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La parenthèse enchantée

La parenthèse enchantée

Le 17/04/2019 à 13:25Mis à jour Le 18/04/2019 à 08:18

LIGUE DES CHAMPIONS – Un vent de fraîcheur souffle sur l’Europe en ce début de printemps 2019, grâce à l’Ajax Amsterdam, coupeur de têtes des grosses écuries du continent. Après le Real Madrid, le club amstellodamois s’est offert le scalp de la Juventus Turin, rappelant ainsi que la C1 n’appartient pas à ceux qui rêvent de la privatiser.

Des mois qu'il s'y évertue. Des mois qu'il pousse très fort pour que la porte finisse par se refermer sur les doigts des "petits". Manque de pot, cette fois les "petits" ont mis le pied dans l'embrasure et poussé tellement fort que la porte battante lui a rebondi en plein nez. Le pousseur, c'est Andrea Agnelli, patron de la Juventus Turin et boss de l'Association Européenne des Clubs. Il n'a qu'un rêve : que la Ligue des champions soit réservée aux happy few dotés des plus gros portefeuilles du continent. Qu'ils aient une histoire, ce serait un plus. Mais qu'ils aient de l'argent, surtout.

Mardi soir, l'Ajax Amsterdam a mis à mal cette conception élitiste du football européen. Enfin, façon de parler. Car les Néerlandais ont répondu par une autre forme de légitimité, la seule qui devrait compter : celle du terrain. Après avoir mis le Real Madrid à genoux au tour précédent (1-4), les Amstellodamois ont mis Turin au supplice (1-2) et se sont fait les porte-parole bien involontaires d'une majorité silencieuse, réduite à rester aux portes des grands rendez-vous.

Matthijs de Ligt

Matthijs de LigtEurosport

Il y a peu, Mediapart publiait une nouvelle salve de Football Leaks dans laquelle on apprenait que les puissants du football européen préparaient une SuperLigue pour 2021, avec seize invités triés sur le volet. Et desquels l'Ajax Amsterdam ne faisait pas partie. Pourquoi donc ? En raison de la taille de son compte en banque, évidemment. Mais, aussi, parce que le club néerlandais "n'avait pas assez gagné au plus haut niveau". Oui, vous avez bien lu l'Ajax "n'avait pas assez gagné au plus haut niveau". Entre cynisme, mauvaise foi et méconnaissance crasse, on hésite… Une chose est sûre : sur le front de la Ligue des champions, seuls le Real Madrid, l'AC Milan, le FC Barcelone, Liverpool et le Bayern ont plus ramassé de C1 que les Ajacides dans leur histoire.

L'émotion, surtout

Mais après tout, l'Ajax n'aurait pas autant gagné et marqué le football européen que cela ne serait pas une excuse pour l'en éloigner des hauteurs, comme la Ligue des champions s'évertue à le faire depuis qu'elle restreint un peu plus les pays et clubs conviés au grand raout du milieu de semaine. Le nœud du problème est avant tout philosophique : pourquoi les clubs les plus riches du continent seraient-ils plus légitimes que les autres à disputer une Ligue des champions qui n'a jamais aussi mal porté son nom ?

Ce qu'Amsterdam nous rappelle depuis le début de l'hiver, c'est que le football est aussi et avant tout une affaire d'émotions et de sentiments. Ce n'est pas pour rien que l'Europe entière se pâme devant cet Ajax qui n'avait plus été aussi fringant depuis plus de deux décennies en C1. Parce que la fraîcheur venue du nord fait un bien fou. A défaut d'être éternelle.

Car ne nous y trompons pas : ce printemps révolutionnaire a de fortes chances d’être sans lendemain. La parenthèse est enchantée, certes, mais elle reste une parenthèse qui, comme toutes les autres, est appelée à se refermer. Et cela arrivera probablement dès cet été quand De Jong (déjà signé par le Barça) et une grande partie de ses copains auront quitté les bords de l'Amstel, happés par des plus riches que le club qui les a vus naître et grandir footballistiquement.

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Il reste les souvenirs

L'Ajax repartira, peut-être auréolé d'une cinquième C1, dans une nouvelle phase de construction dont on espère que l’Europe ne sera pas privée quand Agnelli, Rummenigge et les autres auront un peu plus refermé la Ligue des champions à l'horizon 2024. Qu’on le veuille ou non, que l’on s’en désole ou pas, cela finira par arriver.

Les années 70 ont eu un grand Ajax, qui a marqué le football à jamais. Les années 90 ont également eu le leur, qui a fait souffler le vent du renouveau sur le continent et est passé à deux tirs aux but près d'un doublé en C1. Sur le tard, les années 2010 ont fini par avoir un aperçu de la magie de ce club.

Chaque génération d’amoureux du ballon rond a des souvenirs liés à l'Ajax Amsterdam. Fermer la Ligue des champions dans un futur proche, c'est potentiellement priver nos enfants de ce que nos parents et nous avons vécu grâce à cette formidable école de jeu, hier et aujourd'hui. Personne n’en a envie. A part ceux qui poussent derrière la porte.

La joie des joueurs de l'Ajax, qualifiés pour les demi-finales de la C1, après leur victoire sur la pelouse de la Juve (1-2) / 16/04/2019
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