Ligue 1 - Pas de recrue, moins d’argent : l’OM va-t-il enfin sortir des pépites de son centre de formation ?
Eurosport sur GoogleVoilà plusieurs années que Marseille n’a plus sorti de joueur majeur de son centre de formation. Contrairement à Lyon, Rennes ou tant d’autres clubs français, l’OM n’a jamais inscrit la formation dans son ADN mais à l’heure où les finances sont à sec et où le recrutement est atone, Marseille a besoin de ses jeunes. Alors, la formation peut-elle sauver l’OM ?
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Six. Depuis 1973 et la création des centres de formation, ils ne sont que six internationaux dans toute l’histoire de l’équipe de France à avoir été formés à l’OM : Eric Di Méco, Alain Boghossian, Cédric Carrasso, Samir Nasri, Mathieu Flamini et Boubacar Kamara. Une misère. On ne compte plus les cracks de la région formés dans des clubs voisins d’Eric Cantona à Wesley Fofana, de Zinedine Zidane à Ilan Kebbal.
Sauf que cet été, après des années à dépenser sur le marché des transferts, Marseille est devenu un club français comme les autres : il a fallu vendre en masse et, pour la première fois de l’histoire, ne recruter personne.
Dans pareille circonstance, les clubs de L1 se retournent vers leur centre de formation pour maintenir leur niveau de compétitivité. Marseille n’en a jamais eu l’habitude alors l’OM va-t-il enfin sortir des pépites ? Depuis la génération Boubacar Kamara – Maxime Lopez, aucun minot du centre ne s’est installé durablement dans l’équipe première. Et au XXIe siècle, hormis Nasri et les frères Ayew, la récolte est très mince. On est très loin des générations entières sorties de Tola-Vologe qui ont tenu à bout de bras l’OL dans les années 2010.
Le problème, ce n'est pas la qualité des joueurs,
Pourquoi est-il plus difficile de former à Marseille qu’ailleurs ? "Le problème, ce n'est pas la qualité des joueurs, ni la qualité des éducateurs, avertit Olivier Jannuzzi, ancien coach des U19 de l’OM et finaliste de la Gambardella en 2017. Le problème, c’est la dernière étape, la passerelle jeunes – monde professionnel. L’instabilité des coaches, ça n’aide pas. Lucas Perrin fait une carrière correcte, c’est un bon professionnel (ndlr : Strasbourg, Hambourg, Gijon, Nantes). Mais à l'OM, on ne lui a pas forcément donné sa chance."
Seydou Keita, peut-être le plus grand diamant de l’histoire de la formation marseillaise, n’a joué que 9 matches à l’OM… avant de remporter deux Ligue des champions avec le Barça de Pep Guardiola. Medhi Benatia, pourtant capitaine des U18, n’a jamais joué la moindre minute avec son club formateur mais a gagné trois Serie A avec la Juventus Turin et deux Bundesliga avec le Bayern Munich. Pour progresser, le jeune a besoin de stabilité et de temps. À Marseille, c’est impossible.
"Il y a une pression importante de résultats, l’OM ne connaît pas la patience, continue Jannuzzi. Et il y a une exigence supérieure aussi. Parce qu'un jeune joueur qui fait ses premiers pas au Vélodrome, ce n'est pas comme démarrer à Angers, à Nice, à Troyes, au Mans ou à Lens."
Syndrome du nouveau Nasri
Marseille souffre aussi du syndrome du nouveau Nasri. Les cracks sont rares et dès qu’un jeune a sa petite réputation au centre de formation, il est artificiellement gonflé notamment par des agents appâtés par les grilles salariales démesurées de l’équipe première et qui réclament des sommes folles. Les exemples d’Isaac Lihadji et Enzo Sternal, grands espoirs en jeune aujourd’hui dans des championnats de seconde zone, sont symptomatiques.
Entre 2019 et 2022, Nasser Larguet fut le directeur du centre de formation avec un court intérim sur le banc de l’équipe 1. Pour lui, comme pour Januzzi, l’OM a toujours formé de bons joueurs. Mais il leur a trop souvent manqué un aspect essentiel pour réussir là-bas plutôt qu’ailleurs : de la personnalité.
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"Quand vous arrivez à l'Olympique de Marseille pour jouer le haut de tableau et la Ligue des champions devant 65 000 spectateurs, il ne faut pas que des qualités techniques ou physiques, il faut du caractère, détaille-t-il. Lors de mes deux mois d'intérim chez les pros, j'ai fait monter des joueurs et je me suis aperçu qu'on était très loin de la réalité. Si on veut former des joueurs pour l'OM, il faut des gamins cabochards, qui sont parfois durs à gérer."
15e centre de formation de L1
Des propos qui font écho à ceux de Medhi Benatia l’an dernier. Dans la Provence, l’ancien directeur sportif de l’OM regrettait le manque de grinta des minots : "Je me tue à répéter aux petits Darryl (Bakola), Enzo (Sternal), Keyliane (Abdallah), Gaël (Lafont) et compagnie qu'ils réfléchissent trop. Ils se disent trop qu'ils n'auront pas leur chance, que c'est compliqué. En réalité, il y a trop de respect. Je les vois à l'entraînement, ils ne se lâchent pas comme ils devraient le faire. Dans l'envie, l'enthousiasme, un jeune doit me sauter aux yeux."
Aujourd’hui, l’OM est classé au 15e rang des centres de formation de L1. Si ses résultats scolaires sont excellents, c’est le temps de jeu en équipe première, un critère qui a pris une énorme importance l’an dernier, qui plombe le bilan général.
La saison dernière, Marseille est l’équipe qui a le moins fait confiance aux gamins de sa formation même si le classement de la FFF n’intègre pas dans ses calculs la post-formation (des joueurs recrutés entre 17 et 20 ans) alors que l’OM a fait un vrai effort dans ce secteur (Robino Vaz, Bilal Nadir, Alexi Koum, Darryl Bakola). Le club phocéen doit faire face à un dernier ennemi de l’intérieur, les clubs de la ville avec lesquels les rapports ne sont pas toujours cordiaux.
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Robinio Vaz lors de Marseille - Brest en Ligue 1, le 8 novembre 2025
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Je connais des clubs marseillais dont je tairai le nom, qui préféraient envoyer leurs joueurs à Strasbourg, Montpellier ou Monaco plutôt qu'à l'OM
"Je connais des clubs marseillais dont je tairai le nom, qui préféraient envoyer leurs joueurs à Strasbourg, Montpellier ou Monaco plutôt qu'à l'Olympique de Marseille, nous informe Nasser Larguet. Certains éducateurs de la région de Marseille vivent les rapports avec l’OM comme une concurrence et ont cette petite animosité avec les éducateurs de l'OM. Souvent, ils veulent bien envoyer leurs meilleurs joueurs à l'âge de 16 ans ou de 17 ans mais c'est déjà trop tard. Les gros clubs viennent chercher les joueurs dès leurs 13 ans."
Excellent club formateur de Maxime Lopez ou d’Ilan Kebbal, le Burel FC, club du 13e arrondissement de Marseille a noué l’an dernier un partenariat avec… l’OGC Nice. "Et puis l’OM a l’image du club où les jeunes ont du mal à percer, ça n’aide pas", abonde Jannuzzi.
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Ilan Kebbal
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"Les joueurs que l'on veut aujourd'hui, on arrive à les avoir, répond Titou Hasni, l’actuel directeur du centre de formation. Les joueurs qui, pour nous, ne sont pas des priorités, peut-être qu'ils signent ailleurs. Mais on ne se place pas en concurrence avec les autres clubs de la région. Monaco, par exemple, n'a pas de pré-formation comme nous."
Le talent est là mais va-t-il éclore et à Marseille ?
Aujourd’hui, l’OM continue d’avoir d’excellents résultats dans ses catégories de jeunes et possède une dizaine d’internationaux français entre les U15 et les U17. L’objectif est clair pour le patron de la formation : "Sortir un joueur qui arrive à jouer de façon régulière à l'OM." Le talent est là mais va-t-il éclore et à Marseille ?
"On a une obligation de résultat et c'est naturel parce que l'OM est un grand club, continue Hasni. Plus que la pression, on a un niveau d’exigence très important et on ne forme pas de la même manière." Sauf que le PSG aussi a un haut degré d’exigence mais arrive à sortir des talents qui jouent régulièrement dans une équipe double championne d’Europe (Zaïre-Emery, Mayulu pour ne citer qu’eux).
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Warren Zaïre-Emery avec le Paris Saint-Germain en Ligue des champions face à NEwcastle, le 28 janvier 2026
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La semaine dernière, le nouveau président de l’OM, Stéphane Richard, assurait que "la passerelle fonctionne mal" entre la formation et les pros, un problème visiblement éternel, avant de placer la formation au cœur de son mandat avec un projet ambitieux de nouvelle académie.
La formation n’était pas la priorité
Ce n’est pas la première fois. En 2017, déjà, Jacques-Henri Eyraud avait lancé "OM Next Generation" pour fournir plus de talents maison à l’équipe première. "La réussite de la formation, ça ne se décrète pas comme ça à coup de déclaration et à coup de baguette magique, avertit Jannuzzi qui coachait à l’OM à cette époque. La formation n’était pas la priorité. Dans un club français, ça se passe toujours de la même façon : au poste d’arrière droit, par exemple, on a deux solutions chez les pros et le troisième c’est un jeune. Et s’il a du potentiel, il grimpe. À l’OM, on va décaler un central et on retarde l’éclosion des jeunes."
Le vent va-t-il tourner avec les moyens qui diminuent, l’absence de recrue cet été et l’arrivée de Bruno Genesio ? La cure d’amaigrissement laisse peu de choix au staff. "Dès le lendemain de sa signature, on a fait une réunion avec Bruno Genesio et Jérémie Bréchet, qui a duré un long moment, nous renseigne Hasni. Le coach s’intéresse à la formation, c’est top. On a fait une opposition en début de saison, d’autres sont déjà programmées."
Keyliane Abdallah et Tadjidine Mmadi, purs produits de la formation olympienne, sont entrés en cours de jeu face au PFC dimanche. Aujourd’hui, huit joueurs du centre ont intégré les entraînements de l’équipe professionnelle. Mais l’OM attend toujours le 7e Bleu issu de son centre de formation. Les jeunes ont du talent, l’OM en a visiblement besoin, reste à faire tomber la dernière barrière. Celle qui a si souvent soit contraint à l’exil soit étouffé leurs ambitions.
Plus de détails
Stade Rennais
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Olympique de Marseille
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