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Avant Real - Wolfsburg : Zidane a prouvé qu'il était un grand leader, pas encore un grand entraîneur

Zidane a prouvé qu'il était un grand leader, pas encore un grand entraîneur

Le 06/04/2016 à 09:12

LIGUE DES CHAMPIONS - La victoire du Real Madrid à Barcelone (1-2) samedi dernier a été perçue par certains comme le triomphe tactique de Zinedine Zidane. Depuis trois mois qu'il est en poste, le Français s'est pourtant montré bien plus manager que tacticien. Un défi sur lequel il est attendu.

Il n'y avait pas à en douter, samedi soir. La victoire du Real Madrid à Barcelone (1-2), c'était la sienne. Celle qui allait faire du néo-entraîneur en phase d’apprentissage le titulaire à part entière d'un siège chargé d'histoire. Bref, le potentiel acte fondateur de la carrière d'entraîneur de Zinedine Zidane.

Mais que dit réellement cette victoire sur les aptitudes d'entraîneur de ZZ ? Il y a, autour du Français, une double idée reçue, en forme de paradoxe. D'une part, on fait de lui une légende vivante du jeu, forcément apte, forcément bon. D'autre part, semble le guetter un procès constant en illégitimité.

Avec, en filigrane, l'idée selon laquelle Zidane est un bon guide, un bon meneur d'hommes, sans être pour autant un bon entraîneur. Après tout, qui sait quelle idée du foot porte "Zizou" le coach ? Quelle empreinte technique a-t-il donnée à cette équipe ? Peut-il imaginer être, un jour, de la trempe d’un Guardiola ou d’un Ancelotti, de ceux capables de théoriser leur football ?

Le Clasico n'a pas été le révélateur espéré

A cet égard, le Clasico a pu être perçu comme le moment de vérité sur le sujet. Quant au choix des hommes, d'abord, où Zidane s'est distingué par une décision… défensive : titulariser Casemiro et reléguer James Rodriguez et Isco sur le banc. Comme beaucoup d'adversaires du Barça, il a ensuite fait le choix d'une animation essentiellement défensive, consistant – pour résumer – à forcer le Barça à passer par les ailes pour mieux le contrer par la suite.

FC Barcelona Real Madrid

FC Barcelona Real MadridImago

Des documents révélés par As le soir du match semblent attester d'une préparation tactique de haut niveau de la part du technicien français.

Les trois premiers mois passés par Zidane à la tête de l'effectif merengue n'ont donc pas permis d'y voir beaucoup plus clair sur ses idées de jeu. Lorsqu'il fut interrogé à ce sujet, en janvier dernier, il avait vanté son amour du "beau jeu", du "football offensif et équilibré" et sa volonté de "suivre ce chemin". Depuis ? Son plus beau succès, samedi au Camp Nou, fut d'ordre essentiellement défensif. Et les conférences de presse ne livrent pas beaucoup d'informations supplémentaires à ce sujet, si ce n'est quelques formules passe-partout délivrées ici et là :

Zinédine Zidane, entraîneur du Real Madrid

Zinédine Zidane, entraîneur du Real MadridAFP

Consultant pour La Sexta, le journaliste Cristobal Soria a dit, au soir du match, tout le mal qu'il pensait de la tactique du Real. "Vous dites que Zidane a procédé à des innovations tactiques mais qu'a-t-il fait ? Mettre non pas un bus devant les cages, mais deux, a-t-il fustigé. La tactique de Zidane était la même que celle d'Eibar !"

Manager plus qu'entraîneur ?

Entre les intentions et les faits, entre le match forcément particulier face au Barça et la routine presque trop facile de la Liga, difficile, donc, d'avoir une vision précise de ce que Zidane l'entraîneur pense réellement du football. Quand il parle de ses inspirations, l'illustre ancien du Real parle d'Ancelotti (pour "sa relation avec les joueurs"), de Lippi (pour sa "culture de la gagne"), de Guardiola (pour sa capacité à "innover") et plus globalement de tous les entraîneurs dont il regarde "toutes les conférences de presse et les interviews dans les journaux". A chaque fois, donc, des facettes de "manager" plus que de celles d’"entraîneur".

Ses anciens mentors évoquent pourtant un homme que le jeu passionne. "Il avait soif d'apprendre, expliquait Lippi à L'Equipe en 2013. Il connaissait parfaitement la façon dont on était organisés, il s'intéressait à tous les aspects du jeu." Même discours chez Ancelotti, qui expliquait récemment que Zidane avait "vite maîtrisé (…) les concepts tactiques" à ses côtés.

Zinedine Zidane et Carlo Ancelotti

Zinedine Zidane et Carlo Ancelotti AFP

Pas de révolution en trois mois

Sur le plan des statistiques, rien ne permet de dessiner une véritable révolution tactique esquissée par Zidane. Depuis trois mois qu'il a été nommé, le Real a marqué 42 buts et en a encaissé 10. Sur les trois derniers mois de Benitez, le ratio était à 47-14. Des proportions tout à fait comparables.

A défaut de révolution, ce ne sont que quelques évolutions qui semblent avoir été amenées par Zidane. Pour l'instant, le Français parle confiance et état d'esprit, se concentre sur le choix des hommes, soigne sa communication et gère son vestiaire. En quatre mois, cela lui a permis de s'imposer auprès des siens et, en partie, de battre le FC Barcelone samedi dernier.

Zidane s’est donc posé en meneur d’hommes. Et c'est déjà une petite victoire. Mais pour s'imposer durablement et amener le Real aux titres auxquels il prétend, l’ancien Ballon d’Or devra faire plus. Porter et exposer une vision du jeu, influer sur le cours des grands matches, imposer son empreinte technique à son équipe. C'est à cela qu'on reconnaît les grands entraîneurs. Ceux auxquels Zidane aspire à faire partie, un jour.

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