Ligue 1 - Pierre Sage (RC Lens), le coup de gueule, et la question de l'affirmation

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Quelques jours après son coup de gueule à l'encontre de certains de ses joueurs sur Ligue 1+ après Brest - Lens (3-3), Pierre Sage s'est représenté devant la presse ce jeudi. L'entraîneur du Racing est longuement revenu sur les raisons et les conséquences de sa sortie médiatique très remarquée. Avec, en filigrane, la question pour lui de donner une autre image de lui-même.

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Video credit: Eurosport

Il a eu quelques jours pour cogiter, se refaire chaque phrase et repenser chaque mot. Une semaine après ses déclarations d'après-match incendiaires en direct sur Ligue 1+ suite au match nul de son RC Lens sur la pelouse du Stade Brestois (3-3), Pierre Sage a pris le temps d'en faire un long débrief ce jeudi en conférence de presse. Avec au menu, l'aveu du sentiment d'être sûrement allé trop loin dans la dureté des mots employés. Mais aussi quelque chose de plus profond, devinable entre les lignes : celle d'un homme qui souhaite changer le narratif qui l'entoure.
"Je vais comparer ça à une situation de conflit dans une famille, a-t-il débuté. Quand le patriarche déconne, puisque ça a été le cas - j'y suis vraiment allé très fort - je dois aussi montrer aux joueurs que je les aime beaucoup et qu'on a beaucoup de choses à défendre encore." Voilà pour les excuses. Avant d'enchaîner, quelques minutes plus tard : "À l'inverse, ils ont peut-être découvert une facette de moi qui me sort de l'image qu'on me donne du gendre idéal et de l'éducateur de jeunes. Lorsque la compétition nous amène à être dans une exigence maximale, il est possible que de temps en temps, je sorte de mes gonds. Et que je sois capable de dire que c'était nécessaire, mais aussi que j'ai déconné pour faire en sorte que le bateau continue à avancer tranquillement sur sa trajectoire."
Cette image de "gendre idéal" et "d'éducateur de jeunes", Pierre Sage semble ainsi avoir l'ambition de s'en défaire. Il n'est plus, désormais et sûrement définitivement, le directeur du centre de formation de l'Olympique Lyonnais, ou l'assistant des U19 du FC Annecy. Il est le coach qui est à trois matches d'amener le RC Lens, 10e budget de Ligue 1, en Ligue des champions après avoir titillé le Paris Saint-Germain pour le titre. Celui qui, aussi, pourrait amener la première Coupe de France au club artésien en 120 ans d'existence. Et les coaches de cette trempe sont rarement décrits en de si modestes termes.

Montrer qu'il en est capable

Lorsque l'on tire le fil de sa vie pour examiner les raisons de son succès, ce sont pourtant les qualités qui ressortent le plus après son intelligence. Unanimement, Pierre Sage est reconnu comme un coach "sympa, mais pas trop gentil" – comme nous disait David Friio en décembre -, avec un côté professeur du foot qu'il tire évidemment de ses années de formateur. Le coach du RC Lens a fait ses armes d'entraîneur auprès de jeunes à qui il fallait apprendre le football de haut-niveau. Alors cela laisse forcément des (bons) réflexes, qui le démarquent d'une bonne partie de ses confrères en Ligue 1 arrivé dans le coaching par le haut.
Y avait-il une part de calcul, donc, quand il s'est présenté au micro de Ligue1+ vendredi dernier pour charger ses joueurs ? Impossible de l'affirmer. Mais difficile de l'écarter, pour autant que cela ne s'inscrit pas dans une stratégie plus grande. Une sorte de 'respectabilisation', pour emprunter des termes à la politique.
Parce qu'il y a la question de cette Ligue des champions à jouer la saison prochaine, où Lens pourrait très bien faire un beau coup avec le format de la phase de ligue. Mais aussi parce que Pierre Sage "reste quelqu'un d'humain" - de son propre aveu - et pourrait aussi commencer à rêver plus grand, plus haut, qu'un budget moyen de Ligue 1.
Il a fait des miracles avec l'Olympique Lyonnais, il en refait avec le RC Lens : Pierre Sage commence à se faire remarquer. Et avec des exemples comme Régis Le Bris, passé du FC Lorient à la Premier League, il y a de quoi se dire qu'il y a de la place. Encore faut-il être perçu comme capable de prendre une plus grosse écurie, et ses problèmes bien différents dans la gestion du vestiaire, par les rênes. En chargeant aussi fort, "peut-être maladroitement" concède-t-il même, Pierre Sage a aussi voulu montrer qu'il en était capable.
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