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Xavier Pierrot, Stadium Manager de l'OL : "Installer une relation de confiance avec les supporters"

"Installer une relation de confiance avec les supporters de l’OL"

Le 15/03/2018 à 00:58Mis à jour Le 15/03/2018 à 10:22

Xavier Pierrot est le Stadium Manager de l'OL. Au club depuis 20 ans, il dresse les évolutions du traitement des supporters, fait le point sur le rôle du référent supporter - qu’il encadre - et répond sur les sujets les plus sensibles, du cas du match contre Besiktas, la préparation de la réception du CSKA Moscou à l’anniversaire des Bad Gones qui a entraîné la suspension de la tribune. Entretien.

Le dialogue entre supporters et instances est parfois difficile. La Loi Larrivée, promulguée il y a un an, oblige les clubs à nommer un référent supporter (SLO), une personne dont la mission sera, selon la ligue “de renforcer le dialogue avec les supporters et de lutter contre le hooliganisme”. Une obligation imposée par l’UEFA et déjà en place depuis quelques années en Allemagne. Une nouveauté pour vous ?

X.P. : Pas du tout, parce que l’on est un des premiers clubs français à avoir eu un SLO au début des années 2000. Une personne du marketing qui s’occupait des relations avec les groupes de supporters, à mi-temps. Puis, depuis 2006, nous avons un responsable des relations supporters à plein temps. Et nous avons même recruté un deuxième SLO cette année. Le tout pour gérer 14 groupes de supporters.

Pourquoi ce besoin de mettre en place un SLO ?

X.P. : Pendant des années, les relations avec les supporters étaient assurés par le service sécurité du club et par con,séquent avec une vision purement sécuritaire. On a vite compris que les supporters faisaient partie de la “famille OL” et qu’on ne pouvait pas prendre cette relation uniquement sur l’axe sécurité. Il y a un vrai besoin de préparer les animations, les déplacements, d’améliorer l’accueil au stade, donc avoir une relation quotidienne. On souhaitait que ce soit indépendant de la relation sécurité pour éviter d’être avec la carotte et le bâton. Un bon SLO doit être supporter quand il est en face du club pour défendre les intérêts des supporters et il doit être “club” en face des supporters pour défendre les intérêts du club.

Comment vous qualifieriez les relations entre le club et ses supporters après 12 ans de travail conjoints ?

X.P. : Avant, on ne se parlait qu’en cas de crise ou pour un match particulier. Aujourd’hui les relations avec le SLO sont constantes et donc vous pouvez travailler sur différents sujets. La relation gagne en confiance et c’est dans cette confiance qu’on peut avancer.

On regarde ce qui se fait à l’étranger. Quand nous avons affronté l’Ajax d’Amsterdam, on s’est rendus compte qu’ils avaient 4 SLO à l’intérieur du club. On pense que c’est vraiment un poste primordial parce qu’un club n’est pas une entreprise comme une autre.

Les supporters peuvent être considérés comme une association de consommateurs, avec une forme de contre-pouvoir, mais vous avez aussi des gens qui sont là pour animer le stade. Quelle entreprise peut avoir la satisfaction que tous les quinze jours, bénévolement - plus que bénévolement, ils paient leur place - des gens animent les lieux, le stade en l'occurrence ?

Il faut faciliter la vie de ces personnes. On a eu la chance de vivre les trente ans du Kop Virage Nord qui ont fait des tifos fabuleux pendant six mois. A partir du moment où la relation est bonne, il n’y a aucune raison de mettre des freins. A condition, évidemment, que ce soit donnant-donnant, il y a des règles à respecter.

Les Bad Gones lors de leur anniversaire

Les Bad Gones lors de leur anniversaireGetty Images

Les 14 groupes de supporters n’attendent pas les mêmes choses. Comment on allie la modernisation d’un stade ou le naming, alors que l’Ultra n’est pas très chaud sur ce sujet, pendant qu’un autre groupe va rechercher du confort, par exemple…

X.P. : Les groupes n’ont évidemment pas du tout les mêmes problématiques. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons embauché un deuxième SLO : un sera plus proche des groupes de supporters en Kop et un autre avec les autres groupes. Après, chacun à sa place. Le passage de Gerland au Groupama Stadium a été l’objet de discussions intenses. On voulait expliquer qu’il permettait d’avoir plus de monde au stade, plus de personnes différentes mais chacun devait trouver sa place. Le Kop virage nord et Lyon 1950 ont naturellement trouvé leur place et ont profité du changement de stade pour s'agrandir. Les autres groupes, il a fallu discuter pour trouver le meilleur emplacement au stade. Au sujet du naming, le club a toujours été transparent et dit que ça faisait partie du business model. Je crois que les groupes de supporters sont satisfaits que ce soit Groupama qui ait obtenu le naming.

Quelles sont les relations avec le troisième acteur : les pouvoirs publics ?

X.P. : La Loi Larrivée a essayé de créer une vraie discussion avec une représentativité des supporters. C’est la difficulté : avoir des instances à qui parler. Il y en a aujourd’hui mais on n’a pas l’impression que ça prend parce qu’elles représentent certains groupes mais pas l’ensemble des supporters.

Des soucis vous en avez rencontré, comme contre Besiktas, est-ce que ça fait réfléchir à une autre façon de travailler ?

X.P. : Cela démontre l’importance d’un SLO. Quand on a rencontré l’Ajax, dont les supporters ne sont pas réputés faciles, cela s’est excellemment bien passé. Parce qu’on a mis les SLO en contact en amont. À Besiktas, il n’y a pas de SLO. On te dit “débrouillez-vous avec nos supporters on les connaît pas”. Et on a vu ce que ça a donné. Evidemment, on tire des conséquences. On a changé des choses sur l’accueil des supporters, sur la billetterie aussi (la vente de billets reste exclusivement réservée aux abonnés, membres MYOL et personnes ayant déjà effectué un achat de billet de match au Groupama Stadium, ndlr). Mais cette soirée-là a aussi montré que la relation de confiance qu’on avait avec nos groupes était importante. Lors des incidents, le fait que le Virage Nord soit resté en tribune en continuant à chanter ça nous a facilité la reprise en main du match.

Quand le tirage au sort offre le CSKA Moscou en Coupe d’Europe, en tant que Stadium Manager, on pense à quoi en premier, connaissant la réputation sulfureuse des supporters russes ?

X.P. : Je suis désolé, on a une position très ferme par rapport à la Coupe d’Europe, par rapport à Besiktas et par rapport à la sanction de l’UEFA, c’est de ne faire aucune communication par rapport à cette problématique liée à la Coupe d’Europe. C’est un sujet sur lequel la Préfecture a communiqué, disant que le risque était faible a priori et que le match était classé 2 sur 4 au niveau du risque par la DNLH. On s’en tient à la communication officielle des instances. L’OL a fait le choix de ne pas communiquer avant le match.

A Lyon, si on vous écoute, vous êtes un exemple sur la façon de mettre en place un SLO. Pourtant, la plupart des clubs freinent des quatre fers pour mettre en place un référent, au point que la mesure a dû être intégrée à la loi. Est-ce que vous comprenez que des clubs soient réfractaires et considèrent les supporters comme des gens avec qui on ne peut pas discuter ?

X.P. : Question difficile. Je crois que les supporters sont différents d’un club à l’autre même si le respect doit être constant et c’est dans le dialogue qu’on arrive à avoir ce respect. Les supporters à Lyon depuis 1987 ont bien évolué à force de discussions, de compréhensions mutuelles. Je ne veux pas donner de leçons à d’autres clubs, je ne connais pas leur fonctionnement interne. Quand je parle avec mes homologues, j’essaie de leur expliquer la nécessité d’un SLO. Après, il faut trouver la bonne personne, c’est un job vraiment pas facile.

Le point de crispation qui revient souvent, c’est l’utilisation d’engins pyrotechniques…

X.P. : J’ai cru qu’on allait terminer l’interview sans que vous m’en parliez, ça allait m’étonner... (rires)

Jets de fumigènes dans les tribunes du Parc OL lors de Lyon - Besiktas en Ligue Europa.

Jets de fumigènes dans les tribunes du Parc OL lors de Lyon - Besiktas en Ligue Europa.AFP

Sachant ce qu’il s’est passé à Lyon avec l’anniversaire du Virage Nord, où le groupe a utilisé de nombreux fumigènes avec votre accord. quel est votre regard là-dessus ?

Quand on n’arrive pas à convaincre qu’il ne faut pas le faire, on met des limites : pas de pétards, ne pas les lancer, ne pas les craquer pendant le match. Je ne veux pas aller plus loin dans le débat. La seule chose à dire : il y a deux ans on avait fait différemment on avait eu un blessé. Là, on n’a pas eu de blessé. Et l’hypocrisie c’est que les images sont reprises par de nombreux médias, les tifos du Kop ont été diffusés sur beaucoup de supports. Ils ont fait des tifos pendant six mois, ceux qui ont été le plus diffusés sont ceux où il y a des fumigènes. Ça pose question. Bien utilisés, c’est vrai qu’il n’y a pas de risque si le produit n’est pas défectueux. Maintenant, vu que ce n’est pas toujours le cas et qu’il y a eu des blessés, il faut faire attention.

Il y a une autre hypocrisie : la ligue a condamné les supporters du Virage Nord à la suite de l’utilisation de ces fumigènes mais sur les photos, des joueurs de l’OL l’ont utilisé, et ces joueurs ne sont pas condamnés.

X.P. : Les supporters ne sont pas condamnés. Il n’y a pas eu d’interdiction de stade, mais une fermeture du virage pour le match contre Rennes (cinq supporters lyonnais ont été interpellés après le match par les forces de l’ordre, ndlr).

C’est en soi une forme de condamnation…

X.P. : Le club est condamné aussi puisqu’il n’a pas la soutien du virage nord contre Rennes. Forcément il y a une pénalité pour les supporters puisqu’ils ont dû payer leur place pour venir. C’est compliqué de répondre à cette question, j’ai un devoir de réserve.

Le stade de l'OL

Le stade de l'OLPanoramic

Vous avez choisi de limiter les choses pour que les festivités se passent bien. Quand vous montrez qu’on peut bien faire les choses, ça peut ouvrir le débat ?

X.P. : Le débat est déjà ouvert. Il existe. Même nous, à l’Olympique Lyonnais, on n’a pas réussi à faire respecter la loi. Quand les forces de l’ordre font des palpations ils n’arrivent pas non plus à empêcher l’introduction des engins. Et s’il faut faire comme à Rome et mettre les supporters tout nus pour vérifier, je ne crois pas que ce soit la solution. Le débat existe, on en parle souvent dans les instances nationales. Il faut rappeler quand même que si c’est mal utilisé, c’est dangereux. En tout cas, entre ça et les places debouts, les deux sujets prennent de l’importance. Il faut que les groupes soient irréprochables aussi. Quand, contre Marseille, des supporters jettent des fumigènes sur le terrain, c’est inacceptable. Il faut être ferme, nous comme les responsables de groupes, et sans hypocrisie quand les choses ne sont pas respectées. Quand vous avez la responsabilité de gérer 57000 personnes, vous avez besoin de relais : les responsables de groupes de supporters en sont.

Inspirés par les "collectionneurs de stades" anglais, les deux auteurs de Supps Par Terre ont lancé un tour de France des vingt stades de Ligue 1 pour aller à la rencontre des supporters et vivre le supportérisme de l'intérieur. Ils livreront régulièrement leur vision sur Eurosport.fr.

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