Dans le pays du Calcio, la patience n'est pas vraiment mère de toutes les vertus. Encore moins du côté de celle qui est souveraine depuis maintenant neuf ans dans la Botte : la Juventus Turin. Là-bas, dans la partie blanche et noire du Piémont, une phrase signée du légendaire Giampiero Boniperti est inscrite au fer rouge : "Vincere non è importante, è l'unica cosa che conta". Traduisez : "Gagner n'est pas important, c'est l'unique chose qui compte".

Alors, en ce début de saison sur courant alternatif pour les joueurs du novice Andrea Pirlo, chaque détail est scruté, épié, analysé par la critique. Parfois convaincante, souvent un peu moins, la Juve est en travaux. En bon chef de chantier, l'ancien milieu de terrain va devoir trouver des solutions. Samedi, après le triste match nul sur le terrain de Benevento (1-1), il a commencé à mettre des mots sur les maux.

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"Manque de personnalité" et projet jeunesse

"Je ne m'explique pas le changement de rendement en un seul et même match, déplorait Pirlo. C'est ce que j'ai demandé aux joueurs. Il fallait gérer le match d'une manière différente. Nous avons beaucoup de jeunes et peu de joueurs avec de la personnalité." Orpheline de Cristiano Ronaldo, laissé au repos, la Juve a (encore) étalé toutes ses lacunes psychologiques. Cette saison, elle a notamment laissé filer des points contre Crotone (1-1) et Benevento (1-1), deux promus. Ou encore deux autres points à la dernière seconde sur la pelouse de la Lazio (1-1). Face au modeste Ferencváros, en Ligue des champions, elle a dû attendre l'entrée de son sauveur Alvaro Morata pour l'emporter in extremis (2-1).

Cristiano Ronaldo balle au pied face à Cagliari en Serie A, sous le regard de son coéquipier à la Juve, Alvaro Morata - 21/11/2020

Crédit: Getty Images

Manque de concentration, incapacité à maintenir l'intensité pendant 90 minutes : la Vieille Dame est parfois trop distraite. Elle l'est encore plus quand ses leaders (Chiellini, Bonucci, Ronaldo) ne sont pas là. Matthijs de Ligt, arrivé à l'été 2019, semble disposer de toutes les caractéristiques nécessaires pour récupérer le flambeau, en témoigne son attitude après le coup de sifflet final samedi. C'est lui, du haut de ses 21 ans, qui a calmé ses coéquipiers et son entraîneur, passablement énervés auprès l'arbitre de la rencontre. Il faut dire que depuis le dernier mercato estival, la Vieille Dame a quelque peu rajeuni. Des vieux briscards comme Miralem Pjanic (30 ans), Gonzalo Higuain (32 ans) et Blaise Matuidi (33 ans) sont partis. Douglas Costa (30 ans) a lui aussi fait ses valises. Pour les remplacer, Weston McKennie (22 ans), Arthur (24 ans), Álvaro Morata (28 ans), Federico Chiesa (23 ans) et Dejan Kulusevski (20 ans) sont notamment arrivés. La moyenne d'âge, 29 ans la saison passée, passée à 27.

La dépendance Ronaldo, l'inquiétude Dybala

C'est un concept pas vraiment innovant, on vous l'accorde. Mais il mérite quand même d'être rappelé tant il est éclatant : la Juve ne peut se passer Cristiano Ronaldo. Laissé au repos pour le déplacement à Benevento, le quintuple Ballon d'Or a une nouvelle fois terriblement manqué aux siens. Avant le week-end dernier, CR7 représentait à lui tout seul 57% des réalisations des Bianconeri cette saison. Avec 8 buts en 5 matchs de championnat, il réalise le meilleur début de saison de sa carrière (à égalité avec sa saison 2015-2016 au Real Madrid, ndlr). A 35 ans. Ronaldo, qui a également été absent après avoir testé positif au Covid-19, marque un but toutes les 48 minutes en Serie A. Quand il est absent, la Juve patine. Sans lui, le bilan est famélique en 5 matches : 1 victoire, 3 nuls et 1 défaite.

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Dans cette Juve en chantier, Cristiano Ronaldo est l'une des seules garanties. Il est celui qui tire ses coéquipiers vers le haut, celui qui peut changer un match en une action, une passe, un coup d'oeil. C'est un repère pour tout le monde. "Ronaldo est un joueur très important, ce n'est pas nouveau. Il l'a été avec le Real Madrid et avec ses clubs précédents. C'est le genre de joueur qui fait toujours la différence et pour marquer des buts, mais nous devons gagner ce genre de match avec ou sans Ronaldo", a prévenu Pirlo samedi dernier. L'entraîneur de la Juve n'a pas tort. Même sans sa lumière, son équipe ne peut retomber dans l'ombre face à des "petites" équipes comme Crotone et Benevento. Auteur de 8 buts en 11 matches toutes compétitions confondues, Alvaro Morata ne peut pas tout faire non plus.

Méconnaissable, Paulo Dybala traverse l'une des pires périodes de sa carrière. En manque de confiance et de repères sur le terrain, la "Joya" a perdu de sa superbe. Plus rien ne semble lui réussir, pas même une simple passe. Face à la Lazio, c'est lui qui perd un ballon pourtant simple à garder sur la dernière action du match. Trente secondes plus tard, le club romain égalisait. Tous ses chiffres sont en baisse, comme les occasions créés (2,19 en moyenne la saison passée, 1 cette saison), les dribbles réussis (1,97 contre 1,40) et les tirs cadrés (1,09 contre 0,40). Mais où est donc passé celui qui a été élu meilleur joueur de la Serie A la saison passée ? Les nombreuses discussions autour de son avenir pourraient également avoir leur influence, sa prolongation étant actuellement au point mort. Une chose est sûre : Dybala doit se retrouver. Et la Juve doit retrouver Dybala.

Milieu fragile

Propulsé à l'intersaison sur le banc laissé vacant par Maurizio Sarri, Andrea Pirlo apprend le métier sur le terrain. Un véritable test grandeur nature, dans l'espoir qu'il ne se transforme pas en crash test pour le champion du monde 2006. Pour l'heure, la situation n'est pas alarmante. Quatrième de Serie A (à 6 points de l'AC Milan, leader), la Juve est qualifiée pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions. Ce qui interroge beaucoup plus, c'est la copie parfois rendue par son équipe. Le 21 novembre, face à Cagliari, elle était presque parfaite. Les deux suivantes (Ferencváros et Benevento) beaucoup moins. Comme si le pressing tout terrain admiré contre le club sarde avait soudainement disparu.

Le Rabiot de Pirlo, la pièce manquante du puzzle des Bleus

Cette saison, la Juve peine notamment dans la phase sans ballon. Comme coupée en deux, elle peine à filtrer les contres adverses, notamment en raison des espaces entre les lignes et un bloc beaucoup trop étiré sur le terrain. Face à Benevento, le duo du milieu Rabiot-Arthur a pris l'eau, se faisant prendre bon nombre de fois dans son dos et laissant un boulevard entre les lignes aux hommes de Pippo Inzaghi. A la perte du ballon, la Juve aimerait le récupérer (dans l'idéal) le plus haut possible. Mais le pressing est souvent individuel, pas vraiment collectif. La passivité sur certaines actions défensives doit également être corrigée par Mister Pirlo. Quand elle se fait bousculer, la Juve a souvent trop tendance à vaciller. Ses adversaires l'ont bien compris, n'hésitant pas à l'attendre pour mieux la punir avec notamment des transitions rapides. Pour résumer, l'équipe piémontaise est beaucoup trop passive sur certaines phases de jeu.

"On doit apprendre à les interpréter, expliquait Pirlo le week-end dernier. Quand il manque certains joueurs d'expérience, on a un peu plus de mal. Quand les matches deviennent un peu plus ‘bruts’, on ne gagne pas. Nous sommes meilleurs quand nous avons la possibilité de poser le jeu et le ballon, mais les matches ne sont pas toujours comme ça. Nous devons apprendre à tuer certaines rencontres." Après son match contre le Dynamo Kiev, mercredi, la Juve disputera le derby face au Torino samedi (18h). Déjà freinée par cinq nuls lors des neuf premières journées (une première depuis la saison 2001-2002), la Vieille Dame n'a plus de temps à perdre. Au risque de perdre son trône.

Andrea Pirlo

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