Ridicule. Bidon. Assommante à mourir. La Ligue 1, quoi. Elle est tout ça et bien d'autres choses encore, parait-il. On la brocarde. Gentiment. Ou moins gentiment. Et c'est vrai qu'elle a sûrement plein de défauts cette bonne vieille L1. Il n'empêche que, ces derniers temps, elle tient plutôt bien la distance dans cet alpha et cet oméga que constitue la Ligue des champions. La double qualification du deuxième et du quatrième de Ligue 1 face au leader et au troisième de Premier League égaient évidemment le tableau. Mais si on élargit l'horizon, en prenant comme point de repère les années 2010, elle n'a franchement pas à rougir de son bilan collectif.

On lui dénie pourtant souvent le droit de figurer parmi les "cinq grands championnats". En réalité, il y aurait plutôt quatre championnats et les autres. Mais la L1, malgré ses carences et ses moyens globalement plus limités que ses principales consœurs, parvient quand même à se frayer un chemin. En attendant le dénouement des deux derniers huitièmes de finale ce mercredi soir, qui ne modifiera de toute façon qu'à la marge ce tableau général, la France totalise en six ans sept places de quart de finalistes. Cela la place à peu près au niveau de l'Angleterre et de l'Allemagne (huit, et potentiellement un de plus mercredi), et loin devant l'Italie, qui n'en compte que quatre (peut-être cinq). La L1 est donc dans le peloton de chasse derrière l'intouchable Liga, qui caracole devant avec 13 (et sans doute 14 ce soir) quarts de finaliste.

Ligue des champions
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09/04/2019 À 15:32
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5 clubs différents en quarts en six ans, personne ne fait mieux

Plus étonnant encore, la Ligue 1 peut se targuer de posséder un éventail de clubs unique en Europe à ce niveau. De 2010 à 2015, cinq représentants du Championnat de France se sont glissés dans le grand huit européen : Lyon, Bordeaux, Marseille, Paris et Monaco. C'est un "record". Aucun autre championnat ne fait aussi bien. L'Espagne, l'Angleterre et l'Allemagne sont bloqués à quatre. La Premier League peut ajouter un cinquième élément mercredi en cas d'exploit de City à Barcelone, mais l'hypothèse reste peu probable. En la matière, la L1 est donc devant toutes ses concurrentes.

PaysNombre de clubsClubs
France5Lyon, Bordeaux, Marseille, PSG, Monaco
Espagne4Real, Barcelone, Atlético, Malaga
Angleterre4Chelsea, Manchester Utd, Arsenal, Tottenham
Allemagne3Bayenr, Dortmund, Schalke 04
Italie3Inter, AC Milan, Juventus

Evidemment, c'est à la fois sa force et sa limite. La régularité de la L1 est d'ordre collectif, et tranche avec l'irrégularité individuelle de ses membres. En dispersant ses forces au gré de la conjoncture (Lyon et Bordeaux en 2010, l'OM en 2012, Monaco cette année), la France manque d'une locomotive fiable et durable, comme le sont le Barça et le Real, le Bayern voire Dortmund, ou Chelsea en Angleterre. Des figures de proue qui, année après année, répondent présent. Le Paris Saint-Germain est peut-être en train de changer la donne à ce niveau-là, en jouant un rôle de locomotive. Le club de la capitale dispute cette année son troisième quart de finale consécutif. Comme le Real, le Barça, le Bayern et, peut-être, Dortmund. Charmante compagnie.

Edinson Cavani, Gregory Van der Wiel et Marco Verratti - Chelsea-PSG 2015

Crédit: AFP

La L1 va se heurter à son mur habituel

Reste que si la représentativité générale au stade des quarts de finale vient tordre le cou à l'image d'une Ligue 1 totalement à la rue, fruit d'une bande d'incapables, il constitue aussi un seuil limite. Sur la même période (2010-2015), l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre et l'Allemagne ont remporté la Ligue des champions.  La France, elle, compte dans le même temps... une place de demi-finaliste (Lyon, en 2010, et encore ce fut après un duel 100% français en quarts...). La L1 fait un peu penser au tennis français: une densité appréciable au haut niveau, mais une incapacité à se faufiler dans l'élite la plus fine. Oui, elle tient sa place dans le concert européen, plutôt mieux qu'on ne voudrait le faire croire, mais au prochain tour, elle va se heurter à son mur habituel. Le plus dur commence.

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Pour tenir sur la durée ce bilan plus qu'honorable qui est le sien depuis six ans, il lui faudra, aussi, des moyens lui permettant de rivaliser. La constance du PSG en est la preuve. Derrière, les soubresauts conjoncturels pèsent trop sur les clubs français. La présence de l'AS Monaco en quarts est absolument remarquable, mais elle relève plus de l'exploit que de la logique. Monaco a dû renverser des montagnes par rapport à ses moyens propres. L'Angleterre risque de ne pas avoir le moindre club en quart de finale pour la deuxième fois en trois ans, mais le nouvel accord des droits TV va lui donner une puissance de feu colossale. A ce rythme, la Ligue 1 risque de se sentir toute petite.

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