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Bayer : le fantôme de "Neverkusen" rôde toujours
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Publié 09/12/2013 à 12:28 GMT+1
Il y a une semaine, notre blogueur Polo auscultait en détail ce club qui suscite tant de sarcasmes, le Bayer Leverkusen. Son papier n'a pas pris une ride. Même à l’intérieur du club, quelques voix dissonantes se font entendre. Une fois encore, la politique du club est montrée du doigt tandis qu’un nouveau président pointe son nez.
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Crédit: Eurosport
J’ai l’impression de me répéter à chaque fois que je me penche sur le sort du club du groupe chimique et pharmaceutique Bayer. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, mon premier billet dédié à ce Verein sur Eurosport s’intitulait "Jamais plus jamais Neverkusen ?". Aux belles promesses estivales se heurte le principe de réalité dès que la pente s’avère trop raide. Le rideau de fumée une fois de plus dissipé, le boomerang revient en pleine figure : Leverkusen est un club trop gros pour les petits mais trop petit pour les gros. Sans nul doute. Mais ceci n’explique pas tout.
Calmund : "C’était à vomir !"
La soirée s’annonçait pourtant splendide ce 27 novembre 2013. Tous les ingrédients étaient rassemblés pour une fête réussie. Le B04 avait une occasion de se qualifier pour les huitièmes de finale de la coupe aux grandes oreilles. Il jouissait, avec deux participations en trois ans à la lucrative compétition, d’un score flatteur au BayArena et d’une réelle réputation à domicile avec un cinq sur cinq lors des poules. Chelsea comme Valence, notamment, avaient rendu les armes par le passé, le Shakhtar Donetsk s’y était même noyé (4-0), le 23 octobre dernier. D’ailleurs, le B04 n’avait-il pas effectué le plus rude au retour en allant chercher un 0-0 dans l’antre du club ukrainien ? Sir Ferguson s’effaçait, son successeur, Moyes, peinait. Qui plus est, l’attaquant-vedette de Manchester United, Van Persie, manquait à l’appel. Oui, tout était prêt pour une belle rencontre.
Au lieu de cela, nous avons eu droit à une parodie de football de la part des professionnels de Leverkusen, incapables d’aligner deux passes consécutives, d’être créatifs en attaque ou bien de défendre correctement. Nichts ! Nada ! Les interrogations fusèrent et le déchainement médiatique commença. Le "Pillenklub" (le "club des pilules", surnom très "affectueux" lié au groupe chimique et pharmaceutique Bayer), celui qui passe sa vie à se plaindre d’être sous-médiatisé, se retrouvait en pleine lumière. Pas forcément au meilleur moment ni pour les bonnes raisons !
Invité sur le plateau de Sky Deutschland pour commenter la rencontre contre les Red Devils, Reiner Calmund se lâcha face au spectacle proposé : "Cela n’avait strictement rien à voir avec un match de Ligue des champions". Qu’une personnalité médiatique s’exprime, c’est une chose mais "Calli" est aussi l’ancien manager du Werkself avant d’en devenir le Président en 1999. Sous ses ordres plus ou moins directs, Leverkusen remporta la coupe de l’UEFA 1988, l’une des plus mythiques de l’histoire avec un aller-retour (0-3, 3-0) contre l’Espanyol Barcelone gagnée finalement après une séance de tirs au but. Puis la coupe d’Allemagne en 1993 grâce au Torjäger Ulf Kirsten. Les deux seuls trophées du Bayer.
Surtout l’avènement de Reiner Calmund, coïncida avec des dépenses fastueuses et une équipe qui avait "de la gueule". La multinationale Bayer se désengageait du club du KFC Uerdingen 05 pour se concentrer sur celui de Leverkusen ! Kirsten donc, mais aussi des anciens comme Schuster ou bien Völler. Avec le développement de la filière brésilienne, les internationaux Paulo Sergio, Jorgihno, Emerson, Lucio, Juan débarquèrent d’Amérique latine. Et qui se souvient de Zé Elias ou du plus Brésilien des Allemands Paulo Rink ? Calmund arrache même alors Zé Roberto au Real Madrid. L’ossature allemande n’est pas oubliée avec Ballack, Schneider, Novotny, Beinlich, Neuville, Bdaric, Butt ou Ramelow. Ainsi que quelques européens lesquels feront une belle petite carrière comme Berbatov par exemple ou bien Babic, les frères Kovac, Zivkovic, Bastürk…
Holzhäuser : "Une fois par an nos joueurs sont évalués par le cabinet d’audit KPMG"
Le cas de la star bulgare est symptomatique du virage pris par le Werksclub, au milieu des années 2000. Pour rappel, Wolfgang Holzhäuser succède à un Reiner Calmund officiellement démissionnaire, en 2004, pour raisons de santé. Deux ans plus tard, on apprendra que "Calli" a été démis de ses fonctions par le groupe Bayer pour suspicion de fraude. Berbatov donc, arrivé en janvier 2001 en provenance du CSKA Sofia, s’envole en Premier League lors du mercato estival 2006. Cinq années plus tard, il cire le banc à Manchester United et son agent fait alors un appel du pied en direction de B04. Un duo d’attaque Kiessling-Bertatov, avec un Schürrle sur le côté gauche, on a connu pire ! Bien entendu, le deal ne se fera pas, Leverkusen souhaitant "un transfert sans indemnité". Le trentenaire migrera finalement contre 5 millions d’euros vers Fulham et plantera 15 buts en championnat anglais l’exercice passé.
Autre exemple ! Alors qu’un Lucio était acheté 8,5 millions d’euros, lui aussi en janvier 2001, une somme plus que conséquente pour les standards de l’époque pour un défenseur central, aussi talentueux soit-il, le directeur sportif nous annonce "que le marché brésilien est devenu trop cher".
Et nous touchons, ici, au cœur du problème. Le soutien sans faille de la multinationale Bayer s’est transformé en un mécénat discret. Là où Leverkusen aurait besoin d’acheter un ou deux gros calibres afin de passer un cap sur la scène domestique et continentale et conserver son ossature, Rudi Völler, lui, doit "aussi vendre". Schürrle s’envole vers Chelsea à 22 ans, Vidal vers la Juventus Turin a tout juste 24 ans ; ils sont respectivement remplacés par des joueurs, certes talentueux, mais encore plus jeunes : Son a 20 ans lorsqu’il débarque du HSV et Bender prend la succession de la star chilienne à 22 ans seulement.
Völler : "Déposer le brevet Vizekusen a été une profonde idiotie"
L’attaque est directe, frontale. L’ancien attaquant de la Nationalmannschaft, champion du monde en 1990, vise son ancien Président Holzhäuser. Ce dernier, pour des raisons commerciales, avait breveté le surnom peu amène du Bayer Leverkusen, de ce club qui ne gagne finalement jamais rien. Tout l’inverse du caractère d’un Völler. Eric di Meco, ancien coéquipier de l’Allemand à l’OM, me racontait dernièrement qu’en 1993, l’année du titre européen et d’un énième trophée national, alors que tout le monde faisait la fête, que tout était joué, que les rencontres comptaient pour du beurre, Völler invectivait, "engueulait", encore et encore ses partenaires sur les terrains hexagonaux : gagner toujours, l’emporter partout ! Une anecdote significative.
On n’avait pas vu le directeur sportif aussi énervé contre tout le monde depuis 2003 et sa célèbre sortie, en tant que Bundestrainer, après un piteux 0-0 contre l’Islande : "Toutes ces discussions en interne à propos de notre image, c’est de la connerie. On se fait plus petit que l’on est". Holzhäuser ne répondra pas, il n’est plus Président du Bayer Leverkusen. Depuis le 1er octobre, son successeur s’appelle Michael Schade, un pur produit du Konzern Bayer, et un spécialiste de la communication…
Évidemment, les supporters du Werksclub peuvent se raccrocher aux branches. Depuis la raclée subie face à Manchester United, les hommes de Sami Hyypïa ont remporté trois victoires consécutives dont une chanceuse en coupe d’Allemagne contre Fribourg. Le succès, ce week-end dans l’antre du Borussia Dortmund fut même acquis avec une certaine dose de virilité. Cependant, on peut toujours rédiger des publi-reportages et annoncer que tout va bien dans le meilleur des mondes, il reste toujours un doute sur la réelle valeur de cette équipe. Quant à la stratégie du club, elle ne risque pas de changer : Julian Brandt, 17 ans, grand espoir du football allemand, vient d’être recruté.
Si la finale perdue de 2002 contre le Real Madrid (1-2) fut vécue comme un traumatisme, une qualification pour la phase à élimination directe de la Ligue des champions, ce mardi, serait fêtée comme il se doit. A chaque époque ses objectifs. "Neverkusen" risque encore de nous hanter quelques temps.
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