Samedi 19 mai 2019. À Budapest, au stade de Ferencvaros, l’OL d’Ada Hegerberg donne, en finale de Ligue des champions, la leçon aux novices du FC Barcelone. Pour leur première finale de C1, les joueuses de l’équipe alors entraînée par Lluis Cortes sont menées 4 à 0 au bout de 30 minutes, grâce notamment à un triplé de la star norvégienne, premier ballon d'Or féminin de l'histoire. Finalement, Lyon s’imposera 4-1, après la réduction du score barcelonaise à la 89e minute, et remportera le 4e de ses 5 titres d’affilée qui l’ont un peu plus consacré comme la meilleure équipe de ce début de XXIe siècle.
Ce samedi (19h), à Turin sur la pelouse du Juventus Stadium, Fenottes et Blaugrana se retrouveront à nouveau en finale de la plus prestigieuse des compétitions européennes. Sauf que cette fois, le duel s’annonce beaucoup plus serré. Ce sacre continental que les deux équipes vont se disputer devrait aussi symboliser autre chose qui dépasse une simple ligne de palmarès : celle de l’hégémonie sur le football européen.
D1 Arkema
Après la Ligue des champions, l'OL récupère sa couronne nationale
29/05/2022 À 20:51

Quel avenir pour Hamraoui ? "L'impact médiatique de l'affaire pourrait lui fermer des portes"

Après une décennie passée à tout écraser sur son passage, l’équipe de Jean-Michel Aulas, dont ce sera la 10e finale de C1, affronte non seulement le tenant du titre (victoire 4-0 face à Chelsea), mais bien l’équipe qui semble prête à prendre le pouvoir aux dépens des Rhodaniennes. "C’est la finale de rêve", s’enthousiasme Romain Balland, journaliste et expert du foot féminin qu’il suit depuis de nombreuses années. "Barcelone est le tenant du titre, il pourrait devenir un des rares clubs à conserver son titre, il va disputer sa troisième finale sur les quatre dernières éditions. C’est un club qui est en train de prétendre à supplanter quiconque, et donc l’OL, le plus grand club européen", expose celui qui a suivi le parcours des deux clubs en C1 pour la plateforme DAZN, qui diffusait, en France, les matches sur Youtube. "Soit Lyon arrive à reconquérir sa couronne, ou Barcelone confirme que la nouvelle place forte du foot féminin, c’est bien en Catalogne".

Les joueuses du FC Barcelone en pleine célébration

Crédit: Getty Images

Les deux formations, bien qu’aussi ambitieuses, sont sur deux dynamiques différentes. Tandis que l’OL, qui a marqué le pas l'an passé, veut se relancer, l'ancien club de Kheira Hamraoui ne cesse de prendre de l’ampleur sur le Vieux Continent. Sacrée championne d’Espagne pour la troisième saison de suite, l’équipe d’Irene Paredes, la défenseure espagnole arrivée l'été dernier du PSG, a gagné ses 30 matches de championnat, a décroché la Supercoupe d’Espagne haut la main, et est encore en course pour décrocher une troisième coupe d’Espagne consécutive (demi-finale face au Real Madrid féminin prévue le 25 mai). La domination des Barcelonaises, en route vers un quadruplé, rappelle celle exercée, pendant plus de dix ans, par les coéquipières de Wendie Renard, sur le foot hexagonal et européen. Nul doute, l'équipe désormais entraînée par Jonatan Giraldez semble bien partie pour devenir le nouvel OL .
On ne veut se comparer à personne et rester nous-mêmes, avec notre football et nos supporters
"On ne veut pas être le nouveau Lyon, a toutefois balayé Paredes, en visioconférence de presse à trois jours du rendez-vous de l’année. On veut juste être les nouvelles championnes. C’est vrai qu’elles ont une grande histoire derrière elles, elles ont gagné 7 fois, c’est énorme, c’est beaucoup de travail. Ce n’est pas battre l'OL qui compte. Ce qui compte c’est de remporter la ligue des champions pour une deuxième fois de suite. On veut continuer sur ce chemin mais on ne veut se comparer à personne, on veut rester nous-mêmes, avec notre style, notre football, nos supporters".
Ces fans qui ont permis au FC Barcelone de marquer l’histoire à deux reprises cette saison. Alors qu’en France, le record de spectateurs établi cette saison par le PSG avait vu 43 254 supporters se rendre au Parc des Princes pour la demi-finale de Ligue des champions entre Paris et Lyon, au Camp Nou, ce sont pas moins de 91 648 fans qui se sont massés dans les tribunes pour assister à la demi-finale retour face à Wolfsburg. Juste après les 91 553 supporters réunis lors du Clasico face au Real Madrid féminin fin mars.
Un sacré vent de passion, qui vient consacrer l’ascension ultra-rapide de la section féminine de l’ancien club de Lionel Messi, où le professionnalisme est devenu la norme en 2015, seulement. "En 7 ans, on a tout changé", a ainsi exposé Markel Zubizarreta, le directeur sportif des Barcelonaises, au Guardian. Ce succès, pour Irene Paredes, "c’est le résultat du travail de beaucoup de personnes qui ont travaillé ensemble avec beaucoup d’enthousiasme. Ils voulaient une équipe féminine qui marchait bien, ils voulaient devenir une référence. Il y a eu beaucoup de travail dans beaucoup de domaines différents". "Barcelone est une référence, tous les autres clubs devraient s'inspirer de son fonctionnement", appuie la Norvégienne Ingrid Engen.

La ballon d'Or Alexia Putellas lors d'un match face au Real Madrid féminin

Crédit: Getty Images

"Et puis nous avons aussi cette magnifique génération de joueuses très talentueuses que nous sommes chanceuses d’avoir", souligne l’ex-capitaine parisienne, en référence à ses compatriotes Mariona Caldentey et Mapi Leon d’une part, mais surtout à Aitana Bonmati, Patri Guijarro (finalistes de la coupe du monde U20 organisée en France en 2018), symboles de cette formation catalane qui excelle aussi chez les filles. Ce noyau de joueuses qui sortent du cocon barcelonais, Alexia Putellas, Ballon d’Or féminin 2022 et l’une des plus grandes menaces pour l’OL ce samedi, en est la figure de proue.

Pour l'OL, "l'année de la reconquête"

Les dirigeants blaugrana, dont le budget estimé (4,5 millions d’euros), est presque deux fois moins important que celui de Lyon (7,5 millions d’euros), ont ensuite ajouté à cette base un assemblage de joueuses de talent et d'expérience capables de se fondre dans le moule barcelonais et son jeu de possession et de positions. A Asisat Oshoala et Lieke Martens, se sont rajoutées les Jennifer Hermoso, Caroline Graham Hansen, Fridolina Roflo ou autre Engen et Ana-Maria Crnogorcevic. Ces arrivées, loin de chambouler l'équilibre du collectif, ont permis de faire monter la mayonnaise.
Du onze de départ blaugrana en finale en 2019, six joueuses devraient encore être alignées ce samedi. Côté lyonnais, seules 4 des titulaires présentes en Hongrie devraient à nouveau commencer à Turin (Renard, Mbock, Henry, Hegerberg). Avec, pour ces joueuses tant habituées à gagner, un sentiment de revanche. Car pour Lyon, leader de D1 Arkema, "c’est l’année de la reconquête", comme le disait Selma Bacha, la latérale/ailière gauche des Fenottes. Les partenaires d’Eugenie Le Sommer tentent en effet de se relever d’une saison passée où elles se sont retrouvées, pour la première fois depuis des lustres, sans le moindre titre.
Sonia Bompastor nous a motivé à tout gagner. Elle a l'ADN de la gagne et elle nous le transmet
La faute au PSG qui, non content d’avoir sorti l’OL en quart de finale de C1, l’a également privé du titre de champion de France (la Coupe de France n’a pu se jouer en raison de l’épidémie de Covid-19). Face à l’effondrement des résultats, Jean-Michel Aulas et la direction ont fait le choix de nommer pour la première fois une femme sur le banc : Sonia Bompastor, internationale tricolore aux 156 sélections, qui pourrait devenir la première à gagner la C1 comme joueuse puis entraîneuse.
Nommée en avril 2021, en remplacement de Jean-Luc Vasseur, celle qui, après six ans passés à Lyon comme joueuse (2006-2009 puis 2010-2013), avait occupé le poste d’adjointe dans le staff de Gérard Prêcheur, avant de diriger le centre de formation des Rhodaniennes, "a beaucoup apporté, notamment son expérience d'ancienne capitaine, comme l’a reconnu Delphine Cascarino au site Olympique-et-Lyonnais.com. Elle nous a motivé à tout gagner. Elle a l’ADN de la gagne, elle nous le transmet". "Dès le début de la saison, on s’est dit qu’il fallait récupérer ce qui nous appartient", a encore confié Melvine Malard, un autre emblème du centre de formation lyonnais qui, lui aussi, tourne à plein régime.

Trois victoires en autant de matches de C1 pour l'OL face à Barcelone

"N’oublions pas que le foot féminin a aussi ses propres nuances, ses subtilités, ses problématiques, rappelle Romain Balland. Elle a le vécu d’une femme de haut niveau, qui a passé ses diplômes, qui a un regard et un suivi sur plusieurs décennies de foot féminin, elle a une capacité à répondre à certaines problématiques que d’autres n’avaient pas", notamment Vasseur ou Reynald Pedros, ses prédecesseurs, arrivés du foot masculin et donc moins à même d’être en symbiose avec leur groupe.

L'entraîneuse de l'OL Sonio Bompastor et sa joueuse Amandine Henry lors de Juventus Turin - Lyon

Crédit: Getty Images

"Elle a joué avec Renard, avec Le Sommer, Henry, Bouhaddi, elle a vu passer Bacha, Cascarino et Malard au centre de formation. Elle a discuté avec des coaches qui connaissaient bien Damaris Egurrola, elle connaît des gens aux Etats-Unis qui lui ont parlé de Catarina Macario (deux recrues des dernières années à l'OL), elle a eu un œil précis sur le poste de latérale droite et gauche par rapport à ce que représente les habitudes du jeu de l’OL", complète celui qui officie également pour OL TV, à propos de l’ancienne arrière gauche ou milieu de terrain.
Au retour, Wolfsburg a bousculé physiquement le Barça qui n'a pas pu mettre son jeu en place. Evidemment, ça a donné des idées à Lyon
Si la Coupe de France lui a échappé (élimination en huitième de finale par le PSG), Bompastor n’est plus très loin de réussir son pari, au terme d'une campagne où Lyon, tant en quart face à la Juve (1-2 puis 3-1) qu'en demie face au PSG (3-2 et 2-1), a dû cravacher, tout en montrant une grande capacité de résilience. "On est là pour écrire notre histoire, a déclaré, déterminée, Wendie Renard vendredi. Collectivement, on a souffert ensemble depuis le début de l’année, on a réussi à renverser des situations mal embarquées, moi j’ai faim et je ferai tout pour partir avec le trophée". Pour ce faire, c'est le prétendant barcelonais qu'il convient de rabrouer, dans une rencontre qui s’annonce âpre. Et où l'Olympique Lyonnais, qui ne se présentera pas, comme ce fut si souvent le cas, dans la peau du favori, devra sûrement s’adapter, face à une équipe habituée à monopoliser le ballon (66% de possession en moyenne dans sa campagne de Ligue des champions, pour 3,7 buts par match).
"Je vois l’OL faire parler son vécu et son physique, pronostique Romain Balland, qui couvrira la finale, également diffusée par TMC, pour DAZN. On sait que Barcelone a tout gagné cette année, hormis un match officiel, la demi-finale retour face à Wolfsburg (défaite 2-0). Il y a eu peut-être un petit peu de relâchement, inconsciemment (après la victoire 5-1 de Barcelone à l’aller), mais Wolfsburg a bousculé physiquement le Barça qui n’a pas pu mettre en place son jeu de possession, et évidemment, ça a donné des idées à Lyon". Ce qu'a confirmé Bompastor en conférence de presse d'avant-match : "On sait quelles sont les forces et les faiblesses de Barcelone, notre équipe a le talent et les qualités collectives pour les mettre en difficulté". Toujours vainqueur des Blaugrana en trois confrontations en C1 (2-1 puis 1-0 en quart de finale en 2018), l’OL sait donc à quoi s’en tenir pour prolonger sa glorieuse histoire.

Wendie Renard et les Lyonnaises disputeront la 10e demi-finale de Ligue des champions de l'histoire de l'OL

Crédit: Getty Images

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