Du match incroyable réalisé sur la pelouse du Santiago-Bernabeu en huitième de finale retour de la Ligue des champions 2018/2019 (victoire 4-1), il ne reste que six titulaires. Pour Matthijs de Ligt, Lasse Schøne et Frenkie de Jong, ce parcours européen a déclenché une vague immédiate d’intérêt. Donny van de Beek et Hakim Ziyech sont restés un an de plus à Amsterdam et n’ont fait leurs valises que cet été. Direction la richissime Premier League.

Si l’on ajoute les remplaçants Kasper Dolberg, Joël Veltman Dani de Wit, Bruno Varela et Daley Sinkgraven, tous partis depuis, l’effectif de l’Ajax ne recense actuellement plus que 8 joueurs de la feuille de match à Madrid. La fin d’une génération talentueuse qui aura rythmé les rêves les plus fous et réactivé les glorieuses heures européennes des Ajacides.

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Dès lors, la question s’est rapidement posée. Ce parcours extraordinaire allait-il pouvoir devenir un peu plus ordinaire ? La réponse a été cinglante avec une élimination en phase de poules de la C1 la saison passée malgré de très bons matches et quelques décisions arbitrales peu à l’avantage des Bataves. La défaite contre Getafe en 16es de finale de l’Europa League a eu tout autant de mal à être digérée. Cette année, l’Ajax retente sa chance dans un groupe compliqué, composé de Liverpool, de l’Atalanta et de Midtjylland, une équipe bien plus difficile à affronter qu’il n’y paraît.

Des recrues en échec

Savoir vendre et savoir acheter ne sont pas deux compétences toujours liées dans les profils des directeurs sportifs ou techniques. En ce sens, le recrutement de l’Ajax ces derniers mois peine à porter ses fruits. De nombreuses interrogations entourent notamment l’arrivée de plusieurs joueurs du continent américain, nouveau territoire d’expression de l’Ajax qui avait lancé une campagne médiatique et commerciale ambitieuse aux Etats-Unis (ouverture d’un bureau à New York), au Brésil, en Argentine et au Mexique, à la fin de sa belle épopée européenne en mai 2019.

En parallèle de cette offensive en Amérique du Nord, en Amérique centrale et en Amérique du sud, préparée de longue date, le club a fait signer plusieurs représentants de ces zones géographiques : Lisandro Magallan, Lisandro Martinez, Edson Alvarez, Giovanni et Antony.

Le défenseur central argentin est reparti six mois après son arrivée à Amsterdam, d’abord en prêt à Alaves pour l’édition 2019/2020 puis à Crotone cette saison. Le défenseur central mexicain est lui aussi en plein échec aux Pays-Bas. Scouté par les plus grands clubs européens, il ne s’est imposé ni en charnière centrale ni au milieu de terrain chez les Ajacides. Erik ten Hag a multiplié les expérimentations avec lui sans succès. Même chose avec Lisandro Martinez, aligné d’abord en charnière avant de passer au milieu de terrain. S’il a montré un peu plus de qualités qu’Alvarez dans l’entrejeu, les arrivées de Mohammed Kudus et Davy Klaassen lors de cette intersaison risquent d’assombrir son avenir.

Lisandro Martinez, recrue de l'Ajax venue d'Amérique Latine qui tarde à s'imposer

Crédit: Getty Images

Un autre milieu de terrain a quant à lui déjà fait ses bagages. Recruté pour remplacer Frenkie de Jong, le Roumain Razvan Marin a rapidement été écarté par Ten Hag après des premières prestations insipides, sans que l’on s’explique une telle sanction, sans possibilité de nouvelle mise à l’essai. Les 12,5 millions d’euros dépensés pour son arrivée se sont transformés en un prêt avec option d’achat cet été à Cagliari.

Quant à Quincy Promes, si sa relation sur et en dehors du terrain avec Hakim Ziyech a fait quelques étincelles la saison passée, l’ailier néerlandais n’a pas retrouvé son meilleur niveau ni une continuité suffisante pour les ambitions de l’Ajax, en plus de quelques pépins physiques très frustrants.

Un trésor de guerre en réponse au coronavirus

Si les 60 millions d’euros dépensés en juillet et août 2019 ont finalement produit assez peu d’effets positifs sur le terrain, l’Ajax continue d’avoir des moyens pour investir. Elle peut s’appuyer sur un petit trésor de guerre constitué grâce aux très grosses ventes de ces deux dernières années (un peu plus de 300 millions d’euros). La chance de l’Ajax est d’avoir de gros actifs dans son effectif avec des jeunes joueurs talentueux extrêmement prisés par les plus grands clubs européens. Frenkie de Jong (Barça), Matthijs de Ligt (Juve), Hakim Ziyech (Chelsea), Donny van de Beek (Manchester United) et Sergino Dest (Barça) évoluent tous parmi les dix plus gros clubs européens du moment et leurs transferts ont rapporté gros.

Malgré la crise du coronavirus et l’arrêt de l’Eredivisie en mars, couplé à une campagne européenne décevante, l’Ajax a terminé l’exercice financier 2019/2020 avec un résultat positif après impôts de 20,7 millions d’euros. La vente de joueurs a permis de compenser la baisse des revenus liés aux droits TV (domestiques avec l’arrêt du championnat ; européens avec des résultats moins bons qu’en 2018/2019) ainsi que ceux issus de la billetterie (abonnement, VIP, jour de match) qui représentent une grande source de revenus pour le club amstellodamois (estimés à 35 millions par saison). Le même scénario est attendu cette saison avec la prise en compte des transferts de Van de Beek, Ziyech et Dest.

Hakim Ziyech, transféré de l'Ajax Amsterdam à Chelsea, a rapporté gros

Crédit: Getty Images

Toujours ce mélange entre jeunes joueurs en quête d’expérience et vieux briscards

Le club qui possède plus de 120 millions d’euros en réserve à l’heure actuelle a décidé de continuer sa politique ambitieuse en matière de recrutement et de masse salariale. Davy Klaassen a ainsi rejoint cet été la liste des joueurs expérimentés aux salaires imposants, en compagnie de Dusan Tadic et Daley Blind, revalorisés pour éviter la tentation des offres extérieures (Chine notamment). C’est un retour aux sources pour l’ancien capitaine de l’Ajax, parti en 2017 à Everton, avant deux saisons à Brême. Le voilà de retour à la maison à 27 ans seulement. Tout en continuant à promouvoir certains espoirs de l’académie, les dirigeants ont aussi recruté deux jeunes talentueux avec Antony (Sao Paulo, 20 millions d’euros) et Mohammed Kudus (Nordsjaelland, 9 millions d’euros).

Ryan Gravenberch (2002) a également obtenu une place de titulaire, lui qui est présenté comme l’un des joueurs les plus prometteurs du centre de formation depuis de longues années. Devant les échecs des expérimentations avec Edson Alvarez et Lisandro Martinez, et avec le départ de Joël Veltman à Brighton, Per Schuurs (1999) a son rond de serviette en charnière centrale aux côtés de Daley Blind. Jurrien Timber (2001) apparaît désormais en équipe première et on attend aussi la confirmation des premiers pas intéressants de Naci Ünüvar (2003).

Quelques voix discordantes s’élèvent

Chez certains anciens joueurs et formateurs de l’Ajax, la stratégie d’investissement des dirigeants est critiquée. L’absence de réussite des joueurs récemment recrutés (Magallan, Marin, Lisandro Martinez, le prêt de Ryan Babel l’hiver dernier...) va dans leur sens. Ils estiment que les recrues devraient apporter un vrai plus sur le terrain (et en dehors également) comme Dusan Tadic, Daley Blind ou Hakim Ziyech, permettant aux jeunes de l’académie d’être encore plus sollicités en équipe première.

A l’inverse, recruter pour recruter leur semble peu en accord avec la philosophie fondatrice de ce club. Ils notent également qu’il s’agit d’une véritable dépense inutile d’un argent gagné avec des joueurs formés ou post-formés et ensuite vendus à prix d’or. Le message est le suivant : il faut continuer à donner de gros moyens à l’académie pour qu’elle fasse éclore la génération de demain qui permettra à l’Ajax d’avoir des ambitions européennes, une équipe avec un fort ADN amstellodamois et des joueurs qui assureront le train de vie économique du club avec leur vente.

Au moment de l’annonce de la venue du Brésilien Antony (2000) pour une vingtaine de millions d’euros en février dernier, Marco van Basten n’avait lui non plus pas mâché ses mots sur le plateau de Fox Sports, diffuseur du championnat néerlandais. "A l’Ajax, ils ont une grande bouche et répètent que leur académie est exceptionnelle, avait expliqué le triple Ballon d’Or. Et puis, au final, vous achetez un jeune joueur qui vous coûte une tonne d’argent. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Si tu te tapes sur la poitrine de manière si orgueilleuse en disant que ton académie est top, alors c’est ridicule de dépenser 25 millions d’euros pour un jeune joueur qui évolue au Brésil. Le centre de formation est le diamant de l’Ajax. L’argent doit être mis sur des joueurs d’un certain âge, d’un niveau supérieur, qui vont les guider au plus haut niveau, comme Tadic et Blind. C’est ça la clé entre jeunesse et expérience."

Antony, le jeune Brésilien recruté à prix d'or par l'Ajax

Crédit: Getty Images

Les surprenantes expérimentations d’Erik ten Hag

Erik ten Hag est aussi quelque peu chahuté par quelques observateurs, consultants et supporters. Le technicien batave a été à l’école Guardiola au Bayern Munich et cela se voit sur le terrain. Il est de ces entraîneurs à l’affût de la moindre expérimentation tactique, quitte à sortir leurs joueurs de leur zone de confort et de leur zone habituelle d’expression. C’est ainsi que Ten Hag a essayé Alvarez et Lisandro Martinez en charnière centrale et au milieu, que Quincy Promes s’est retrouvé à trois reprises comme meneur de jeu en ce début de saison ou que Dusan Tadic a été aligné de manière surprenante sur le côté gauche, lui qui avait donné entière satisfaction en faux numéro 9 depuis son arrivée. Lors des quatre premières journées, l’entraîneur néerlandais a même positionné Zakaria Labyad, milieu offensif, à la pointe de l’attaque. Un véritable fiasco.

Il y a une dizaine de jours, Wim Kieft, ancien international néerlandais et vainqueur de l’Euro 1988, avait appelé Ten Hag "à arrêter les expérimentations" lors d’une chronique dans le quotidien De Telegraaf. Dans ce même journal, le journaliste emblématique Valentijn Driessen parlait d’une pression sur l’entraîneur de la part des dirigeants pour faire cesser cette politique de l’essai permanent en ce début de saison. Contre Heerenveen, l’Ajax s’est présenté avec un vrai numéro 9 (le jeune Traoré) et un milieu de terrain bien plus complémentaire, composé de Gravenberch et Klaassen devant la défense et Kudus un cran plus haut. Le milieu de terrain ghanéen est l’une des rares satisfactions du début de saison. Son profil mêle qualité de percussion, aisance technique, densité physique et volume de course. Très à l’aise pour combiner avec les deux autres membres du milieu et les ailiers, il pourrait bien être la belle révélation de la saison.

Cette victoire contre Heerenveen (5-1) marque-t-elle le vrai début de la saison de l’Ajax ? Au cœur de la meilleure prestation de la saison, Ten Hag semble avoir trouvé son milieu de terrain et a momentanément fait taire les critiques. Avec un effectif enfin au complet, l’Ajax se présente face à Liverpool, finaliste lors de deux des trois dernières éditions de la compétition. Ces Reds semblent un bon cran au-dessus en C1. Le club néerlandais se rappellera peut-être que l’on disait la même chose du Real Madrid à l’aube des huitièmes de finale de la Ligue des champions 2018-2019. La double confrontation s’était achevée par un ballet harmonieux et spectaculaire des bataves sur la pelouse du Bernabeu. Bis repetita ?

Dusan Tadic et ses coéquipiers lors de Real Madrid-Ajax en Ligue des champions

Crédit: Getty Images

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