L’histoire retiendra qu’un match nul contre l’Espanyol a eu la peau de Fran Sánchez Bas et que cette contre-performance a peut-être été fondatrice pour tout le football féminin espagnol. Le 8 janvier 2019, l’entraîneur du Barça Femení est renvoyé dans ses pénates après une saison et demie sur le banc blaugrana. Si le frère du sélectionneur du Qatar a contribué à la conquête de la Copa de la Reina, il n’est pas parvenu à atteindre le grand objectif fixé par la direction : reconquérir le titre de champion d’Espagne.
De 2011 à 2015, sous les ordres de Xavi Llorens qui est resté 11 saisons sur le banc (2006-2017), le FC Barcelone a dominé l’Espagne mais, depuis, le requin est devenu dauphin et enchaîne les deuxièmes places. La première accession au dernier carré de la Ligue des champions en 2017 a été une vraie satisfaction quoique fugace. Bien plus inquiétant : l’Atlético de Madrid s’est imposé comme la première force du pays avec déjà deux titres consécutifs et un troisième annoncé. Ce 8 janvier 2019 a propulsé Lluís Cortés, troisième adjoint de Fran Sánchez, sur le devant de la scène. Pour autant, cette nomination, si elle a profondément changé le visage du "futfem" espagnol, ne constitue pas le kilomètre 0 du cycle victorieux blaugrana.
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Players of FC Barcelona women celebrating the victory during the Primera Iberdrola league match between FC Barcelona women and Real Madrid women at Estadi Johan Cruyff on March 13, 2022 in Barcelona

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Nom : Zubizarreta Prénom : Markel

Il a beau être bardé de diplômes et avoir envoyé son dossier de candidature de la manière la plus classique et conventionnelle qui soit, difficile de se départir d’un nom aussi connu à Barcelone et dans toute l’Espagne : Zubizarreta. Markel est le fils d’Andoni, capitaine du Barça vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions en 1992. En octobre 2015, il est nommé responsable de la gestion sportive de la section féminine à 26 ans. Moins de deux ans plus tard, en octobre 2017, il devient le patron de toutes les catégories féminines. Avec une main plus ferme que celle de son paternel contre le Nigéria en 1998.
Au milieu du marasme sportif et économique, la section féminine a été une oasis pour la direction Bartomeu. Professionnelle depuis 2015, elle a eu comme objectif de trouver des partenaires exclusifs pour initier son projet à long terme. Ainsi, Rakuten n’a concerné que l’équipe masculine qui a touché 55M€ par saison de 2016 à 2022. En juillet 2018, le club signe un contrat d’exclusivité de 3 ans avec la marque américaine Stanley après une tournée réalisée outre-Atlantique avec l’équipe masculine. Une grande première qui a rapporté 3.5 M€ par saison.
Cela lui a offert de l’autonomie, un budget conséquent pour assumer un projet résolument fondé sur l’ADN Barça et les liquidités suffisantes pour assumer le salaire de Lieke Mertens, meilleure joueuse du monde en 2017 et la seule de l’effectif qui émargeait à plus de 100.000€ par an ainsi que le transfert de Mapi León en provenance de l’Atlético de Madrid (50.000€), une grande première dans le football féminin. Incongruité totale : le Barça Femení a généré des bénéfices ! Tout est depuis rentré dans l’ordre : le site spécialisé 2Playbook affirme que pour l’exercice 2021-2022, la section perdra 2.3M€ pour un budget 7.5M€. Si les chiffres ne sont pas encore clairement définis, le partenariat global signé avec Spotify pourrait permettre de récupérer 5M€ par an.

Jennifer Hermos, FC Barcelone

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Une internationalisation de son effectif et une réaffirmation de son catalanisme

Sous l’égide de Markel Zubizarreta, le Barça a à la fois opéré une internationalisation de son effectif mais aussi réaffirmé son catalanisme ou, tout du moins, un espagnolisme. Outre Lieke Mertens, le FCB a réalisé de gros coups en 2019 en attirant la Nigériane Asisat Oshoala lors du mercato d’hiver puis la Norvégienne Caroline Graham Hansen à l’inter-saison. La Suissesse Ana-Maria Crnogorcevic, la Norvégienne Ingrid Engen et la Suédoise Fridolina Rolfö sont venues renforcer le contingent étranger. Entre temps, la Brésilienne (2016-2019), les Françaises Élise Bussaglia (2017-2018) et Kheira Hamraoui (2018-2021), l’Anglaise Toni Duggan (2017-2019), la Macédonienne Natasa Andonova (2017-2019) et la Néerlandaise Stefanie van der Gragt (2018-2020) ont également posé leur sac en Catalogne.
Les arrivées de joueuses étrangères s’intègrent dans un canevas hispano-catalan. En 2019, le Barça a débuté sa finale de Champion’s avec 9 Espagnoles sur la pelouse. Elles étaient 8 en 2021 et 16 sur la feuille de match. On peut même évoquer un truisme "Pays catalans" puisque, hormis la Madrilène Jenni Hermoso, toutes les joueuses sont issues d’Aragon (Mapi León), de la Communauté Valencienne (Sandra Paños), des Baléares (Patri Guijarro, Mariona Caldentey, Cata Coll) et évidemment de Catalogne (Alexia Putellas, Aitana Bonmati, Marta Torrejón, Leila Ouahabi, Melani Serrano, Andrea Pereira, Laia Codina, Jana Fernández, Bruna Vinamala, Gemma Font).
Enfin, la Masia féminine se développe et la politique de formation emblématique du club porte déjà ses fruits. Cette saison, plusieurs joueuses nées en 2004 intègrent progressivement l’équipe première : Esther Laborde, Julia Bartel, Ona Barabad, Martina Fernández, Ornella Vignola. Peut-être partiront-elles s’aguerrir dans un autre club comme ce fut le cas pour Claudia Pina qui a été prêtée la saison dernière à Séville avant de revenir ? La passerelle filial-Barça est effective mais l’abondance de biens contraint le club à envoyer ses promesses dans d’autres clubs de Liga comme c’est actuellement le cas pour la grande promesse Candela Andújar à Valencia ou Emma Ramírez à la Real Sociedad. Ona Battle (Manchester United) et Laia Aleixandri (Atlético de Madrid) prouvent aussi qu’il y a une vie ailleurs qu’à Barcelone.

Cortés, le conquistador déchu

Vingt-quatre heures après le licenciement de Fran Sánchez Bas, l’intronisation de Lluís Cortés a été un acte fondateur. Une vraie révolution. Si le Barça ne parvient pas à empêcher l’Atlético de remporter le titre, il accède en revanche à la finale de la Ligue des champions après avoir écarté Lilleström en quarts de finale puis le Bayern. En dépit d’une défaite sans appel contre l’Olympique Lyonnais (4-1), la performance est de taille. C’est le premier aboutissement d’un projet qui portera le club au sommet de l’Europe. Car sous les ordres de Cortés, le FC Barcelone est non seulement redevenu le numéro 1 indiscutable en Espagne mais il a soulevé la Ligue des Champions 2021 au terme d’une finale pliée en 36 minutes contre Manchester City (4-0).
Son Barça ravit les puristes, le stade Johan-Cruyff réalise de belles affluences et, encore plus important, il attire la relève qui a désormais des référentes, comme la Ballon d’Or Alexia Putellas, à qui s’identifier. Au moment où l’Atlético baisse de pied et que le Real Madrid s’installe avec un equipazo construit de manière express en moins de trois saisons, le FC Barcelone, lui, survole les débats à grands coups de goleadas. Après un titre conquis a minima en raison de la pandémie, la saison 2020-2021 est une réussite absolue : Liga-Copa-Champion’s. Seule la SuperCopa a échappé à la razzia après une élimination en demi-finale contre l’Atlético au bout de la prolongation. En championnat, le bilan est ahurissant : 99 points en 34 journées, 33 victoires, 1 défaite, 15 buts encaissés et… 167 inscrits ! Un café solo y la cuenta por fa !

Joan Laporta

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Au bonheur opportuniste de Laporta

Nul besoin des Groseille, des Le Quesnoy et de Patrick Bouchitey qui chante "Jésus reviens" pour le savoir : la vie n’est pas un long fleuve tranquille. En tous cas pour Lluís Cortés. Sitôt la Champion’s dans l’armoire à trophées, les cinq capitaines (Alexia Putellas, Sandra Paños, Patri Guijarro, Marta Torrejón et la légende Vicky Losada à présent à Manchester City) ont sollicité Markel Zubizarreta pour que l’entraîneur du triplete soit écarté. A l’heure actuelle, les motifs profonds de ce départ n’ont pas fuité. La lettre ouverte de Gio Queiroz, internationale brésilienne actuellement prêtée à Levante, adressée à Joan Laporta (qui n’était pas encore redevenu président au moment des faits) lundi dernier a un peu plus jeté le trouble, bien que l’on ne sache pas précisément si elle incrimine le désormais sélectionneur de l’Ukraine, le staff, la direction ou les services médicaux.
C’est Jonatan Giráldez, l’adjoint galicien de Cortés tout juste trentenaire, qui a repris l’équipe en main. Et les chiffres en Liga restent complètement déments. A 5 journées du terme, le Barça a remporté tous ses matches, inscrit 138 buts et seulement encaissé 7. Le titre est validé depuis belle lurette, la SuperCopa a été remportée en janvier après une victoire… 7-0 en finale contre l’Atlético. La phase de groupe en Ligue des Champions est du même acabit : 6 victoires, 24 buts marqués, 1 seul encaissé. En quart de finale aller contre le Real Madrid, les Blaugranas ont tremblé pour la première fois depuis très longtemps.
Menées au score dès la 8e minute après une réalisation d’Olga Carmona, elles ont attendu la 53e minute et l’intervention litigieuse de la VAR pour égaliser sur penalty par Alexia Putellas. La victoire 3-1 en terres vikingas offre un avantage certain au moment de remplir le Camp Nou. Le 6 janvier 2021, un demi-siècle après les pionnières, l’équipe féminine avait eu droit à l’écrin de 99.000 personnes mais, en raison des restrictions sanitaires, le derbi contre l’Espanyol (5-0) avait été disputé à huis clos. Cette fois-ci, elles évolueront à guichets fermés pour valider la qualification en demi-finale. Si la campagne présidentielle en 2021 n’a laissé aucun doute quant à sa méconnaissance absolue du futfem blaugrana aussi dominante soit-elle, Joan Laporta offre une promotion incomparable pour son Barça mais aussi pour tout le football féminin : un Clásico en Ligue des champions. Comme disait Johan Cruyff : "salid y disfrutad".
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