Cette saison, le classement de la Liga présente un visage particulièrement homogène. Les sept premières formations se tiennent en cinq petits points. Et parmi ces sept équipes, quatre sont dirigées par des entraîneurs basques. Pour une saison encore, la Real Sociedad d'Imanol Alguacil est la caution jeu de la Liga.
Le Rayo d'Andoni Iraola, tout juste promu, est la révélation de ce début d'exercice, le CA Osasuna de Jagoba Arrasate et son onze à 91% espagnol se battent pour l'Europe tandis que le Séville de Julen Lopetegui a des vues sur le trône de leader. Pour compléter cette liste d'entraîneurs basques présents au plus haut niveau national il ne manque plus qu'un nom… et c'est d'ailleurs, le plus connu de tous. Celui d'Unai Emery ! Cette mainmise sur le championnat de la part des entraîneurs venus d'Euskadi, comment l'expliquer ?
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La formation, l'alpha et l'omega du football basque

Avec quatre clubs au sein de l'élite (Athletic, Real Sociedad, Osasuna et Alavés), le football basque traverse une bonne période. La saison passée, on pouvait même ajouter Eibar à ce petit groupe. Autrement dit, un quart des équipes de Liga étaient basques en 2020/2021. Même la région de Madrid et sa folle densité de clubs ne fait pas aussi bien. Et qui dit clubs basques dit une irrésistible inclinaison à miser sur des gens du sérail. Si les autres entités de la région n'ont pas une philosophie aussi stricte que celle de l'Athletic Club, elles font tout de même la part belle au personnel formé entre leurs murs. À ce titre, la Real Sociedad dispose actuellement de la cantera (le centre de formation) la plus en vue du paysage footballistique espagnol. Mais c'est que du côté du Nord du pays, on ne se contente pas uniquement de former des joueurs.
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"Euskadi est une terre de centres de formation et souvent, on a moins de peine à accorder de la valeur à ce qui nous est propre. De même qu'avec les joueurs, les entraîneurs ont plus d'opportunités qu'à d'autres endroits" relève Yon Cuezva, journaliste pour Radio Marca Donosti. "De fait, miser sur des personnes-maison peut sembler risqué voire anti-commercial à d'autres endroits, mais ici, on considère souvent que le produit-maison est le meilleur et ça, ça joue en faveur de beaucoup d'entraîneurs" complète Javier Ortiz de Lazcano, journaliste pour El Correo de Bilbao.
Exemple : au moment où Asier Garitano - un autre entraîneur basque tiens - a été viré de la Real Sociedad, les dirigeants n'ont pas hésité à confier une bonne fois pour toute les rênes de l'équipe première à Imanol Alguacil, jusque-là entraîneur de l'équipe B. Au lieu d'en faire à nouveau un intérimaire, ils lui avaient cette fois offert un contrat comme il faut. De même, quand l'Athletic a mis fin à l'expérience Berizzo, Gaizka Garitano a été promu de l'équipe B à l'équipe A sans que ça ne choque personne.
"Pour moi, il y a deux choses. D'une, une bonne cantera d'entraîneurs basques, qui en plus pour beaucoup sont d'ex joueurs qui ont fait d'une façon assez naturelle leur transition vers les bancs de touches. De deux, le fait que jouer dans des équipes basques leur permet d'avoir beaucoup d'expérience, de connaître beaucoup de choses qu'ils vont pouvoir appliquer dans leur labeur d'entraîneur" analyse Javier Ortiz de Lazcano. En parallèle de ces hommes formés au pays, existent aussi les cas pécuniers de Lopetegui, Iraola ou Emery, eux qui n'ont gouverné d'équipe sur leurs terres. Leurs armes, ils les ont faites sur la route: en Andalousie, à Chypre, à Madrid, … Ces hommes aux parcours peu conventionnels ont-ils toutefois des choses en commun avec leurs homologues ? En d'autres termes, existe-t-il une école basque ?

Une école basque ?

Sur ce point précis, les avis divergent. "Ces entraîneurs sont très différents. Imanol vient de la cantera de Zubieta [le centre de formation de la Real NDLR], Arrasate cantera Zubieta aussi, Lopetegui n'a pas été ici, il a toujours été hors du Pays basque comme joueur. Je ne crois pas qu'il y ait une école qui les prédétermine. Chacun a son histoire" avance Yon Cuezva.
Javier Ortiz de Lazcano prend pour sa part le contre-pied de cette argumentation. "Oui il y a une école, car même si ce sont des entraîneurs de différents types, il y a une chose curieuse : ils se réunissent deux-trois fois par année pour manger, ont de bonnes relations, de l'amitié et une façon de voir le football. En Euskadi, on valorise toujours l'ambition, l'engagement des joueurs envers l'équipe et le dévouement. Ça, les entraîneurs le transmettent à leurs équipes même s'ils ont des styles différents les uns des autres et qu'ils ne sont pas comparables".
Mikel Etxarri, lui, propose une troisième voie. Ancien míster d'Eibar, adjoint à la Real Sociedad, coach d'Emery et Alguacil, formateur d'Arrasate, Gaizka Garitano ou encore Juanma Lillo, Mikel Etxarri est une véritable institution en Euskal Herria. "Je ne crois pas qu'il existe une école d'entraîneurs basques, nous confie-t-il. Ce qu'il peut y avoir par contre, c'est que l'idiosyncrasie de l'être humain basque ait des caractéristiques spéciales". Sur ce point, tous nos interlocuteurs se rejoignent.

Imanol Alguacil l'entraîneur de la Real Sociedad

Crédit: Getty Images

Quand les clubs engagent des entraîneurs basques, ils savent généralement à quoi s'en tenir. Ces derniers ont la réputation d'être francs, travailleurs, et de ne pas causer trop de problèmes à l'interne. "Les Basques, on préfère le faire au dire. Ça, quand tu es entraîneur ça aide. Les joueurs de la Real mettent tous en avant la facilité qu'a Alguacil pour expliquer ce qu'il veut, pour synthétiser. Il peut y avoir un point culturel, idiomatique à cela" valorise Yon Cuezva avant de poursuivre. "Le Pays basque est une terre où la parole a beaucoup de valeur. Je crois que c'est extrapolable au football".
Mikel Etxarri confirme : "au-delà de la connaissance du jeu, une chose très importante est la transmission. Je crois que tous les entraîneurs sont sincères. Mais la passion qu'a l'entraîneur basque, l'habitude au travail, pas seulement dans le football mais en général, fait qu'ils sont très consciencieux".

Changement de paradigme

Durant un temps, les entraîneurs parlant l'euskera ont véhiculé l'image d'hommes francs, besogneux, mais pas franchement enjoués. Le stéréotype voulait que leurs équipes baignent dans l'austérité. Après tout, on ne joue pas au football en Euskadi comme en Andalousie… Pourtant, ces dernières années le vent a tourné. "C'est un changement culturel. Ce n'est pas non plus vrai que les entraîneurs basques cadenassaient. Par exemple, Javier Clemente, à qui on reprochait toujours cela, quand il gagne la Liga, l'Athletic était l'équipe qui marquait le plus. Ce qu'il se passe, c'est que le football qui plaisait était un football consistant à être fermes derrière et attaquer à fond devant. Ça, c'est en train de changer : les entraîneurs se sont très bien adaptés à ce que demande le football aujourd'hui" estime Javier Ortiz de Lazcano.
Le Rayo, la Real et Osasuna (Séville et Villarreal un peu moins) sont des équipes versatiles, protéiformes, capables de s'adapter aux différents moments de chaque match, soignant les sorties de balle si nécessaire et comme on dit en Espagne, "laissant leur âme" au moment d'aller presser. Si bon nombre de leurs concurrentes en Liga sont encore engoncées dans un football espagnol dépassé, ces trois équipes sont les plus européennes du championnat.

Lobete (Real Sociedad)

Crédit: Getty Images

Voir jouer la Real Sociedad c'est avoir devant ses yeux une équipe résolument moderne. "Andoni [Iraola] dit une chose avec laquelle je suis complètement d'accord. Le jeu, il faut essayer de le dominer. Mais comprendre le jeu n'est pas facile. C'est pour ça que je n'aime pas parler d'un sytème de jeu. Dans les matches, il y a plusieurs systèmes de jeu. Dans le jeu, à chaque moment, on peut jouer de différentes façons" explique Mikel Etxarri en référence à la nécessité d'être une équipe plurielle.
Cette nouvelle vague dont Andoni Iraola est l'un des meilleurs représentants est promise à un bel avenir. Du côté de Bilbao, on l'imagine déjà l'ancien latéral reprendre les rênes de l'Athletic, tout comme on fantasme sur un Xabi Alonso à la tête du/de la Real. Après le trio Valverde-Emery-Lopetegui, on pourrait tenir un nouveau trio Iraola-Alonso-Alguacil, et voir les Basques régner pour de belles années encore sur les bancs de Liga !
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