C'est désormais officiel : Bordeaux est relégué en Ligue 2. Mais ce n'est pas la première fois que ce club historique du championnat de France va évoluer dans l'antichambre de l'élite. Il y a quasiment 30 ans jour pour jour, les Girondins validaient leur ticket pour la D1, une saison après avoir été rétrogradés administrativement en raison d'un déficit estimé à 40 millions d'euros (ndlr : le club avait fini 10e de Division 1 en 1990-91).
Cette période marque la fin de l'ère Claude Bez. Jean-Didier Lange et Alain Afflelou prennent alors les rênes du club girondin avec l'objectif de retrouver l'élite immédiatement. Les deux dirigeants se donnent les moyens de leurs ambitions en réalisant un recrutement très solide pour la D2 : Gaëtan Huard (Marseille), Michel Milojevic et Ronan Salaün (Brest), Philippe Raschke et Jean-Marc Ferratge (Monaco), Rainer Ernst (Kaiserslautern et capitaine de l'ex-RDA), Patrice Marquet (Toulon) et Thierry Fernier (Nantes).
Ligue 2
Trois points en moins et quatre matches à huis clos : Saint-Etienne connait ses sanctions
23/06/2022 À 18:08
Dans le même temps, les Girondins réussissent à conserver quelques-uns de leurs meilleurs joueurs comme l'international français Didier Sénac, Jean-Luc Dogon, Arnor Gudjohnsen ainsi que ses jeunes talents Bixente Lizarazu et Christophe Dugarry. "On avait besoin de ces garçons-là qui avaient une identité locale forte, c'est essentiel dans un club", nous confie Gaëtan Huard. Sans oublier Gernot Rohr, joueur emblématique de Bordeaux entre 1977 et 1989, revenu en tant qu'entraîneur principal après avoir assuré un intérim lors de la saison précédente. "Il avait une connaissance parfaite du club et de la région, remarque le finaliste de la Coupe de l'UEFA 1996. Dans le vestiaire, il était à l'écoute et savait tirer le meilleur de chaque joueur".
L'actuel entraîneur des gardiennes de l'équipe féminine de Bordeaux le reconnaît aujourd'hui : il a sûrement vécu la "plus belle saison" de son époque girondine en 1991-92. Avec un vestiaire rare. "On s'entraînait le matin à 100% et l'après-midi, on allait faire du ski nautique et du jet-ski ensemble, confie-t-il. Tout le monde tirait dans le même sens, la solidarité était très, très forte dans le vestiaire et le taux de remplissage du Parc Lescure était vraiment important pour un club de D2. On sentait que tout le peuple bordelais était derrière nous. On avait tous l'amour du club et du maillot. L'équipe avait bien démarré la saison et on était resté sur cet état d'esprit-là. On a fini champion, on n'en parle pas souvent mais ç'a enrichi le palmarès du club."

Alain Afflelou a participé au renouveau des Girondins de Bordeaux après leur descente en D2 en 1991.

Crédit: Getty Images

Pourtant à l'intersaison, l'ancien Marseillais a l'opportunité de s'engager à Monaco, Metz ou Montpellier. Mais le choix de signer cinq ans aux Girondins lui paraît évident. "J'ai choisi Bordeaux par rapport à l'histoire de ce club. J'avais une clause dans mon contrat qui me permettait d'être libre si Bordeaux ne remontait pas la première année. Je n'ai pas regretté mon choix car je suis resté cinq ans et on a réalisé de superbes saisons", se remémore Gaëtan Huard.
En regardant l'effectif, j'étais quasiment sûr que le club allait remonter
Comme l'ex-portier, Ronan Salaün a eu d'autres opportunités en D1 (ndlr : Nantes et Rennes). Mais quand Brest a déposé le bilan à l'automne 1991, sa décision a vite été prise. "En regardant l'effectif, j'étais quasiment sûr que le club allait remonter, assure l'ancien attaquant. La concurrence était très rude. Il fallait vraiment se battre pour avoir sa place dans le groupe des 13 chaque week-end."
A chaque journée de championnat, l'adversaire avait à cœur de "s'offrir Bordeaux". Car les Girondins restaient une "institution". Même en D2. "Au niveau des installations, on était en avance comparé à plein d'autres clubs français. Bordeaux, c'était hyper bien structuré, on prenait l'avion pour les déplacements et pour les équipements d'entraînement, ça n'avait rien à voir avec ce que j'avais connu à Brest où on devait prendre nos propres affaires. A Bordeaux, tout était lavé : les maillots, les shorts et les chaussettes étaient préparés pour le jour de l'entraînement, raconte Ronan Salaün. Le Bayern Munich était même venu au Haillan pour faire un stage."

Gernot Rohr, l'ancien entraîneur des Girondins de Bordeaux.

Crédit: Getty Images

Sur le plan financier, les Girondins de Bordeaux étaient également prêts à rebondir. "Nous les joueurs, on était payé au début de chaque mois, il n'y avait pas de retard, précise l'ancien Brestois. La catastrophe aurait été de rester en D2, mais on sentait un club qui repartait de l'avant tout en gardant son identité forte." "Malgré quelques contradictions parfois entre Jean-Didier Lange et Alain Afflelou, ils travaillaient en toute intelligence et savaient que la priorité était la remontée des Girondins. Ils ont insufflé du sang neuf et faisaient le lien entre toutes les composantes du club", affirme Gaëtan Huard.
Au printemps 1992, les Girondins assurent leur remontée en finissant premiers de leur groupe devant le Racing Club de Strasbourg de Franck Leboeuf (ndlr : Cette saison-là, seuls les premiers des deux groupes accèdaient directement à la D1 et les deuxièmes jouaient les barrages). Ronan Salaün : "Le club retrouvait la place qu'il n'aurait jamais dû quitter". Un exemple à suivre pour Bordeaux cuvée 2022-23 ?
Ligue 2
"Les Girondins, c'est le laboratoire de tout ce qu'il ne faut pas faire dans le foot business"
17/06/2022 À 14:43
Ligue 2
Bordeaux, 5 questions autour d'une rétrogradation
15/06/2022 À 21:30