Ligue Conférence - La plus jeune équipe d'Europe : le RC Strasbourg est devenu le rêve de Chelsea et BlueCo
Par Tanguy Mantovani
Publié 20/08/2025 à 23:57 GMT+2
Le RC Strasbourg, qui affronte Brondby ce jeudi soir en barrage qualificatif de Ligue Conférence, est devenu dimanche dernier à Metz le premier club à aligner une équipe composée uniquement de joueurs nés au XXIè siècle dans les cinq grands championnats. Un choix payant - Strasbourg a gagné 1-0 - et tout sauf anodin. En quelques mois, le RCSA est devenu la pépinière de BlueCo, et donc de Chelsea.
"Strasbourg, c'est le plaisir de l'instant mais pas un projet"
Video credit: Eurosport
"Au moins, on supporte un 'vrai club'". Comprendre : pas subordonné à un autre. C'est la dernière maigre consolation à laquelle ont pu s'accrocher les supporters du FC Metz dimanche après-midi après leur sixième défaite consécutive face au RC Strasbourg (0-1). L'amertume de se faire continuellement doucher dans un derby depuis cinq ans explique en partie ce petit brin de mauvaise foi. Le onze de départ aligné par leur rival territorial n'y est pas pour rien aussi. Age moyen des Alsaciens au coup d'envoi : 20,4 ans. Et surtout, une première dans les cinq grands championnats européens : tous les joueurs sur le terrain étaient nés au XXIe siècle.
L'emblème du club, une Cigogne – dont la légende raconte que c'est elle qui amène les bébés – n'a jamais été aussi approprié. Ce n'est certainement pas ce qui a poussé BlueCo, le consortium à la tête de Chelsea devenu actionnaire majoritaire du RCSA en 2023, à investir, mais la coïncidence semble presque trop grosse. Même si Marc Keller, le président du RCSA, et BlueCo se sont toujours défendus de faire de Strasbourg un club filiale. "[Accueillir plusieurs joueurs de Chelsea en prêt] ce n'est pas le projet" affirmait ainsi Keller à L'Equipe en juin 2023, au moment de la vente. Il n'aurait peut-être pas le même aplomb deux ans plus tard.
Sur le terrain dimanche à Metz, le Belge Mike Penders dans le but, le Français Mamadou Sarr en défense, et l'Equatorien Kendry Paez entré en jeu sont tous prêtés par Chelsea. L'Argentin Valentin Barco, acheté par Strasbourg cet été, était lui pisté par les Blues deux ans plus tôt. Parmi les autres recrues estivales, le latéral Ishé Emmanuel-Smith et le milieu Mathis Amougou ont été vendus au RCSA par… Chelsea. Comme Diego Moreira l'été précédent. Andrey Santos, meilleur joueur strasbourgeois la saison dernière, était aussi prêté par le club "frère". Une fratrie, certes, c'est la vision du partenariat qu'essaye de faire circuler le club et le consortium. Une fratrie dans laquelle il y a clairement l'aîné, et le cadet.
Réussite sur le terrain, moins en tribunes
Chelsea fournit des joueurs, l'aide de ses directeurs sportifs Paul Winstanley et Laurence Stewart (et leur base de données). Strasbourg fournit, lui, du temps de jeu dans un championnat moins compétitif que la Premier League à des jeunes pas encore prêts pour Chelsea. Est-ce une infamie ? Un déshonneur ? Pour les ultras, ça l'est : "[Marc Keller] nous a trahis" confiait Kevin, porte-parole du Kop Ciel et Blanc il y a quelques mois. Sur le terrain, ça l'est sûrement moins. Le RC Strasbourg dispute ce jeudi soir les barrages de qualification pour une place en phase de poules de Ligue Conférence face aux Danois de Brondby. Ce qui pourrait être en cas d'accession le premier parcours européen du club depuis 20 ans (si on exclut les barrages perdus contre Francfort en 2019).
"On ne veut pas disputer la Ligue Conférence juste pour y être, on veut gagner !" s'était même permis l'attaquant de Strasbourg Emmanuel Emegha en conférence de presse vendredi dernier. Symbole des nouvelles ambitions du club, et du positif à tirer de ce statut de petit frère chouchouté. Cela lui a sûrement coûté un petit morceau d'identité : la conscience de ne pas être la pièce maîtresse du projet du consortium – car c'est cela qui gêne les supporters, pas la multipropriété -. Et la sensation qui va avec de ne plus vraiment être indépendant, en passant des Liénard, Gonçalves et consorts aux adolescents sud-américains et scandinaves. C'était ce dont Strasbourg avait besoin pour briser un plafond de verre, jurera Marc Keller. C'était aussi le rêve de Chelsea. Et avec cet effectif ne comptant que deux joueurs nés avant 2000 (le gardien Karl-Johan Johnsson, 35 ans, et le défenseur Eduard Sobol, 30 ans), Strasbourg est en train de le réaliser.
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