Crise financière à l'OL : John Textor et le risque (élevé) de contagion

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L'annonce de la relégation à titre provisoire de l'OL inquiète bien au-delà de Lyon et même des frontières de l'Hexagone. Philippe Auclair nous explique pourquoi la grosse tempête traversée par l'OL pourrait faire chavirer d'autres clubs. Au Brésil, à Londres et en Belgique, on regarde fébrilement ce qu'il se passe à Lyon car le modèle pensé par John Textor est bien plus poreux que d'autres...

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Video credit: Eurosport

Ce n'est pas qu'en France que l'annonce de la relégation à titre conservatoire de l'Olympique Lyonnais en Ligue 2 a causé de l'émoi. C'est aussi au Brésil et en Belgique, où le Eagle Football Holdings Bidco de John Textor, qui détient 90% des actions de l'OL Groupe, est actionnaire majoritaire de Botafogo et du RWD Molenbeek. Ce l'est moins en Angleterre, où Textor ne contrôle que 45% de Crystal Palace, dont il essaie d'ailleurs de se séparer depuis des mois après avoir échoué dans son projet d'acquérir le reste du capital du club londonien.
Ce qu'on craint là-bas est un scénario en certains points comparable à celui de l'effondrement d'un autre groupe de multipropriété américain, 777 Partners, ex-propriétaire du Red Star, entre autres (*), dont tous les clubs sont désormais à vendre mais ne trouvent pas acheteur, faisant craindre pour leur existence à plus long terme. Ce qu'on redoute est un risque de contagion, que si Lyon prenait froid, c'est aussi à Rio et Bruxelles, voire Londres, qu'on tousserait.

Un risque de contagion plus élevé au sein du Eagle Football Holdings

Or ce risque de contagion est plus élevé au sein de Eagle Football Holdings qu'en celui de la plupart des autres groupes multipropriétaires qui contrôlent désormais plus de 250 clubs professionnels rien qu'en Europe, et au moins une centaine de plus dans le monde. Pourquoi ? Parce que le modèle de multipropriété adopté par Textor est de nature symbiotique. Ses clubs ne sont pas liés que par l'identité de leur propriétaire, au sein d'une structure pyramidale comparable à celle du City Football Group ou de Clearlake, dans laquelle un Troyes ou RC Strasbourg sont assis au balcon tandis que Manchester City et Chelsea prennent leurs aises à l'orchestre. Leur interaction est, en fait, une forme d'interdépendance. Ce qui affecte Lyon affecte Botafogo et Molenbeek, et réciproquement, faisant naître un autre risque : un effet de feedback, quand un son s'affole en se nourrissant de son écho.
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John Textor lors de l'annonce du départ de Jean-Michel Aulas en mai 2023.

Crédit: Getty Images

Pour Textor, c'est pourtant ce qui fait la force de ce modèle des plus inhabituels, pour ne pas dire unique. Selon lui, il fait qu'un problème local peut être résolu par une solution globale, une activation des circuits par lesquels communiquent ses clubs. Botafogo peut venir au secours de Lyon, qui viendra au secours de Molenbeek, qui viendra au secours de Botafogo, et ainsi de suite, tandis que Crystal Palace pourrait éventuellement donner un coup de main si nécessaire.

Molenbeek, Botafogo, Lyon et le jeu des vases communicants

Personne n'exploite ces mécanismes comme Textor le fait. C'est comme s'il semblait prendre plaisir à tester les limites du système, à voir jusqu'où on lui permettra de mordre sur la ligne blanche, comme ces joueurs qui placent le ballon tout au bord du quart de cercle quand ils doivent tirer un corner. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, par exemple, les prêts ou transferts de joueurs d'une entité à l'autre sont rares au sein d'un groupe de multipropriété ; mais pas quand il s'agit de Eagle Football Holdings.
Molenbeek comptait cinq joueurs de Botafogo et deux de l'OL dans l'effectif de son équipe première en 2023-24, ce qui ne les empêcha pas d'être relégués. Cette saison, l'OL a placé quatre de ses joueurs en prêt à Botafogo et au RWDM. L'OL avait aussi acheté Lucas Perri et Adryelson à son cousin brésilien en janvier dernier pour un montant combiné de 7 millions d'euros, bien moins que la valeur estimée de ces deux joueurs. Un an plus tôt, l'OL avait aussi acquis Jeffinho de la même source, pour 10 millions d'euros ; mais Jeffinho retrouva O Glorioso, en prêt, cette fois pour toute l'année 2024.
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John Textor dans les tribunes en tant président de Botafogo

Crédit: Getty Images

Ce n'est pas fini. Botafogo conclut les deux plus gros transferts de l'histoire du football brésilien en 2024, en acquérant Luis Henrique du Real Betis pour 20 millions d'euros, puis le champion du monde argentin Thiago Almada pour 22 millions d'euros, des sommes inconcevables pour les plus grands clubs du Campeonato Brasileiro. Ces apports n'ont pas été étrangers au beau parcours de Botafogo en Copa Libertadores, dont ils disputeront la finale face à Atletico Mineiro ce 30 novembre. Mais personne ne serait étonné si l'un et l'autre retrouvaient l'OL en 2025, même si l'interdiction de recrutement prononcée par la DNCG va compliquer la tâche des recruteurs lyonnais.

Une mère poule n'y retrouverait pas ses petits

Et il y a le "cas" Nuamah, bien sûr, qui fut tout près de devenir une "affaire". Le jeune attaquant ghanéen fut acquis de Nordjaelland par Molenbeek pour 30 millions d'euros le 30 août 2023, une somme égale au chiffre d'affaires annuel du club bruxellois. Il ne resta pas longtemps en Belgique. En fait, il n'y fit même pas escale. Le jour même, le RWDM faisait partir sa recrue-record en prêt à Lyon, ce qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à un de ces "transferts tremplin" interdits par la DNCG comme par la FIFA. Le transfert fut néanmoins homologué par les deux instances (*).
Ce n'est pas que des joueurs qu'on transfère au sein de Eagle Football Holdings. C'est aussi de l'argent. Le journaliste brésilien Rodrigo Mattos a révélé comment Botafogo emprunta l'équivalent de 66 millions de dollars US au fond d'investissement brésilien XP Investimentos en 2023, qui apparurent donc dans le passif comptable du club, alors que la vraie destination de cette somme était RWD Molenbeek et John Textor lui-même, qui avait apporté sa garantie personnelle pour le remboursement du prêt.
Voilà pourquoi les déboires financiers de l'OL Groupe (25,7 millions de perte, et un demi-milliard de dettes) et ses possibles conséquences sur le statut du club ont provoqué une onde de choc qui s'est faite sentir au-delà des frontières. La perspective de voir Textor lever 1,1 milliard pour une recapitalisation qui permettrait à son groupe d'entrer sur le marché boursier de New York, comme c'était son ambition avouée, n'a jamais paru plus lointaine qu'aujourd'hui.
(*) 777 Partners, en faillite virtuelle, a vu ses avoirs passer sous le contrôle de son principal créancier, la holding d'assurances A-CAP, clubs compris. Ces clubs sont, outre le Red Star, le Standard de Liège, Vasco da Gama, Genoa CFC et Hertha Berlin, auxquels s'ajoutent des participations minoritaires dans le FC Séville et Melbourne Victory FC.
(*) Plusieurs clubs de L1 essayèrent apparemment de déposer un recours auprès de la FIFA, mais la nouvelle "enquête" alors évoquée dans les médias est toujours au point mort, si tant est qu'elle ait été lancée.
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