue des Champions et pas pour la Coupe" relatait le principal intéressé au terme d'une conférence d'adieu ponctuée de larmes. Deux mois plus tard, c'était le directeur général Mateu Alemany qui quittait le navire. Valence devenait ainsi orphelin des deux seuls hommes capables de tenir l'institution à bout de bras. Sans eux, les abysses s'ouvraient. La suite serait pire.

Marcelino

Crédit: Getty Images

Venue sur le banc d'Albert Celades duquel on n'attendait rien, départ d'Albert Celades duquel on n'avait bien fait de ne rien attendre, une insipide neuvième place en Liga et un été en tous points historique comme l'assaut du Capitole a été historique, c'est-à-dire dans tous les mauvais sens du terme. Ferran Torres, joueur le plus coté de l'effectif valencien s'en allait à Manchester City pour la modique somme de 23 millions alors qu'il en valait le double.
Homme le plus aimé de Mestalla, le capitaine Dani Parejo était poussé vers la sortie. Nouvelle injustice, nouvelle conférence de presse de départ, nouvelles larmes. Lui et Francis Coquelin porteraient désormais les couleurs de Villarreal. Pour la somme ridicule de… huit millions d'euros, deux des meilleurs milieux de Liga devenaient la propriété du sous-marin jaune. Les dirigeants des chauve-souris venaient d'offrir leurs meilleurs joueurs sur un plateau d'argent à la concurrence.

Plus de 500 jours sans transfert

Appauvri par tous ces départs (il faut ajouter notamment ajouter ceux de Rodrigo Moreno et de Kondogbia aux noms déjà mentionnés), l'effectif avait absolument besoin d'être renforcé. Aussitôt dit, aussitôt défait. Valence a été la seule équipe du championnat à n'acter aucun transfert lors du mercato estival. Comme l'ensemble du football espagnol, le nouvel entraîneur Javi Gracia était incrédule.
"Quand j'ai signé à Valence, j'étais conscient depuis le premier instant que l'effectif allait vivre une reconstruction, mais je ne pouvais m'imaginer que la confection de l'effectif se terminerait avec de nombreux départs et aucune arrivée, excepté le retour des joueurs en prêt" regrettait-il par l'entremise d'un communiqué. Se sentant trahi par le propriétaire, il mettait son poste à disposition de la direction. Pourquoi ne démissionnait-il pas de son propre chef ? En raison d'une pénalisation de trois millions d'euros qu'il aurait dû honorer le cas échéant.
Un effectif appauvri, un entraîneur qui se verrait bien ailleurs, des dirigeants indignes de confiance, l'impasse sportive dans laquelle sont embarqués les Ches à ce jour ne surprend personne. Actuellement, ils sont quatorzièmes du classement à deux points du premier relégable. S'il ne fait aucun doute que Javi Gracia est un bon entraîneur, il est vrai qu'il doit prétendre à mieux qu'un tel rang. Toutefois, la marge de manœuvre de ce Valence-là est limitée. Les bonnes saisons de José Luis Gayà et Carlos Soler, deux joueurs formés au bercail qui brillent plus que jamais, ne servent pas à masquer les faiblesses de nombre de leurs partenaires.

Carlos Soler (Valence) contre le Real Valladolid / Liga

Crédit: Getty Images

Sportivement, il n'y a rien à attendre de cette équipe. L'inactivité sur le marché des transferts témoigne de l'ambition inexistante du propriétaire. Douzième, onzième, c'est la juste place de ce collectif. "L'objectif de Valence ? Au niveau sportif, que cette saison soit la plus courte possible. Et l'objectif réel de Valence, c'est que Meriton s'en aille. C'est l'objectif de Valence pour cette année, la suivante, et toutes les années" lançait un Santi Cañizares vindicatif sur les ondes de la Cope en octobre dernier. "Tant que Meriton ne s'en sera pas allé, cette équipe continuera à nous donner ce qu'elle nous maintenant : de la peine".

La résistance

Tant que Lim sera à la tête des Blanquinegros, les résultats sportifs ne seront pas une priorité. L'objectif du magnat ne consiste plus qu'à récupérer l'argent investi dans le club, ce qui n'est pas prêt d'arriver tant l'entité dépend des qualifications en Ligue des Champions pour être rentable (et encore). Lorsque le passif croît, l'actionnaire majoritaire prête de l'argent au club qui doit le lui rembourser en fin d'exercice. En septembre, Valence devra transférer 54 millions et 20% du montant des droits télé à Peter Lim. Dès lors, on s'attend à ce que les derniers joueurs différentiels de l'effectif soient mis sur le marché dans quelques mois. Alors, au-devant de ces noirs horizons, la résistance à l'encontre de Meriton s'organise.
Parfois, cette dernière prend un visage solennel, comme lorsque des légendes telles que Cañizares, Kempes ou Ayala s'unissent pour demander publiquement à Peter Lim de rectifier le tir de sa mauvaise gestion. Parfois, elle prend un visage entreprenant, comme lorsque plusieurs groupes s'associent sous une même bannière, celle du collectif "de Torino a Mestall " (le Valencia Foot-ball Club a été fondé en 1819 dans un bar appelé "Torino") dans le but de réunir le nombre d'actions nécessaires jusqu'à pouvoir faire office de véritable contrepouvoir à Peter Lim.

Ce n'est pas qu'une question d'argent : qui offre le meilleur projet sportif à Mbappé ?

Pour cela, il leur faudra détenir 5% des actions. Conscients du moment critique dans lequel se trouve Valence, quantité de petits actionnaires ont délégué leurs titres au collectif. Pour l'instant, 1% des actions ont été réunies par le groupe, ce qui lui a déjà permis d'avoir accès au registre des actionnaires. Le collectif œuvre en parallèle dans la quête d'un repreneur et étudie les options qui permettraient de traduire Meriton en justice pour ne pas avoir honoré les termes du contrat lors du rachat.
Enfin, la résistance prend parfois une tournure pittoresque. En octobre, le président Anil Murthy – Lim se terrant à Singapour, Murthy est devenu automatiquement la personne la plus haïe de la ville – était attablé à une terrasse lorsqu'un groupe de mariachis envoyé par des supporters s'est dirigé à sa hauteur et a entonné une chanson nommée "rats à deux pattes". Autre cas célèbre, des individus anonymes regroupés sous le pseudo @itmustbelove86 (rappelez-vous, la chanson de Madness) s'amuse à décorer les rues d'ornements jetant le discrédit sur Peter Lim : affiches de cinéma détournées, immeuble en ruines sur lequel les lettres de Meriton ont été fixées, panneaux indiquant la direction de Singapour. Le cas de Meriton a beau être irrécupérable, les supporters, eux, sont bien décidés à récupérer leur club.
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