A Lille, remplacer le "phare” Gabriel n’était pas une mince affaire. Pourtant, Sven Botman est vite parvenu à faire oublier l’Auriverde, parti à Arsenal cet été. Aux côtés du “vétéran” José Fonte (37 ans en décembre), le Batave rayonne et détonne. Mais cette irrésistible ascension était pourtant difficilement prévisible, notamment aux Pays-Bas.

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Car la trajectoire de Sven Botman est un peu une surprise, notamment du côté des suiveurs de l’Ajax. Arrivé à neuf ans à l’académie ajacide, le défenseur a gravi tous les échelons du club. Presque dans la plus grande indiscrétion. Pour beaucoup d’observateurs hollandais, Botman a rarement compté parmi les plus grands espoirs du club amstellodamois. “Botman n’a jamais été le joueur le plus spectaculaire et il n’avait pas la personnalité la plus extravertie. C'est un gars terre à terre et en tant que joueur, il se contentait de faire ce qu'il avait à faire”, explique Lentin Goodijk, journaliste pour Voetbal International qui suit le joueur depuis ses débuts.

Dès le début étiqueté comme joueur dur sur l’homme et à l’aise dans les duels, le natif de Badhovedorp ne correspondait pas au portrait-robot du joueur formé chez les Lanciers. “C’est un excellent défenseur avec sa taille et sa puissance, mais en termes de possession et d’utilisation du ballon, il a toujours été un peu limité, même s’il y a du mieux”, raconte Jelmer Jager, rédacteur pour Ajax1 et Ajax Youth Academy (@AjaxYA).

Sven Botman avec les U23 de l'Ajax en février 2019

Crédit: Getty Images

Si certains Hollandais font un peu la moue au moment d’évoquer son jeu balle au pied, l’arrière central était également critiqué pour sa couverture défensive. “Défendre loin du but était le plus difficile pour lui et a probablement été une raison de la confiance moins forte des dirigeants ajacides”, esquisse Jesse ter Haar, rédacteur en chef de Ajax Showtime. Mais le joueur travaille pour gommer ces défauts. A Lille, il est rarement descendu en dessous du seuil des 75% de passes réussies cette saison.

Heerenveen, le bonheur est dans le prêt

C’est à Heerenveen, la saison dernière, que Botman explose. Dans ce club familial, connu pour ses nombreuses actions caritatives comme les lancers de peluches ou les ours en peluches/spectateurs, le défenseur va passer un énorme cap. Lancé un peu par hasard dans le onze titulaire suite à la blessure de Daniel Høegh, l’habituel titulaire, le joueur formé à l’Ajax impressionne face à Heracles, en ouverture du championnat. Une performance de haute volée qui convainc le coach Johnny Jansen de ne plus le sortir de l’équipe titulaire.

Joueur le plus utilisé de l’effectif au terme d’une saison tronquée, Botman gagne en assurance et en leadership. Pour le journaliste de VI, “Botman a soudainement montré une maturité et une personnalité que nous n'avions jamais vues auparavant."

Sven Botman, ADO Den Haag - Heerenveen, novembre 2019

Crédit: Getty Images

Une vision partagée par Jelmer Jager. “Il a énormément progressé là-bas. Heerenveen a un style plus défensif que l'Ajax, donc il est à l’aise dans ce système. Il a beaucoup progressé avec le ballon.” “Il a beaucoup appris dans le jeu de transition et dans la lecture pour couper les premières passes“, complète Jesse ter Haar.

Ses performances ont d’ailleurs valu une belle récompense à Heerenveen de la part du club d’Amsterdam. En effet, les Superfriezen ont reçu un pourcentage à la revente de 10% dans le transfert du jeune défenseur vers le LOSC.

Botman begins

Alors que l’Ajax comptait en faire la doublure de Daley Blind en défense centrale cette saison et l’avait même prolongé jusqu’en 2023, Botman a préféré s’exporter et tenter le challenge lillois. “Le LOSC est un club qui permet aux jeunes joueurs de se faire un nom. Mais ce n'est pas que ça, c'est aussi un club attractif et ambitieux sportivement”, avait expliqué le joueur au moment de sa signature.

Arrivé sur la pointe des pieds au Domaine de Luchin, avec l’étiquette de joueur formé à l’Ajax, le Batave s’est très vite imposé comme l’un des patrons du LOSC. Un constat qui tranche avec ses années Ajax, comme le rapporte Lentin Goodijk. “Je pense que son plus grand progrès, c’est au niveau de la personnalité. La semaine dernière, Erwin van de Looi, le sélectionneur des U21 néerlandais, m’a dit: ‘quand il jouait avec Perr Schuurs à l’Ajax, je n’étais pas très impressionné. Défensivement, ce n'était pas toujours solide et Botman était un peu timide. Je suis très impressionné par son développement depuis’.”

Deuxième joueur le plus utilisé par Christophe Galtier, Botman a conquis et son apport sur le terrain est spectaculaire. Toujours aussi bon dans les duels (73% gagnés, meilleur ratio du championnat), le jeune défenseur s’illustre avec une dizaine de ballons récupérés et une demi-douzaine d’interceptions de moyenne par match.

Surtout, l’international espoir hollandais a également montré toute l’étendue de ses progrès balle au pied notamment dans l’alternance jeu court / jeu long. Première rampe de lancement du jeu lillois, Botman a grandi dans sa lecture du jeu où son intelligence et sa science du placement font mouche. “Son jeu de passes est plutôt bon pour la Ligue 1. Il peut vraiment faire le lien avec l’entrejeu”, ajoute le rédacteur d’Ajax Showtime.

Pour le coach lillois, les premiers pas de sa recrue sont aussi prometteurs que bluffants. “Il possède une qualité technique importante, a une bonne capacité à assimiler et à reproduire ce qu’on lui demande, à vite imprimer”, a confié l’ancien entraîneur des Verts en conférence de presse. Des prestations qui sont suivies méticuleusement par la KNVB, la fédération néerlandaise de football, et Frank de Boer le sélectionneur, qui n’a pas hésité à le solliciter pour le dernier rassemblement.

Drôle d’horizon en sélection

Appelé pour la première fois avec les Oranje la semaine passée pour pallier la blessure de Nathan Aké, Botman s’est vu récompenser de ses excellentes prestations avec les Dogues. Un cheminement quasi-logique pour le joueur qui a connu toutes les sélections de jeunes depuis 2015.

Sven Botman à l'entraînement avec les Pays-Bas, en novembre 2020

Crédit: Getty Images

Mais le natif de Badhovedorp devra encore hausser son niveau de jeu pour prétendre jouer chez les A. Les Pays-Bas disposent d’un vivier de défenseurs centraux à faire pâlir bon nombre de sélections. Van Dijk, De Ligt, Blind, De Vrij, Aké ; certains ont encore de belles années devant eux chez les grands. Et il faudra aussi compter sur la nouvelle génération, celle du défenseur lillois, portée par Perr Schurrs, Devyne Rensch, les jumeaux Quinten et Jurriën Timber (Ajax) ou encore Jordan Teze (Aston Villa). Un drôle d’embouteillage, mais une source de motivation indéniable pour le Lillois, habitué à déjouer les pronostics.

Vous l’aurez compris, Botman est un nouveau coup de maître signé par Luis Campos et ses troupes. A 20 ans à peine, le Batave est en pleine éclosion et sur les rails d’une immense carrière. Mieux, l’ancien pensionnaire de l’Ajax semble gommer le déchet et ses faiblesses entrevus lors de ses années ajacides pour s’affirmer comme un défenseur moderne complet.

Qualifié de “super-héros” par la presse italienne avant le match face à l’AC Milan, l’ancien Ajacide avait éteint un Zlatan Ibrahimovic, pourtant en pleine bourre. Déjà suivi par les cadors européens, il est désormais attendu. Face aux Merlus ce dimanche, et sans José Fonte (suspendu), Botman devra confirmer son statut de patron en devenir. Lille n’est pas Gotham, mais peut compter sur un sacré justicier.

Sven Botman lors de Lille-Nantes, en septembre 2020

Crédit: Getty Images

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