Pourquoi tirer les penalties façon Neymar, comme celui manqué par Eberechi Eze face au Paris Saint-Germain, est une "absurdité"
Eurosport sur GooglePopularisée dans les années 2010 par plusieurs stars du jeu (Neymar, Jorginho), la course d'élan hachée qu'a utilisée Eberechi Eze lors de son tir au but manqué face au PSG a-t-elle un jour été efficace ? Parfois perçue comme un geste impressionnant de sang-froid, elle peut aussi être vue comme une prise de risque inutile. Et plusieurs études penchent plutôt vers la deuxième option. Explications.
Marko Popovic.
Crédit: Marko Popovic
L'espace d'un instant, on a vu Neymar. Celui d'après, certains ont revu Roberto Baggio en 1994, d'autres John Terry en 2008, Harry Kane en 2022, ou plus simplement Eberechi Eze, un samedi hongrois de 2026. Celui-là fera date, ce premier des deux penalties complètement ratés de la série des Gunners face au Paris Saint-Germain. Ce tir du plat du pied droit bien trop fermé du milieu offensif anglais, glissé à droite de la cage, au ras du sol. Triste conclusion d'une course d'élan ralentie d'un coup à un mètre du ballon, le temps de regarder le gardien, et d'oublier de viser. Mais au-delà de l'accusation simpliste, du procès en "nonchalance", peut-il vraiment être utile de s'arrêter avant de tirer ?
Ce geste technique, ce fameux pas d'arrêt, Eberechi Eze le répète depuis des années. Avec succès, souvent (neuf marqués, deux arrêtés, sans compter les séances de tirs au but), mais avec ce semblant de trop-plein de confiance qui coûte en critiques, une fois la tentative manquée. L'Anglais restait d'ailleurs sur deux échecs en trois tentatives : l'une face à Newcastle avec Palace, l'autre face à Liverpool avec Arsenal. Au sortir de la finale, Steven Gerrard, pour ne citer que lui, l'a incendié : "Pense à l'ampleur du match, au stade, à l'atmosphère, a-t-il déclaré sur TNT Sports. C'est déjà assez dur sans toutes ces absurdités. Tape dans le ballon, range ta technique." Pas sympa. Même si plusieurs études démontrent qu'en effet, il ne fait pas bon trop ralentir avant de tenter son penalty.
"Il y a deux méthodes pour tirer les penalties, détaille Ben Lyttleton, auteur de Onze mètres, sur la difficulté des penalties. La première est indépendante du gardien : le tireur choisit son endroit, peu importe où va plonger le gardien. L'autre est dépendante du gardien, et revient à attendre qu'il bouge pour aller de l'autre côté. Ce qui est une technique bien plus difficile à exécuter, et qui peut être très difficile pour ceux qui ne tirent pas régulièrement. Des joueurs comme (Gaitzka) Mendieta, (Mario) Balotelli, Eden Hazard, Yaya Touré ont tous utilisé cette technique par le passé. C'est difficile, mais ça peut marcher. Ce que fait Eze est un peu différent. Cette course hachée (stutter) est une nouvelle forme d'élan, qui a l'air peu orthodoxe, et qui accentue la pression sur le tireur." En clair, "vous devez être un tireur régulier et avoir une confiance suprême pour réussir."
Les courses de deux à cinq pas sont les plus efficaces
Une course comme celle d'Eze doit permettre au tireur trois choses. D'abord, identifier le comportement des gardiens, qui ne restent au centre qu'une fois sur 20, selon une étude datée de 2009. Ensuite, brouiller les pistes au moment du tir, pour forcer le portier à anticiper et frapper à contre-pied. Ce que Matveï Safonov a parfaitement neutralisé en refusant de plonger avant la frappe d'Eze. Et puis, enfin, s'assurer d'une certaine précision. Avec une efficacité toute relative dans le cas du milieu anglais.
Bien choisir la durée et la cadence de sa course d’élan, c’est influencer directement la probabilité de réussite de son penalty, selon une étude parue dans l'International Journal of Performance Analysis in Sport en 2020. Les courses plus efficaces, dans les championnats étudiés (Premier League, Liga, Bundesliga, Serie A) sont celles de deux à cinq pas, suivies de près par celles de plus de six pas. Les pires ? Celles de moins de deux pas. Quel que soit le championnat. Certes, celle d'Eze, comme celles de Neymar et consorts avant lui, en comprend bien plus (au moins 18). Mais ce petit arrêt coupe son inertie, ce qui revient à une prise d'élan de deux pas avant la frappe.
Le penalty est un exercice de nuance, où le tireur doit surmonter sa tension pour arbitrer entre force et précision. Mais la situation est toujours à son avantage (environ 80% de penalties transformés) – sinon, quel intérêt de les siffler ? Et l'élément qui joue le plus en faveur de l'attaquant reste le temps qui passe. En moyenne, chez les pros, un ballon part aux alentours de 112 km/h, ce qui lui laisse 0,4 seconde pour passer du point de penalty à la ligne de but. Il faut 0,2 seconde à l'œil humain pour réagir à une situation. Couper sa course juste avant de frapper, c'est s'assurer de ralentir son propre tir, et de perdre un temps d'avance sur le gardien.
L'intérêt ? Avoir les deux techniques pour forcer le gardien à deviner
Le souci, aussi, reste que les gardiens ne sont plus naïfs. "De façon intéressante, poursuit Ben Lyttleton, Eze restait sur deux échecs sur trois tentatives, toujours en utilisant cette technique. Ce qui montre qu'il a confiance dans sa méthode, mais que les gardiens commencent à la neutraliser. Safonov, qui a plongé sur chacun des penalties sauf celui d'Eze, avait clairement reçu l'information qu'il fallait plonger le plus tard possible pour accentuer la pression sur le tireur. C'est une tactique intéressante."
Avec l'expérience, et l'effet de surprise, certains sont pourtant parvenus à faire de ce temps d'arrêt un atout phénoménal. Le cheat code qui a permis à Jorginho (passé par Naples et Chelsea notamment) de marquer 32 des 33 penalties qu'il a tirés, de 2017 à 2021, avec ce petit saut de cabri pour tromper le gardien. Celui qui a offert, aussi, à Ivan Toney sa place dans la liste de Thomas Tuchel pour le Mondial à la surprise générale, lui qui a marqué 58 des 62 penalties qu'il a tirés en carrière. Le tout sans jamais réaliser plus de deux pas d'élan, ce qui reste un peu différent du pas saccadé que Neymar utilisait, avec une "certaine aura", dixit Lyttleton.
Entre les maestros du temps d'arrêt et les pragmatiques, il y a aussi ceux qui varient. Harry Kane, par exemple, utilise plusieurs courses d'élan différentes sur penalty. Pour de très bons résultats (18 marqués, 3 manqués cette saison). Face à Hoffenheim, en février, l'Anglais en a collé deux de suite à Oliver Baumann, de deux façons différentes. "Le premier, j'ai haché ma course pour voir si le gardien bougeait et il a un peu attendu, racontait-il après le match. J'ai réussi à mettre assez de puissance pour que le gardien ne puisse pas la stopper, même s'il m'a un peu fait peur en la touchant de la main (à quoi bon s'arrêter alors, Harry ? NDLR), et le deuxième était plus traditionnel, j'ai cherché la puissance et la précision." L'intérêt, a-t-il dit, est d'avoir "les deux techniques, pour forcer les gardiens à deviner laquelle je vais utiliser." Pas mal.
Il faut bien des exceptions qui confirment la règle, et celle-ci est formelle : trop peu d'élan tue l'élan. Et puis, de cette petite synthèse scientifique, on aura tout de même trouvé une grosse bille pour nos joueurs : tirer en hauteur et en plein milieu fonctionne à 97,8%, selon l'une des études précédemment citées. Quand le ballon est cadré, bien sûr, amis défenseurs centraux. Et puis, au centre, au ras du sol, ça marche aussi (80% de réussite). À méditer.
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"Luis Enrique a pris l'ADN malade du PSG et l'a cassé en deux, c'est son plus grand accomplissement"
Video credit: Eurosport
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