C'est une date que vous enlèverez difficilement de la mémoire des Italiens. Du genre de celles qui vous hantent pendant toute une vie, peu importe les tentatives de l'effacer au fil des années qui défilent. Il y a maintenant un peu plus de trois ans, le 13 novembre 2017, la Nazionale de Gian Piero Ventura échouait dans sa quête à la qualification au Mondial 2018 en Russie. Du jamais vu depuis 1958. Pour une nation où le football est légion, il s'agissait là d'un véritable "drame" sportif difficile à croire. Pourtant, le cauchemar était bien réel : Gigi Buffon et ses coéquipiers ne participeraient pas à la Coupe du monde. Une vague de critiques s'est ensuivie dans la Botte, évidemment. Mais une fois le choc, le déni et la colère passés, il a fallu passer à l'acceptation. Avec un but simple : tout reconstruire en repartant de zéro.

Gigi Buffon en pleurs après le barrage Italie - Suède

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Ligue des Nations
L'Italie n'a pas tremblé et sera au rendez-vous
18/11/2020 À 21:32

Face à une page blanche, le Calcio a dû se réinventer, se moderniser et vivre avec l'air de son temps. Plus forcément uniquement de l'ancien. La tâche n'était pas simple, encore plus pour un pays comme l'Italie, profondément attachée à ses racines et parfois réticente à la nouveauté. En plus de certaines têtes à changer dans les instances dirigeantes, et notamment à la Fédération de football (FIGC), il a fallu en trouver une nouvelle pour le banc de la Nazionale. Après moult rendez-vous (et quelques refus, comme celui de Carlo Ancelotti), Roberto Mancini est alors choisi en mai 2018 pour prendre le relais et faire oublier Ventura, érigé comme l'ennemi public numéro 1... et pourtant pas seul responsable de la débâcle. L'ex-technicien de l'Inter Milan et Manchester City accepte sa mission sans rechigner. Le temps lui donnera raison. Comme il donnera raison à Alessandro Costacurta, alors missionné pour trouver le nouveau sélectionneur de la Squadra Azzurra.

Un lien unique avec ses joueurs

Rapidement, Mancini comprend qu'il a hérité d'un champ de ruines, en plus de joueurs encore sous le choc de la non-qualification au Mondial. Mais ça ne l'effraie pas. Avant de parler de jeu, le "Mancio" veut surtout rétablir un lien de confiance qui s'était rompu avec son prédécesseur un soir de septembre 2017 et une claque face à l'Espagne (3-0). La personnalité de l'ex-joueur de la Sampdoria est appréciée au sein du groupe de l'Italie. "Je pense vraiment qu'on est une famille quand on se retrouve. Il y a des liens qui se sont créés, qui sont difficiles à décrire. Comme un père qui enlace à chaque fois son fils", confiait dimanche dernier Andrea Belotti après la victoire face à la Pologne (2-0). De quoi mesurer l'étendue du chemin parcouru depuis maintenant plus de deux ans par Mancini.

"Il y a deux ans, on manquait la qualification au Mondial. Aujourd'hui, tout semble différent, confiait Leonardo Bonucci en novembre 2019. Tout a changé. Mancini a été exceptionnel dans la façon de gérer le groupe. Il nous a fait comprendre qu'on était une équipe forte alors qu'on ne pensait plus l'être." Aujourd'hui, comme dirait l'autre, le groupe "vit bien". Et ce n'était pas vraiment gagné après les secousses post-Suède. "Lui et son staff ont réalisé un travail exceptionnel depuis ce jour, confiait Federico Bernardeschi dimanche à la Rai. Ici, tu te sens merveilleusement bien. Tout a été reconstruit dans une ambiance sereine et heureuse. Les résultats prouvent que c'était la bonne méthode."

La révolution du jeu

Dans un football qui ne cesse d'évoluer, le sélectionneur italien a décidé de placer le jeu au coeur de tout. La trame passe avant les interprètes. C'est même elle qui va les définir. Mancini a tout de suite souhaité une révolution totale : un jeu plus collectif, offensif et avec beaucoup plus d'intensité. Un football plus "européen" et moins conservateur. "Son projet se résumait autour de trois choses : la tactique, l'éthique et la stratégie (...) Cette révolution exigeait de nouveaux visages, tu ne peux pas changer de gouvernement et garder les mêmes ministres qu'auparavant (...) Il a donc fallu beaucoup de jeunes, capables de presser, tenir le rythme et l'intensité des matches", résumait La Gazzetta dello Sport le 13 novembre dernier.

En effet, la moyenne d'âge a chuté à 26 ans, voire moins lors de certains matches. Le soir du tristement fameux match face à la Suède, l'Italie avait cinq joueurs au-dessus de 30 ans. Avec Mancini, les portes de Coverciano (le Clairefontaine italien, ndlr) sont toujours ouvertes. Depuis son intronisation, 32 nouveaux joueurs ont porté le maillot azzurro en 25 matches. C'est plus que d'anciens sélectionneurs historiques comme Azeglio Vicini (18) ou bien Marcello Lippi (26). Le Mancio, qui a aligné un "débutant" toutes les 70 minutes depuis son arrivée (record depuis 1970 chez les sélectionneurs avec au moins 7 rencontres), est juste derrière Arrigo Sacchi (33).

"Nous avons une nouvelle philosophie, racontait Bonucci l'an passé. Notre première défense, c'est l'attaque. Ce qui était assez rare en Italie et encore plus en Nazionale." A l'image d'équipes séduisantes en Serie A, comme l'Atalanta de Gasperini ou le Sassuolo de De Zerbi, Mancini souhaite une équipe dynamique et portée vers l'offensive. On a pu en admirer toutes les qualités dimanche face à la Pologne, et ce malgré les nombreuses absences (Verratti, Chiesa, Immobile, Zaniolo etc...). Du pressing haut à la perte du ballon, des transitions rapides, peu de touches de balle et du mouvement perpétuel : voilà quelques ingrédients de la nouvelle Nazionale. Et tout cela donne une équipe agréable à regarder pour les tifosi et les observateurs. "L'Italie était parfaite", écrivait par exemple le Corriere dello Sport lundi. "Cette équipe est vraiment grande (...) C'est un spectacle de la regarder", estimait quant à elle la Gazzetta, qui a compté pas moins de 27 passes avant le deuxième but de Berardi.

Milieu figé, buteur à trouver

Les nouveautés deviennent aujourd'hui de belles surprises, comme notamment l'explosion au milieu de Manuel Locatelli (Sassuolo). Dans le 4-3-3 italien, le trio Barella-Jorginho-Verratti semble toutefois inamovible, même s'il s'agit en réalité d'un 2 + 1 : un "double play" avec les deux derniers cités et le joueur de l'Inter en valeur ajoutée. Gaetano Castrovilli (Fiorentina), Sandro Tonali (AC Milan) et Lorenzo Pellegrini (AS Rome) sont également des ressources. Derrière, le jeune Alessandro Bastoni (Inter) s'installe au fil des matches. Malgré des difficultés en club, Leonardo Bonucci, le défenseur de la Juve, semble conserver toute l'estime de son sélectionneur. Impressionnant à la Lazio, Francesco Acerbi a lui aussi sont mot à dire. Alessandro Florenzi (PSG), aligné au poste de latéral droit, était capitaine dimanche dernier. Emerson Palmieri (Chelsea) se montre quant à lui convaincant dans le couloir gauche. Au poste de gardien, Gianluigi Donnarumma (AC Milan) possède plus d'une longueur d'avance sur ses concurrents.

Immobile Soulier d’Or : "Quand on voit le palmarès, il n’y a que des cadors"

L'un des problèmes majeurs de cette équipe reste son attaque, et plus particulièrement son buteur. L'Italie le cherche depuis maintenant bien des années. Ciro Immobile (Lazio), Soulier d'or la saison passée, alterne le bon et (souvent) le moins bon en sélection. Même chose pour son grand ami Andrea Belotti. Mario Balotelli, actuellement sans club, restera une promesse jamais vraiment tenue. Attention donc à la surprise Ciccio Caputo (Sassuolo, 33 ans) pour le prochain Euro, lui qui a récemment marqué son premier but en sélection. Fabio Quagliarella (Sampdoria, 37 ans) pourrait être également du voyage. Moise Kean, l'attaquant du PSG, est plutôt considéré comme un ailier par Mancini, qui cherche donc toujours la formule magique. Sur les ailes, justement, Lorenzo Insigne, l'un des plus "vieux" de l'équipe, assume son rôle de leader, au point d'être qualifié de "Maradonesque" par la Gazzetta après sa prestation face à la Pologne lundi. Nicolò Zaniolo (AS Rome), opéré en septembre au genou gauche, devrait être de retour pour l'Euro. Federico Chiesa (Juve) est également dans les plans, tout comme Stephan El Shaarawy (Shanghai Shenhua), Domenico Berardi (Sassuolo) et Riccardo Orsolini (Bologne). Vous l'avez compris : chaque place à l'Euro vaudra son pesant d'or.

La prolongation d'abord, l'Euro ensuite ?

Mais avant d'affronter la Suisse, la Turquie et le Pays de Galles au Stadio Olimpico de Rome en 2021 (pour l'heure, l'UEFA n'a annoncé aucun changement de localité ndlr), la Nazionale pourrait bien voir son sélectionneur prolonger son contrat, qui expire en juillet 2022. Selon la presse transalpine, des négociations ont d'ores et déjà débuté entre Gabriele Gravina, le patron de la FIGC, et Roberto Mancini, pas contre l'idée de poursuivre l'aventure sur le banc de son pays. "On attend sa décision, confiait Gravina à la mi-novembre. Il y a beaucoup de projets sur la table. On se mettra assis autour d'une table et nous discuterons pour trouver la meilleure solution." Cette dernière est toute trouvée. Reste simplement à la concrétiser.

Roberto Mancini - Italia-Armenia - Euro 2020 qualifier - Getty Images

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Ensuite, viendra donc le temps de penser à l'Euro. Une compétition remportée à une seule reprise par la Squadra Azzurra, en 1968. Peut-elle viser la victoire plus que cinquante ans plus tard ? Sur le papier, ça paraît difficile. Une équipe comme la France, par exemple, possède plusieurs joueurs "top 5" mondiaux que l'Italie n'a pas. Pogba, Griezmann et consorts relèvent du difficilement battables lorsqu'ils sont au sommet de leur art . Le Portugal en a fait les frais samedi dernier. Mais une chose est sûre : la Nazionale, qui a remporté ses dix matches de qualifications à l'Euro, aura une carte à jouer. Peut-être pas pour soulever la coupe, mais au moins sortir de son groupe, puis viser pourquoi pas les quarts de finale, voire le dernier carré. Au final, l'essentiel n'est peut-être pas là. Après le 13 novembre 2017, la rupture était totale entre la Nazionale et ses 60 millions de tifosi. Plus de trois ans plus tard, cela ressemble déjà à de l'histoire ancienne.

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