Vous ne le cachez pas, vous souhaitez maintenant investir dans le football. Cette idée vous trottait dans la tête depuis longtemps ?
M.B. : Ce que j'avais en tête, c'était plutôt d'aller à la Ligue. Je l'avais annoncé d'ailleurs, y compris à mes joueurs. Je voulais devenir président de la LNR. Mais ça s'est tellement mal passé sur la fin que je me suis senti illégitime. Mais oui, j'avais envie d'une troisième vie. Le football, ça me plaisait bien.
Le premier projet sur lequel vous avez travaillé, c'est la reprise du Sporting Club de Toulon. Vous vouliez réussir au Sporting ce que vous aviez réussi au RCT ?
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M.B. : Faire monter un club en Ligue 1, c'est dur, donc ça me plaisait. Je suivais le Sporting. Je me disais ils sont vraiment cons ces mecs, ça fait trente ans qu'ils n'ont pas joué au haut niveau, c'est le foot, le truc universel et ils n'ont pas compris qu'il y a tout à faire et qu'il n'y a qu'à se baisser pour ramasser. Alors j'ai pensé que s'ils ne voulaient pas le faire, je le ferais à leur place. Malheureusement, ça ne s'est pas fait.
Pour quelles raisons ?
M.B. : Parce que l'actionnaire majoritaire en demandait un prix déraisonnable pour un club de Nationale 2. Puis ce n'était pas possible de travailler avec quelqu'un qui ne connait rien au haut niveau.

Top 14 - Mourad Boudjellal (Toulon).

Crédit: Icon Sport

Le Sporting, c'est un projet définitivement enterré pour vous ?
M.B. : Oui. J'ai eu affaire à un menteur, qui dit que je n'ai pas fait d'offre d'achat. Puis l'entourage… J'adore la série Les Sopranos, mais je n'ai pas envie de jouer dedans.
Après Toulon, c'est l'Olympique de Marseille que vous avez lorgné...
M.B. : C'est arrivé en même temps, en réalité. J'ai vécu deux jours complètement dingues. Le mercredi 17 juin, j'ai rendez-vous à la mairie de Cannes. Il y avait un projet là-bas. J'y vais avec un collaborateur et j'étais d'autant plus à l'aise que Claude Joye (l'actionnaire majoritaire du Sporting Club Toulon) m'avait dit non à tout. Il est 17 heures ce mercredi, ça se passe très bien à Cannes, je ne sais pas trop ce que je vais décider. Le jeudi matin, je reçois un mail de Joye qui, cette fois, dit oui à tout. Un revirement de situation incroyable. Sur ce, je monte à Paris où j'ai rendez-vous avec Ajroudi (Mohamed Ajroudi, homme d'affaires franco-tunisien avec lequel Mourad Boudjellal travaille sur le projet de reprise de l'OM, NDLR). Je n'avais plus de nouvelles de lui depuis deux mois. Il avait coupé le son et la lumière. Et il me dit : "Voilà, j'ai réuni les fonds, j'ai fait un tour d'investisseurs et je vais investir parce que vous êtes là." Et le lendemain, j'avais rendez-vous pour signer Toulon.
Vous avez joué cartes sur table à Toulon à ce moment-là ?
M.B. : Je me suis demandé ce que j'allais faire. Mais je ne voulais pas mentir, sachant que je risquais de quitter le projet Toulon, puisque je m'étais engagé avec Ajroudi. Donc je dis la vérité. Finalement, c'est très bien comme ça. A Toulon, je pense qu'au bout de quinze jours, même si je suis un peu plus âgé que Tyson, je remontais sur le ring. Parce que ça ne pouvait pas tenir avec Joye. Ça se serait mal terminé. Il y a un moment où l'incompétence est un art. Et c'est un grand artiste.
Et l'OM, où en êtes-vous aujourd'hui ?
M.B. : L'OM sera vendu. C'est clair. Je ne vois pas comment McCourt peut s'en sortir. C'est compliqué quand vous avez un stade de 67 000 places, vide. C'est compliqué quand on a budgétisé des droits télés et que le diffuseur ne paie pas. L'OM, c'est un gouffre en ce moment pour McCourt. Alors peut-être qu'il a remis, qu'il a recapitalisé, mais ça reste un gouffre. Ça ne pourra pas durer éternellement. Donc ce sera vendu. A qui, je ne le sais pas encore. On n'est pas seuls.

Mohamed Ayachi Ajroudi et Mourad Boudjellal

Crédit: Getty Images

Vous le rappelez, le contexte est très compliqué pour les clubs de Ligue 1. Ce n'est pas un frein pour vous, dans votre projet de reprise ?
M.B. : Le contexte est très compliqué pour tout le monde, oui. Moi ce qui m'interpelle le plus aujourd'hui, ce n'est pas tant l'histoire de Mediapro que de savoir quand on remettra du monde dans les stades. Si l'idée, c'est de jouer pendant des années dans des stades vides, il n'y a pas de modèle économique.
Sur le plan sanitaire, avec l'arrivée prochaine d'un vaccin, il y a peut-être une éclaircie à court ou moyen terme...
M.B. : On peut espérer, oui. Mais à ce jour, il n'y a pas de visibilité. Et même s'il y a vaccin, on va peut-être attendre que les deux patrons des boites se fassent vacciner en premier pour voir ce que ça donne. Quand eux auront été vaccinés on pourra déjà avoir un peu plus confiance. Parce que quand je vois que le patron de Pfizer vend ses actions en bourse alors que son vaccin arrive… Moi, si demain j'ai le vaccin pour le Covid, je peux vous dire que j'appelle mon banquier pour lui dire de ne pas vendre à ce prix-là, parce que ça va monter. Pour l'instant, ça me parait plus une opération économique qu'une opération sanitaire.
Pour vous, dans le foot, aujourd'hui, c'est l'OM ou rien ?
M.B. : Non. (Silence). Je veux aller dans le foot.
Quoi qu'il en coûte, selon la formule présidentielle ?
M.B. : Non, pas quoi qu'il en coûte. Quoique, quelque part, si, quoi qu'il en coûte, parce que je n'irai pas avec mes sous. Comme le président, d'ailleurs. Ce n'est pas à lui que ça coûte, c'est à nous. Enfin aux générations futures. Mais oui, je vais y aller. Alors il y a l'OM, ça, c'est la chose qui me fait rêver. J'entends des fantasmes sur l'Arabie Saoudite. Je n'ai pas besoin de leur argent à ces gens-là, je sais faire sans eux. Mais c'est un club au potentiel énorme. Il a une identité tellement forte, qui peut faire de lui le premier club de France. Donc ce boulot, il faut le faire. La différence entre Ajroudi et McCourt, c'est que McCourt, quand il se lève le matin, il voit l'Atlantique. Ajroudi il voit la Méditerranée. C'est ça l'identité de l'OM. Marseille, c'est un pays. C'est une nationalité. Ils sont marseillais avant d'être français. Il faut que le club leur ressemble. Jusqu'en haut. Après, si ce n'est pas Marseille, il y a une autre histoire qui me plait bien.
Laquelle ?
M.B. : Je ne vais pas vous livrer tous mes secrets, mais aujourd'hui dans le monde pro, il y a le Paris Saint-Germain. Il n'a pas de concurrent. Et les médias s'emmerdent, parce qu'il n'y a plus d'histoire à raconter. Alors peut-être que cette histoire, il faut la raconter en bas. Comment passer du monde amateur au premier rang. Après le Covid, on va tous commencer de nouvelles histoires. Le temps n'aura plus la même influence, parce qu'on aura l'impression de recommencer une vie. Et je pense que ceux qui auront de nouvelles histoires à raconter auront un avantage sur ceux qui racontent de vieilles histoires. J'en suis intimement convaincu.
C'est le jour et la nuit avec l'ambitieux projet marseillais…
M.B. : Une nouvelle histoire... Ce serait dire aux gens "Je vais vous raconter un truc sur plusieurs années." Goûte au premier épisode, et si ça vous plait, on continue ensemble.
Vous aussi, vous voyez la Méditerranée en vous levant. Vous imaginez-vous à la tête d'un club autre part ?
M.B. : Non, je suis un enfant de la Méditerranée. Ce sera ici ou rien.
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