La crise des droits TV du football français a relancé l'idée de nouveaux modèles de diffusion, via des offres plus personnalisées, voire du "pay-per-view", un paiement à l'acte des matches. Vrai potentiel ou fausses bonnes idées ? Canal+ y a pensé. La chaîne a proposé de vendre à l'unité les rencontres de L1 et L2 sur ses plateformes numériques, le temps que la Ligue de football professionnel (LFP) trouve un nouveau diffuseur pour les matches délaissés après la défaillance du groupe Mediapro, ex-détenteur de 80% du Championnat de France.
A la fin de l'automne, Jean-Michel Aulas, partisan d'un "Spotify du foot", avait déjà appelé à une refonte du modèle des droits TV, traditionnellement basé sur l'abonnement aux chaînes payantes, qui donne plus de visibilité aux clubs que les rentrées irrégulières d'un "pay-per-view" (PPV). Le fiasco Mediapro était largement dû à un abonnement "démesuré", expliquait le patron de l'OL au magazine Challenges : 25 euros mensuels pour 8 matches de L1 et 8 de L2 par semaine. "L'offre cumulative... plutôt que sélective, ne séduit plus... alors qu'on peut facilement adapter l'offre au besoin de l'utilisateur", proposait le président lyonnais.
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C'est le principe de base du pay-per-view, déjà courant sur les marchés américains, avec une grande tradition dans les sports de combat : l'achat de rencontres - voire de morceaux de rencontres - à l'unité sur une plateforme numérique OTT ("over the top", soit hors de l'abonnement au fournisseur d'accès à internet). Les premières tentatives de pay-per-view dans le foot français, dans les années 1990-2000 n'ont pas été un succès. Récemment néanmoins, le Championnat d'Allemagne l'a mis en place pour sa deuxième division et la Premier League anglaise a fait une tentative cet automne, avant de se rétracter devant la fronde des supporters face au prix prohibitif : 14,95 livres, soit près de 17 euros par match.
"On arrive aujourd'hui dans un univers beaucoup plus fragmenté, où le mode de consommation est beaucoup plus individuel, plus affinitaire. Le contexte est donc bien meilleur pour se lancer dans cette voie", souligne Arnaud Simon, ex-patron d'Eurosport France et consultant. Pour ce spécialiste, les ayants droit doivent néanmoins prendre ce virage de façon mesurée, sans tirer un trait sur la diffusion traditionnelle du football, et en insistant surtout sur la personnalisation de l'offre. "Le pay-per-view doit s'intégrer dans une offre radicalement différente : on pourrait imaginer un modèle d'abonnement "supporter" avec un pass pour les matches de son club, auquel viendraient s'ajouter d'autres propositions personnalisées en pay-per-view", reprend Arnaud Simon.

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Attention néanmoins au revers de la médaille. Selon Nicolas Blanc, président de l'agence de conseil Sport Value, l'idée mérite d'être étudiée mais pourrait aboutir à un renforcement des inégalités entre clubs. "Si en France seuls le PSG, Lyon, Marseille et quatre ou cinq autres intéressent le public, les clubs concernés vont dire : 'Il n'y a que nous qui créons de la valeur'. On risque de remettre en cause l'aspect mutualisé et redistributif", pointe cet expert.
Si l'écueil peut être résolu via l'adoption d'une clé de répartition égalitaire des droits TV, le climat actuel n'est pas à la solidarité chez les gros clubs... En pleine crise, entre le retrait de Mediapro et la pandémie, la LFP n'a pas inclus le "PPV", moins sécurisant en termes de revenus fixes, dans sa consultation de marché montée en urgence, et dont l'issue est prévue lundi. Elle se penche toutefois sur la question : une chaîne OTT appartenant à la LFP, "MyLigue1", était initialement dans les tuyaux pour de premiers tests à l'été 2020, notamment à destination des pays où le foot français n'était pas diffusé, comme la Belgique. Mais le coronavirus a reporté son lancement, qui représenterait aussi de sérieux coûts.

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"Toutes les pistes sont à creuser, mais on est en train de tenter de réduire les charges, ce n'est pas pour en créer de nouvelles", a balayé sur Europe 1 Jean-Pierre Caillot, président de Reims, mi-janvier. "Le foot français n'a malheureusement pas le temps d'attendre" la fin du cycle de droits domestiques, expirant en 2024, alerte Arnaud Simon. "Quand on est en mode survie, c'est difficile d'être aussi en mode conquête", conclut-il.
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