Jourdren savoure

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Si Montpellier est à un point du titre avant de jouer son dernier match, dimanche, à Auxerre, c'est parce les joueurs "s'aiment tous", nous confie Geoffrey Jourdren dans un entretien décapant. Le gardien héraultais savoure d'autant plus cette saison que "l'an prochain, on jouera le maintien".

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Crédit: Eurosport

Trois points d'avance sur le PSG à une journée de la fin : honnêtement, le titre est dans la poche ?G. J. : Non, quand même pas. Mathématiquement, il nous manque un point. On va essayer de finir le travail à Auxerre. Même s'ils sont relégués, ils vont se battre, pour faire bonne figure devant leur public. C'est fini le temps où on achetait des matches (rires).
Dimanche soir, vous ne sembliez pas aussi mesurés...G. J. : On était dans le feu de l'action. Depuis, la pression est retombée.
Mais quand même, cette victoire contre Lille (1-0), vous l'avez célébrée comme si c'était celle du titre? G. J. : C'était la fête parce qu'on jouait notre dernier match de la saison à la Mosson. Il y a eu beaucoup de ferveur autour du stade, les spectateurs étaient à 200% derrière nous.
On vous a senti crispés. Vous l'êtiez ?G. J. : Vu l'enjeu, c'était un peu normal qu'on le soit. D'ailleurs, ça s'est vu. Dimanche, on n'a pas montré notre vrai visage. Lille était plus fort que nous. Mais on a fait un match intelligent tactiquement en se serrant les coudes.
C'est grâce à cette solidarité que vous en êtes là ? G. J. : Chez nous, il n'y a pas de maillon faible. En plus d'avoir des talents individuels dans chaque ligne, on est vraiment une équipe de copains, soudée. Je dirais presque une équipe d'amateurs. On est prêts à mourir les uns et pour les autres. En fait, on s'aime tous.
Même quand Younes Belhanda remet publiquement en cause certains de ses coéquipiers ?G. J. : Il a parlé à chaud, avec son cœur. Tout ce qu'il a dit est vrai. Malheureusement, dans le milieu du fooball, il faut éviter de l'ouvrir. Mais dans ses propos, il n'y avait aucune méchanceté vis-à-vis de "Souley" (Camara) ou d'"Oli" (Olivier Giroud).
Cette interview vous a-t-elle ressoudés ? N'a-t-elle pas été un mal pour un bien ?G. J. : Peut-être inconsciemment, oui. Mais on ne s'est pas servis de ça pour aller gagner à Rennes et battre Lille. Nous, on n'a rien changé à nos habitudes. Et ça a marché.
Après la rencontre face à Evian (2-2), le club a traversé plusieurs jours de turbulences médiatiques. Comment les avez-vous vécus ?G. J. : On a été surpris que les médias inventent des choses fausses. Au centre d'entraînement, les journalistes cherchaient la petite bête, à créer des embrouilles. Mais il n'y en avait pas ! On ne savait pas quoi leur dire, à part les insulter... Bon, faut bien qu'ils remplissent leurs papiers. Alors, ils racontent des conneries.
Vous vous êtes sentis persécutés ? G. J. : Persécutés, c'est un bien grand mot. Enervés, plutôt.
Enervés ?G. J. : Quand les journalistes racontent que Younes a quitté la réunion avec le président, alors qu'il avait simplement une radio à passer, ça m'énerve, oui. Quand je vois que certains journalistes te confondent avec un autre joueur à l'entraînement, ça m'énerve. Franchement,  comment tu peux blairer ces journalistes à deux francs cinquante ? C'est humain de réagir comme ça. Certains parlent pour nous, mais ils ne savent même pas ce qu'on a dans la tête.
Cette pression médiatique, vous la ressentiez déjà l'an passé ?G. J. : Non, c'était la première fois que les journalistes nous posaient des problèmes. On n'étaient pas habitués à ça. Au centre d'entraînement, il y a deux fois plus de journalistes. Deux fois plus de journalistes, ça veut dire deux fois plus de conneries racontées. Mais bon, je m'en bats les couilles. Moi, je prends beaucoup de recul par rapport à mon métier. Je connais la vraie vie.
Revenons au terrain. Champion de France, ça claquerait sur le CV...G. J. : Ça aurait de la gueule ! Mais pour l'instant, on savoure. Une saison comme ça, on n'est pas prêts d'en revivre une. On en est conscients.
Si au mois d'août on vous avez dit que vous joueriez le titre, vous l'auriez cru ?G. J. : Honnêtement, non. Mais quand on y réfléchit, on n'est pas là par hasard : ça fait trois ans qu'on est entre la première et la cinquième place. Ça veut quand même dire quelque chose. Ce titre validerait le travail de fond effectué depuis plusieurs années.
A quel moment vous êtes-vous réellement mis à y croire ?G. J. : Après la victoire à Toulouse (0-1), ça sentait vraiment bon. Mais on est vite retombé sur terre : face à Evian, on a pris un gros coup sur la tête. Il fallait absolument faire un résultat à Rennes (0-1). C'est le match où a senti le plus de pression. Pour la première fois, on jouait après Lille et Paris. Mais là encore, on a su rester ensemble, ne pas se disperser.
Qu'est ce que ce titre changerait dans votre vie ?G. J. : Rien, puisqu'on n'a encore rien fait dans le football. On ne va pas se prendre pour ce qu'on n'est pas ! Moi, je ne suis pas Casillas. Je suis Jourdren. Avec mes qualités et mes défauts. Et j'ai bien l'intention de rester moi-même.
Terminer devant Paris, ça signifierait quoi pour vous ?G. J. : Ça donnerait juste une morale à l'histoire : l'argent ne fait pas tout. Même si je vous le dis franchement, je préfère en avoir (rires). Plus sérieusement, ce serait une immense fierté. A mes yeux, Paris, c'est LA plus grande équipe du championnat. On l'a vu sur nos deux confrontations directes : ils sont plus forts que nous. Mais un Championnat, c'est trente-huit batailles. Pas seulement deux.
Y a-t-il un joueur du PSG que vous admirez ?G. J. : Sirigu. C'est un compétiteur, et j'ai l'impression que c'est un bon mec. J'aimerais bien le rencontrer, discuter avec lui. Mais celui qui m'impressionne le plus, c'est Thiago Motta. Quand je regarde un match de Paris, je l'observe attentivement : Il ne perd jamais un ballon ! Il élimine ses adversaires en une passe. Il m'impressionne. Je suis amoureux de lui.
Vous aimeriez qu'il vienne à Montpellier ?G. J. : J'adorerais ! Mais soyons réalistes : il faudrait que chaque habitant donne 10 euros pour payer son salaire. Bon, s'il veut faire des concessions, on le prend ! (rires)
Voyez-vous le PSG régner sur la Ligue 1 pendant plusieurs années, comme Lyon dans les années 2000 ?G. J. : J'en suis persuadé. J'ai entendu Ancelotti dire qu'ils allaient encore améliorer l'équipe. Ça promet ! Bon, déjà, nous, on ne jouera pas le titre. Ça leur fera déjà un concurrent en moins.
Vraiment ?G. J. : Oui, vraiment.
On a du mal à vous croire...G. J. : Le Championnat, c'est ce qui nous fait manger tous les matins. Ces dernières années, Auxerre et Toulouse ont souffert après s'être qualifiés en Ligue des champions. On va se servir de ces exemples-là. Il y aura six matches en plus, des déplacements en plus : ça peut peser sur les organismes. J'espère qu'on sera capables de tenir le rythme.
Ne craignez-vous pas que le club grandisse trop vite ?G. J. : Contrairement à ce que les gens pensent, on a la tête sur les épaules. L'année prochaine, la priorité, ce sera le maintien. Et rien d'autre. Après, si on voit qu'on est bien placés, que notre qualité de jeu est toujours là, on pourra ambitionner plus. Mais l'objectif sera de terminer entre la dixième et la quinzième place.
Cette Ligue des champions, c'est un aboutissement ?G. J. : On passe de la Playstation à la réalité ! Ça va être beau à vivre : on va aller jouer dans des grands stades, affronter des grands joueurs.
Montpellier peut-il nourrir des ambitions sur la scène européenne ?G. J. : Si on arrive à garder Belhanda, Mapou et Giroud, ce qui, honnêtement, sera très dur, je pense qu'on peut faire comme Lille. L'année prochaine, on jouera la Ligue des champions pour prendre du plaisir, sans pression. Après, si il y a quelque chose au bout, qu'on finit deuxième ou troisième de notre groupe... Mais il faut d'abord prendre du plaisir dans cette compétition.
Et si Belhanda, Yanga-Mbiwa ou Giroud partent ? G. J. : Il ne faut pas se voiler la face : ce sera très difficile.
Vous assumez votre image de grande gueule ?G. J. : Complètement.
L'an prochain, les projecteurs de la Ligue des champions seront braqués sur vous. Vous devrez donc mettre un peu d'eau dans votre vin...G. J. : Il faudrait le faire, c'est vrai. Mais je le sais déjà : on n'y arrivera pas. A Montpellier, on a tous le même cerveau, on a tous la même mentalité. La différence par rapport aux autres, c'est que nous, on dit les vérités, ce qu'on pense. Quand tu es footballeur, ça passe pas ! Nous, on parle trop avec notre cœur. Il faudrait qu'on calcule, qu'on pèse chaque mot que l'on dit ? C'est pas nous, ça.
Quand on représente la France en Europe, on a un devoir d'exemplarité, non ?G. J. : Seuls mes parents peuvent me dire ça ! Si eux me disent quelque chose, je les écoute. Sur le terrain, on va essayer de donner une bonne image de la France. De se battre pour l'amour du maillot. Mais en termes d'éducation, je n'ai aucune leçon à recevoir. Il n'y a que mes parents qui ont le droit de m'en donner.
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