C'est une écoute téléphonique qui a rapidement éveillé les soupçons de la brigade financière italienne. D'un côté du fil, Federico Cherubini, directeur général de la Juventus. De l'autre, Cesare Gabasio, l'un des avocats du club piémontais. Nous sommes le 23 septembre dernier, cinq jours après la validation du bilan économique de l'année. Au sujet de la conversation, le transfert de Cristiano Ronaldo à Manchester United fin août. "Ce matin, j'ai eu une discussion avec le "pres" (il s'agit vraisemblablement d'Andrea Agnelli, le président de la Juve, selon les enquêteurs, ndlr), s'exclame Gabasio. Je lui ai dit : 'moi je n'arriverais pas à les poursuivre en justice'. Fede, je t'explique juste car nous avions ce papier là, ce fameux papier qui, théoriquement, ne doit pas exister... Tu sais que si ça sort, on aura... Ils nous sauteront à la gorge pour tout le bilan... Après peut-être que nous devons faire une fausse négociation."
Il poursuit : "Je ne pourrais pas arriver à l'extrême... de faire une plainte parce que ce papier qu'ils pourraient ressortir ne nous aide pas beaucoup, dans notre bilan." Depuis quelques semaines, la brigade financière italienne a en effet décidé de se pencher sur une série de transferts concernant les clubs de Serie A. Au total, soixante-deux sont passés au crible, et quarante-deux concernent la Vieille Dame. L'enquête concerne les mouvements de joueurs de ces trois dernières saisons, et sur la manière dont les résultats financiers annuels ont été présentés, entre 2019 et 2021.
Serie A
Le Milan et la Juve renvoyés dos à dos
23/01/2022 À 21:41
Selon les médias, les enquêteurs s'intéressent à un total de 282 millions d'euros de plus-values déclarées par le club. Sept dirigeants de la Juve sont dans le collimateur des enquêteurs. Le club a confirmé que figuraient parmi eux le président Andrea Agnelli, le vice-président et ancien joueur tchèque Pavel Nedved, ainsi que l'ancien directeur sportif Fabio Paratici, qui travaille désormais en Angleterre, à Tottenham. Federico Cherubini, et plus récemment Cesare Gabasio, les deux hommes du fameux appel évoqué ci-dessus, sont eux aussi visés.
Very important paper
Lors de leurs perquisitions dans les bureaux de la Juventus, la brigade financière a longtemps cherché ce fameux "papier" cité dans la conversation. Le domicile de Gabasio a même été longuement fouillé la semaine passée. En vain. La presse transalpine assure qu'il reste introuvable, et que les interrogatoires effectués n'ont pas vraiment été productifs. "Questionné pendant neuf heures, Gabasio n'a pas clarifié la signification de cette conversation", rapportait La Stampa, quotidien qui appartient au groupe EXOR, actionnaire principal de la Juve, il y a quelques jours. De son côté, le parquet de Turin expliquait être à la recherche d'un document "comptable", "bancairement extra-comptable" lié "à la vente de Cristiano Ronaldo à Manchester United". Mais alors, de quoi pourrait-il s'agir ?

Ronaldo s’est-il trompé de Manchester cet été ?

"Il s’agirait d’une négociation entre Cristiano Ronaldo et la Juve au moment de son départ. Le parquet suspecte une possible dette non comptabilisée par le club”, écrivait le quotidien piémontais. Plusieurs hypothèses pour la presse transalpine : un paiement de certains arriérés de salaire, le versement d'une indemnité de départ... Le flou demeure. "Aucun dirigeant de la Juventus ne dit avoir eu connaissance de ce document, écrivait La Gazzetta dello Sport le 3 décembre dernier. Il deviendrait presque un vip : very important paper." Concerné par cette affaire, Cristiano Ronaldo pourrait-il lui aussi être convoqué par la justice italienne ? "S'ils ne trouvent pas ce papier, une tentative extrême avec Jorge Mendes, son agent, pourrait être faite", assurait le média. Mardi, Tuttosport assurait toutefois que les enquêteurs avaient abandonné les recherches de la désormais fameuse "Carta CR7" ("Papier CR7" en italien, ndlr).

Le transfert d'Osimhen également dans le viseur

Du côté de la Juve, on assure que cette enquête, baptisée "Prisma", n'inquiète pas. "La sérénité est totale, a récemment commenté Massimiliano Allegri, l'entraîneur des Bianconeri. Le club a fait des communiqués et des professionnels sont au travail pour régler tout ça. Le club transmet à l'équipe beaucoup de tranquillité". Le capitaine Giorgio Chiellini assurant quant à lui que "tout ce qui touche" à son club "est toujours amplifié par un million".
La Vieille Dame est "convaincue de pouvoir faire toute la lumière" sur les aspects comptables contestés, a assuré mardi dernier John Elkann, le PDG d'Exor. "Le club collabore avec les enquêteurs et est convaincu de pouvoir faire la lumière sur les aspects contestés", a-t-il ajouté, selon des propos rapportés par les médias italiens. "Dans le parcours d'un club, il y a des moments difficiles et l'important est de les affronter. Je suis certain que l'avenir de la Juventus sera aussi grand que son passé", a ajouté le dirigeant de la holding de la famille Agnelli.
En attendant, la brigade financière continue son travail et a même mis dans son viseur les commissions versées aux agents, intermédiaires et nombreuses personnes qui interfèrent dans un transfert. Celui de Victor Osimhen (de Lille à Naples pour 71,3 millions hors bonus) est notamment concerné, tout comme l'échange Tongya-Aké entre la Juve et l'OM. Les deux joueurs avaient été évalués à 8 millions d'euros. L'enquête s'étend donc à l'étranger, pas seulement à des mouvements entre clubs italiens.

Que risque la Juve ?

L'une des grandes questions est désormais la suivante : que risque la Juve (principal club concerné mais pas l'unique) ? Plusieurs hypothèses selon la presse italienne. Si, via les écoutes téléphoniques, une responsabilité de la Juve dans la falsification des documents comptables et administratifs est reconnue, une pénalisation sportive est possible (il y a le précédent du Chievo Vérone, pénalisé de trois points). Toutefois, si seule une infraction administrative est déclarée, une amende pourrait être infligée à la Juve. Comme l'AC Milan et l'Inter en 2008, alors punis pour 80.000 euros. "Il est impossible de quantifier la valeur d'un transfert d'un joueur professionnel", était-il alors expliqué, notamment en l'absence d'un organisme dédié.
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Les plus-values sont mentionnées, d'ailleurs, dans l'article 31 du Code la Justice de la Fédération italienne de football (FIGC). "Fournir des informations trompeuses, réticentes ou partielles, ou mettre en œuvre des comportements pour éluder la loi fédérale en matière de gestion ou d'économie", est passible d'une amende avec un sursis. Et "qui tente d'obtenir l'inscription à une compétition dans laquelle il n'aurait pas dû être admis" entraîne "une pénalité de points" jusqu'à "l'exclusion du championnat".
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