C'était un virage pas vraiment simple à négocier. Même avec l'expérience que peut avoir une Vieille Dame. Il y a maintenant presque deux ans, en juin 2019, la Juventus avait décidé de changer de projet de jeu. Radicalement. Après cinq saisons victorieuses avec Massimiliano Allegri, les dirigeants piémontais, certains que leur équipe pouvait exprimer un jeu plus agréable, offensif et donc moins ennuyeux, annonçaient la fin de l'histoire avec l'entraîneur toscan. Pas avec le sourire, certes, comme conscients du risque encouru. Mais également impatients de démarrer une nouvelle aventure avec celui qui fut à deux doigts de rompre l'hégémonie bianconera avec son Napoli : Maurizio Sarri. Ou l'homme qui incarnait le beau jeu avec ses dogmes et ses principes.
Mais tout de suite, l'idée a fait tiquer. L'ex-coach napolitain était également celui qui a longtemps contesté le pouvoir du "palais", sous-entendu la Juve et une présumée omnipotence. "Il faut peut-être un maillot à rayures pour avoir un penalty", avait-il également lancé dans un après-match. Autant dire que le mariage était voué au divorce dès le premier jour. Comme si les deux étaient incompatibles. Encore plus avec ce paradoxe : Sarri a toujours fait passer le jeu avant les victoires, la Juve a toujours estimé que "seule la victoire compte", comme déclaré jadis par la légende Giampiero Boniperti. Une saison, un scudetto et une vague de critiques plus tard, la séparation était officielle. Sans vraiment de traces du beau jeu tant attendu.

Changement de cap

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Sarri parti, la Juve ne change pas d'idée directrice pour autant : continuer à gagner, évidemment, mais en exprimant un jeu plaisant. Le projet rajeunissement est lancé, l'effectif change et le novice mais intrigant Andrea Pirlo est nommé. L'ancien milieu de terrain décroche peu après son diplôme d'entraîneur. Avec une thèse largement relayée : "Je veux que l'équipe joue au football total afin que 11 joueurs participent à la fois à l'offensive et à la défensive (...). Deux principes clés de mon jeu sont liés au ballon : nous voulons et devons le contrôler autant que possible et, lorsque nous le perdons, nous le récupérons immédiatement", y écrit-il notamment.
Séduisant sur le papier, moins simple à mettre en pratique. Encore plus dans un grand club comme la Juve, où besoin de temps et obligation de résultats sont une équation à la solution presque impossible. "Mister" Pirlo a bien tenté de les mettre en pratique cette saison, avant de revenir à plus concret plus basique. "Quand tu joues tous les trois jours et que tu n'as presque que des internationaux, c'est difficile de travailler en profondeur", lâchait-il il y a quelques semaines.

Andrea Pirlo - Napoli-Juventus - Serie A 2020/2021 - Getty Images

Crédit: Getty Images

Aujourd'hui, la Juve est quatrième de Serie A avec un match en moins. Et donc potentiellement à cinq points de l'Inter Milan, nouveau leader depuis le week-end dernier. Les Bianconeri ont également remporté la Supercoupe d'Italie, en plus de se qualifier pour la finale de la Coupe d'Italie et en huitièmes de finale de la Ligue des champions. Avec un tirage abordable face à Porto, dont le match aller a lieu ce mercredi soir. Le bilan de mi-saison est donc loin d'être mauvais. Mais plusieurs enseignements peuvent déjà être tirés, en attendant les traditionnelles conclusions de fin de saison. Comme branchée sur courant alternatif, la Juve est décidément bien difficile à cerner. Parfois convaincante, d'autres beaucoup moins. Un coup oui, un coup non. De vraies montagnes russes. Même si la tendance des dernières semaines révèle globalement un changement de cap. Reste à savoir si celui-ci se fera à long ou moyen terme.
Conscient de certaines difficultés et fragilités, Pirlo a décidé de rendre son équipe plus "solide" lors de certaines rencontres, avec un bloc plus bas et regroupé à la perte du ballon. Au détriment du beau jeu, comme lors de la réception de l'AS Rome il y a une dizaine de jours. Dans la Botte, certains s'interrogent donc sur la nécessité de s'être séparé de Max Allegri. Est-ce donc le come-back de la Juve "Allegriesque", pas toujours belle mais victorieuse ? "Je suis heureux d’être comparé à Allegri et cela ne me dérange pas du tout, plaisantait Pirlo après la victoire face à l'Inter en demi-finale de la Coupe d'Italie. Si je dois gagner ce que lui a gagné, vous pouvez m'appeler comme ça sans aucun problème."

Le retour en force de Chiellini

Face aux Giallorossi, la Juve était parvenue à s'imposer avec peu d'occasions, une belle gestion défensive et une sacrée dose de cynisme (trois tirs au total, tous de Cristiano Ronaldo). Résultat final : 2-0. Cette saison, Pirlo est globalement resté fidèle à ses principes. Mais parfois, il en a également exploré d'autres. Moins flamboyants mais efficaces. Comme face à la Roma, donc, ou bien face à la Lazio (1-1) et lors des deux matches de C1 face au Barça. Avec deux résultats opposés : défaite à l'aller, victoire au retour. Dans ces rencontres, le technicien de la Juve a adopté une attitude plus conservatrice, basée sur une défense de positions, des lignes basses/serrées et principalement des contres. Le but ? Limiter les forces de l'adversaire et combler les faiblesses souvent observées cette saison côté Juve, comme le déséquilibre à la perte du ballon. De retour, Giorgio Chiellini a largement contribué à cette nouvelle solidité. Avec lui sur le terrain, son équipe a réalisé quatre clean sheets en championnat sur les six totalisés. Pas un hasard.
De son côté, Pirlo assume. "On avait préparé ce genre de match, expliquait-il après la victoire face à l'AS Rome. On savait que ce serait difficile d'aller chercher la Roma plus haut et avec intensité. On voulait donc attendre et contrer (...) C'est difficile de voir une équipe toujours agressive, à chaque moment du match. Parfois on l'a fait, parfois on a attendu en étant très bas. On a très bien défendu." Avec 19 buts encaissés, la Juve possède actuellement la meilleure défense en Serie A. Comme au bon vieux temps. Mais devant, l'attaque est en berne.

Heureusement, il y a Ronaldo...

Depuis le début du championnat, la Vieille Dame a inscrit 41 buts. Soit la sixième attaque derrière l'Inter (54), l'Atalanta (49), la Roma (47), le Napoli (45) et Milan (45). Et sur ces 41 buts, Cristiano Ronaldo en a inscrit... 16. Plus que tous ses compères d'attaque réunis : Chiesa (5), Morata (4), Kulusevski (3) et Dybala (2). Quand CR7 ne marque pas, ce n'est pas vraiment la folie. Lors des six matches nuls de la Juve cette saison en championnat, le quintuple Ballon d'Or était absent à trois reprises. Et lors des trois défaites, il n'a pas marqué et ses coéquipiers n'ont pas pris le relais.
Même chose en C1 lors du match aller face au Barça (0-2), où Ronaldo était absent après avoir contracté le Covid-19. Pas de CR7, pas de but. "Voilà maintenant 18 jours que la Juve n'a pas marqué avec un autre joueur que Cristiano Ronaldo, écrivait La Gazzetta dello Sport. C'était lors du match face au Genoa. Depuis, un but de CR7, un autre contre son camp d'Ibanez et deux matches de suite sans avoir inscrit un but." Cette saison, Cristiano Ronaldo affiche une moyenne d'un but toutes les 96 minutes.

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Avec son rendement actuel, la Juve de Pirlo a la deuxième moins bonne attaque de l'ère des neuf scudetti. Il n'y a que la première, celle de la saison 2011-2012 avec Antonio Conte, qui faisait pire avec 33 buts. Mais au final, le scudetto était quand même arrivé. De quoi rassurer les tifosi de la Vieille Dame, même si la meilleure défense ne gagne plus automatiquement le championnat comme à l'époque. Le retour de Paulo Dybala, absent depuis plus d'un mois, est particulièrement attendu. Malgré une période compliquée, la Joya reste une source de danger et d'imprévisibilité. Face à des blocs bas, comme lors de la défaite à Naples samedi dernier (1-0), il peut être utile à la Juve. A condition, évidemment, d'être celui des 17 buts la saison dernière. Avant le match aller face à Porto, Pirlo peut toutefois se consoler avec une stat' : depuis le début de sa carrière, Cristiano Ronaldo a inscrit 67 buts en 81 matchs à élimination directe en C1. Forcément, ça peut aider à avancer. Et à marquer.
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