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Fumigènes : les supporters face à la tolérance zéro

Fumigènes : les supporters face à la tolérance zéro

Le 03/05/2018 à 01:32Mis à jour Le 04/05/2018 à 18:04

Pendant que la Ligue et la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) prônent l'intransigeance et la tolérance zéro, l’usage d’engins pyrotechniques en Ligue 1 explose. En réponse, les huis-clos partiels se multiplient.

Lors de son prochain match, ce dimanche contre Nice, l’Olympique de Marseille jouera à nouveau dans un stade qui ne pourra être plein. La faute à une sanction de huis-clos partiel qui concerne le bas du virage sud, accusé d’avoir utilisé des engins pyrotechniques par la Ligue de football professionnel (LFP).

Chaque week-end passe et se ressemble : impossible de ne pas voir un match concerné par les huis-clos partiels en L1. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les cinq derniers comptes-rendus de la commission de discipline de la LFP : au total, quatre fermetures de tribune ont été prononcées, et toutes à l’exception de l’envahissement de terrain au Havre concernaient l’usage d’engins pyrotechniques. Les supporters marseillais ont également été condamnés à la fermeture de leur parcage visiteurs pour trois matches, après l’utilisation de fumigènes lors d’un déplacement à Dijon.

Le Code du sport et le règlement de la Ligue de football professionnel interdisent l’introduction et l’usage d’engins pyrotechniques dans les stades. "C’est interdit et les interpellations continueront et les sanctions contre les clubs continueront", avait martelé Didier Quillot, le directeur général exécutif de la Ligue de Football Professionnel, en février. Une tolérance zéro prônée également par Antoine Mordacq, le patron de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme. “Quels sont les arguments qui établissent qu'un fumigène puisse être utilisé dans de bonnes conditions à l'intérieur d'un stade ? Je n'en vois pas”, avait-il répliqué à nos confrères de l’Équipe au sujet des fumigènes, en février dernier, alors que le nombre d’utilisations de fumigènes a presque triplé par rapport à la saison dernière, dépassant les 1500 allumages, et que les accidents humains ou les dégradations matériels restent rares. Deux exemples peuvent tout de même être cités : en 2014, un enfant a été brûlé au cuir chevelu à l’allumage d’un fumigène, lors de Rennes-Monaco. Aussi, des sièges ont été brûlés au Vélodrome lors de l’anniversaire des South Winners.

GUERIN_VELODROME

GUERIN_VELODROMEEurosport

En Norvège, l’utilisation de fumigènes encadrée mais autorisée

L’ANS appelle à une expérimentation de l’usage d’engins pyrotechniques sur une saison pour quelques clubs volontaires, avec au préalable des discussions entre supporters, clubs et autorités sur les conditions d’emploi de ces engins.

Un doux rêve, pour le moment, si l’on en croit l’intransigeance de ces autorités en France. “Des solutions ont déjà été proposées, souligne Romain Manci, figure des Ultramarines. On a monté des dossiers pour organiser des spectacles à base de fumigènes avec une préparation en amont : présence de pompiers, de seaux pour déposer les fumis... Mais on a essuyé des refus”.

Nasser Al-Khelaïfi et Didier Quillot en 2017

Nasser Al-Khelaïfi et Didier Quillot en 2017Getty Images

Haro sur les pétards

Les supporters, quant à eux, distinguent fumigènes et pots de fumée aux autres objets. À Bordeaux, des leaders assurent se battre au quotidien contre l’usage de pétards, justement. À Metz, la Gruppa est connue pour l’utilisation de fumigènes, mais assure ne pas être adepte de l’utilisation de pétards. Des engins défectueux sont parfois achetés aussi par les supporters. “Une fois, un pot de fumée à explosé en tribune”, avoue la Gruppa Metz, alors que l’engin n’a pas vocation à faire une explosion. Ils admettent par ailleurs que l’utilisation d’une torche, dont la chaleur peut atteindre 2000 degrés, peut être dangereuse. Surtout quand ces objets tombent entre les mains de supporters mal intentionnés qui décident de s’en servir comme projectiles. Mais l’usage de fumigènes se fait, en extrême majorité, dans un cadre festif et non-violent, le plus souvent pour fêter l’anniversaire d’un groupe.

Le Groupama Stadium

Le Groupama StadiumAFP

Les clubs dans une position inconfortable

Mais cette largesse prise avec la loi pourrait entraîner des sanctions judiciaires : Jean-Michel Aulas, le président, est notamment visé par l’enquête. Ces petits arrangements sont, quoi qu’il en soit, très rares. Les clubs adoptent le plus souvent deux positions, résumés par Romain Gaudin, le président et capo de la Brigade Loire : “Il y a un chantage à l’amende. La LFP incite les clubs à trouver les fauteurs de troubles et à porter plainte pour ne pas avoir d’amendes. Ensuite, il y a les clubs qui cherchent à mettre la main sur les personnes, parfois à contre-coeur, et ceux qui assument et disent n’avoir pas trouvé celui qui a allumé”. Une position difficile pour les clubs, qui doivent choisir entre la “paix sociale” et le respect des règlements.

Pour éviter les sanctions, qui peuvent également être financières et prononcées par la Ligue, certains clubs anticipent : pour montrer sa bonne foi, les dirigeants marseillais avaient prononcé eux-mêmes un huis-clos aux Fanatics lors du match contre Lille, après que le groupe eut usé de fumigènes pour fêter son anniversaire… Avant d’ouvrir la tribune Jean-Bouin haute pour 5 euros et de proposer - implicitement au moins - à ce groupe de s’y rassembler… (ndlr : contacté, le club a refusé de répondre à nos questions).

Une forme d’hypocrisie qui avive les tensions et les incompréhensions entre supporters et institutions. Et qui pousse certains supporters à rire jaune. Comme quand Strasbourg, élu champion des Tribunes de Ligue 2, voit son article sur le site de la Ligue illustrée par… un craquage massif.

Inspirés par les "collectionneurs de stades" anglais, les deux auteurs de Supps Par Terre ont lancé un tour de France des vingt stades de Ligue 1 pour aller à la rencontre des supporters et vivre le supportérisme de l'intérieur. Ils livreront régulièrement leur vision sur Eurosport.fr.

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