Ligue 2 - Entre beIN Sports et les supporters, l'impasse de la programmation

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La Ligue de football professionnel a dévoilé jeudi 12 septembre un aménagement de la programmation du championnat de Ligue 2 pour le reste de la saison, décidé avec le diffuseur de la compétition beIN Sports. Un match du multiplex du vendredi a notamment été déplacé au samedi. Mais les quelques retouches apportées ne conviennent pas vraiment aux supporters. Et le conflit semble prêt à durer.

Les supporters de Ligue 2 protestent depuis le début de la saison 2024-2025 contre la programmation majoritairement en semaine du championnat

Crédit: Eurosport

Il paraît que, parfois, le silence est assourdissant. Depuis quatre semaines les terrains de Ligue 2 en sont un cas d'école et l'affiche en ce samedi après-midi, entre le Paris FC et le FC Metz, n'y déroge pas. "Ça démange la plupart des membres du groupe de chanter et d'encourager l'équipe, mais le sujet est quand même très important, explique Maxence Glevarec, porte-parole et tambour des Ultras Lutetia, le principal groupe de supporters du PFC. Tant qu'on n'aura pas eu gain de cause, on montrera notre mécontentement."
Le sujet très important, qui agace tant les ultras de Charléty et ceux des 17 autres stades de Ligue 2, c'est la programmation du championnat. Sept matches le vendredi soir, pour un multiplex à partir de 20h, un le lundi soir à 20h45, et donc un seul le week-end, le samedi à 14h30. Enfin, plus pour longtemps. Bientôt, cet unique match en fin de semaine sera accompagné d'un second, le samedi soir à 20h. C'est ce qui a été décidé le 12 septembre dernier après une réunion exceptionnelle entre la Ligue de football professionnel, le diffuseur de la compétition beIN Sports, et les représentants des supporters.
"C'est une petite avancée, mais ce n'est pas suffisant", regrette Maxence Glevarec. Alors, cette fois encore et malgré les longues tergiversations dans le groupe à ce sujet, les Ultras Lutetia restent muets durant la première demi-heure du match de leur équipe. Qu'importe si c'est leur tout premier match réellement à domicile de la saison - le premier, contre Dunkerque, avait été délocalisé à Amiens pour permettre de finaliser des travaux à Charléty. Qu'importe si la belle affiche et la politique de gratuité du Paris FC ont permis d'attirer plus de 10 000 spectateurs au stade, un chiffre pas si commun pour le club. Et qu'importe, surtout, si le FC Metz a eu la latitude pour inscrire deux buts avant que le public ne reprenne vie à la 30e minute.

Des propositions "insuffisantes"

Il y a des convictions. Une ligne à tenir, aussi, celle de l'Association nationale des supporters qui s'est empressée de regretter que "ces propositions, pour bienvenues et constructives soient-elles, sont très insuffisantes." Depuis la reprise de la saison le 16 août, des banderoles "Le foot, c'est le week-end" ont été vues un peu partout dans les tribunes des stades. À Charléty, face à Metz, c'est un grand drap blanc floqué d'un évocateur "beIN tue le foot français" qui a été accroché par l'autre groupe de supporters du PFC, le Old Clan. Et pour l'accompagner, les Ultras Lutetia ont été tout aussi explicites en faisant descendre des chants insultants envers la chaîne des travées de la tribune Nation.
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La banderole 'beIN tue la Ligue 2' déployée par le Old Clan du Paris FC lors de la réception de Metz en Ligue 2 à Charléty, le 14 septembre 2024

Crédit: Getty Images

Autopsie d'une fatalité : en octobre 2023, la LFP lance l'appel d'offre pour la période 2024-2029 des droits de diffusion de la Ligue 2 avec une proposition de programmation partagée entre le samedi soir et le dimanche, sans match en semaine. Empêtrée dans le pot-aux-roses des droits de la Ligue 1, elle ne s'occupe guère du dossier jusqu'à le relancer fin mai. Le diffuseur principal de la saison 2023-2024, Amazon Prime, se retire des négociations et seul beIN Sports répond à l'appel d'offres avec une offre de 200 millions d'euros étalés sur cinq ans et présente son propre calendrier avec un multiplex le vendredi soir, sous réserve d'approbation de la LFP et du collège de L2.
"L’acquéreur du lot est dans son droit de demander une nouvelle programmation après validation du collège de Ligue 2, souffle une source de l'industrie du sport. C’est spécifié dans les documents LFP ." Sauf que ce changement, demandé début juillet par beIN Sports, n'est validé et annoncé que le 1er août par la Ligue. Soit deux semaines avant la reprise. Les supporters des 18 clubs de Ligue 2, persuadés jusqu'ici qu'ils allaient devoir réserver leurs samedis soir, doivent chambouler leurs plannings pour se préparer à venir au stade les vendredis soir en majorité. "Au moment où cela a été annoncé, il y avait déjà des milliers de supporters qui s'étaient abonnés en pensant que les matches étaient le samedi soir, dénonce Ludovic Matteoli, président du Socios Club de Bastia. Ça a été très difficile à accepter."
Résultat : à Bastia, dont les supporters viennent parfois de très loin dans une région qui n'a pas de réseau autoroutier, beaucoup doivent renoncer. "Face à Troyes, on a vu que l'affluence était moins importante qu'un samedi soir avec notamment beaucoup de places d'abonnés qui étaient vides, poursuit celui qui siège aussi au conseil d'Administration du club. Bien au-delà de la programmation du match, l'évènement du match c'est ce qui se passe avant et ce qui se passe après avec les fans zones, les restaurants, les gens qui viennent passer la journée en ville. C'est tout un écosystème qui est mis à mal. On tord le cou à l'esprit populaire du foot."
Alors, la situation s'est vite envenimée. Aux banderoles et chants hostiles au diffuseur unique de la Ligue 2, se sont ajoutées toutes sortes de nuisances pour gêner les retransmissions télévisuelles. À Pau, en début de saison, un immense drapeau a été tendu devant la caméra principale par des supporters pour obstruer l'image et cacher le terrain. À Metz, des centaines de balles de tennis ont été jetées sur la pelouse pour faire suspendre le match dès les premières minutes. À Lorient, des lasers ont été pointés en direction du poste de commentateur et des caméras pendant 90 minutes. Pire encore, les supporters des Merlus ont saccagé le matériel d'un prestataire de beIN Sports avant un match face à Grenoble.
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Les balles de tennis jetées par les supporters d'Amiens pour protester contre la programmation de la Ligue 2, le 31 aoput 2024

Crédit: Imago

La chaîne avait alors annoncé "[étudier] pleinement sa position en ce qui concerne son partenariat en cours" dans un communiqué. Comprendre par là, un premier avertissement d'un diffuseur qui était le seul candidat à l'acquisition des droits. "Une grande majorité de l’écosystème comprend la case du vendredi, avait ensuite rappelé Florent Houzot, directeur de l'antenne de beIN Sports. Si on décide que c’est le samedi, ce sera sans beIN Sports, et ce ne sera plus 40 millions d'euros." Au moment de cette déclaration, une première réunion entre le diffuseur, la Ligue et les supporters avait déjà eu lieu. Florent Houzot l'avait décrit comme "très tendue" et un second rendez-vous avait été fixé.
Cette seconde réunion, bien moins difficile que la première, est celle qui a accouché des ajustements précédemment mentionnés. Mais selon Pierre Barthélémy, l'avocat de l'Association nationale des supporters, elle n'avait de réunion que le nom : "Ce n'étaient pas vraiment des négociations, déplore-t-il. beIN Sports est arrivé en disant : 'Voici ce qu'on a décidé de faire. Maintenant, on peut en discuter'. Dès la première minute de la réunion, on savait que la décision était déjà actée par beIN Sports et votée au sein de la Ligue. On a simplement pu discuter et demander pourquoi cela ne pouvait pas être plus."
Joint par téléphone, beIN Sports ne "souhaite pas reprendre la parole dans l'immédiat" et laisse la tempête passer. "On est face à deux camps qui n'ont pas des objectifs conciliables, confie une source de l'industrie du sport. On peut écouter l'avis de l'un et de l'autre, mais il n'y a pas de solution. Les deux camps ne peuvent pas se rejoindre." D'un côté, ce sont surtout les galères d'une boulimie de droits TV qui poussent à l'impasse. Contrairement à son prédécesseur Amazon Prime, qui n'avait quasiment que le foot français à diffuser dans l'Hexagone, les week-ends sont chargés chez beIN Sports.
"Le samedi ce n’est pas possible, notre catalogue est très riche", avait ainsi rappelé Florent Houzot début septembre. Pour la chaîne, qui dispose de 10 canaux hertziens, conserver un multiplex de sept matches le samedi soir à 19h serait tout simplement irréalisable techniquement. Et le dimanche, les coûts de production peuvent aller jusqu'à doubler et devenir beaucoup moins rentables. "C'est un problème de canaux pour eux. Mais il y a aussi une logique de la part de la Ligue et des clubs qui est de maximiser l'accessibilité de la L2 parce que ça valorise le produit et ça permet de vendre plus cher des espaces publicitaires", note Pierre Barthélémy.

La grande incompréhension

Contactée, La LFP n'a pas donné suite à nos questions par mail. Les représentants des supporters avaient pourtant proposé des solutions lors des négociations. Mais à nouveau, l'ANS s'est heurtée à un mur : "Pour nous, il reste des créneaux où il y a de la place, et il existe des possibilités de créer de nouveaux canaux hertziens ou digitaux pour diffuser les matches du multiplex, en plus du multiplex, explique Pierre Barthélémy. Dès qu'on a voulu entrer dans le détail et leur montrer qu'à tel horaire il y avait plusieurs créneaux disponibles sur beIN Max 8-9-10, ou de créer d'autres canaux comme beIN Sports Max 11, il n'y avait pas vraiment de réponses."
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Les supporters du FC Metz de la Horda Frenetik en grève durant la première demi-heure de la réception de Laval en Ligue 2 pour protester contre la programmation de la Ligue 2, le 31 août 2024

Crédit: Imago

C'est donc l'incompréhension qui règne de l'autre côté : "On n'arrive pas vraiment à voir ce qui empêchait un effort de beIN Sports pour se rapprocher de nos demandes", conclut Pierre Barthélémy. Et les discussions sont au point mort. Avec cet ajustement en pleine saison, beIN Sports a certainement grillé sa dernière cartouche dans l'espoir d'apaiser les débats. Mais elle est bien trop maigre pour les supporters.
À Charléty, le Paris FC s'est incliné 2-1 malgré le réveil programmé de ses supporters. Maxence Glevarec ne démord pas : "C'est leur business [à beIN Sports]. Plus il y a de monde devant la télé, mieux ils se portent. Mais quel produit ils vendent avec des stades qui ne vivent pas ? Le prix à payer est assez lourd. Et ce n'est que de la Ligue 2, c'est peut-être pour ça d'ailleurs." Sur le terrain, les Parisiens n'ont jamais abandonné et auraient pu égaliser, boostés par la grande première de Maxime Lopez. Le porte-parole des Ultras Lutetia est un peu plus résigné : "On est un peu désabusés, soupire-t-il. Mais le combat continue."
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