"On aimerait le voir plus". Voilà ce qu'écrivait le Corriere della Sera, lundi, à propos de Moise Kean. Le quotidien italien, qui créditait le nouvel attaquant parisien d'une note de 6/10, a donc été plutôt séduit par son entrée en jeu lors des vingt dernières minutes de Pologne-Italie (0-0), la veille. "Son impact a été intéressant", rajoutait le CdS. Même son de cloche du côté de La Gazzetta dello Sport, qui parlait d'un joueur qui peut "créer" le danger lorsqu'il attaque. Avec toutefois une remarque : "Il a semblé un peu lourd et moins rapide qu'un temps". Voilà plus ou moins le résumé du paradoxe Kean : potentiel indéniable, qualités évidentes... mais réserves fréquentes. Note importante, toutefois : il n'a que 20 ans. Il a donc les qualités et les défauts de son jeune âge.

Avant de découvrir les embûches du monde professionnel, et toute l'exigence que ce dernier requiert, Moise Kean s'était révélé du côté des catégories jeunes de la Juventus Turin, où il est arrivé à l'âge de 11 ans. Avec les U17, l'attaquant inscrit 29 buts en 36 matches (de novembre 2014 à avril 2016). Direction donc la Primavera, où il doit jongler avec les premières convocations chez les pros de Massimiliano Allegri. Les "records" de précocité commencent alors pour lui. En novembre 2016, il devient non seulement le plus jeune joueur à débuter avec la Vieille Dame en Serie A, mais également le premier à être né en 2000 à fouler les pelouses du championnat italien... puis celles de la Ligue des champions. La presse italienne commence alors à soupçonner tout l'étendue de son talent. Le 27 mai 2017, lors de la même saison, Kean inscrit sa première réalisation sur la pelouse de Bologne (1-2). De quoi le faire entrer (encore) dans l'histoire du Calcio : il restera à jamais le premier joueur de l'année 2000 à marquer un but en Serie A.

Ligue 1
Le PSG disposerait bien d’une option d’achat pour Kean
13/10/2020 À 08:36
La tête fera la différence

L'été suivant, la Juve décide de le prêter du côté de l'Hellas Vérone. Kean y alterne le bon et le moins bon. Dans un rôle de numéro 9, l'attaquant inscrit notamment son premier doublé en janvier 2018. Malheureusement pour lui, une blessure aux adducteurs vient anticiper sa fin de saison dès début mars, pile au moment où il venait d'enchaîner trois titularisations. Une fois son prêt à l'Hellas terminé, retour à la Juve. Kean entre alors dans la rotation des attaquants de Max Allegri, même si son temps de jeu reste plus ou moins limité. "Allons-y doucement avec les attentes autour de lui, il est encore très jeune, expliquera lors d'une conférence de presse l'entraîneur toscan. C'est un garçon qui doit être tranquille, à moi de le protéger." Et donc ne pas trop l'exposer. Encore plus à seulement 18 ans.

Après une première partie de saison sur le banc, Kean grapillera du temps de jeu vers son terme. Entre la 27e et la 32e journée, il inscrit six buts, dont un décisif face à l'AC Milan le 6 avril. Le point culminant de sa jeune carrière. "Il a de l'ambition, et c'est normal d'en avoir. La tête fera la différence. Il doit avoir envie de faire des sacrifices (...) Mais certains joueurs se perdent en route, c'est la tête qui compte. Il doit progresser puisqu'il est encore jeune. C'est de la rhétorique mais elle est valable pour tout le monde. Beaucoup ont perdu pied en oubliant ça...", rappellera Allegri lors d'une autre conférence de presse.

Moise Kean - Juventus-Empoli - Serie A 2018/2019 - Getty Images

Crédit: Getty Images

Car le terrain ne suffit pas. Si le désormais ex-technicien de la Juve se montrait prudent concernant Kean, ce n'est pas tant parce qu'il doutait de ses qualités et son potentiel. "Si j'en suis à ce niveau aujourd'hui, c'est grâce à lui", racontera d'ailleurs le joueur deux ans plus tard. Mais plutôt car ce dernier a trop justement tendance à se reposer sur ses acquis. Manque d'implication sur certaines phases de jeu, ou encore des arrivées un peu tardives à l'entraînement... "Kean a souvent été puni quand il était avec les jeunes de la Juve, écrit Giorgio Chiellini dans son autobiographie. Parfois, il n'entendait pas le réveil et arrivait en retard. Mais ce sont des choses que tu peux changer. Avec le groupe professionnel, il a toujours été respectueux". Si certains parlent déjà d'une trajectoire à la Mario Balotelli pour Moise Kean, le capitaine de la Juve, qui a bien connu les deux, assurent qu'ils sont "totalement différents".

Le "protégé" de Mancini

En parallèle de sa carrière en club, qu'il poursuivra à Everton à l'été 2019 contre un chèque de 30 millions d'euros pour la Juve, le jeune attaquant gravit les échelons de la sélection italienne. Après avoir connu toutes les catégories - des U15 aux U21 - nationales, et notamment un Euro U19 explosif en 2018 (4 buts en 5 matches), Kean honore sa première sélection avec la Nazionale face aux États-Unis le 20 novembre 2018 sous les ordres de Roberto Mancini. A 19 ans et 23 jours, il marque son premier but contre la Finlande le 23 mars 2019, devenant le deuxième plus jeune buteur de l'histoire de la Squadra Azzurra. Il devance notamment Gianni Rivera, légende du football italien. Pas rien. Malgré ses difficultés à s'adapter à la Premier League, un championnat (et un contexte) tout nouveau pour lui, le natif de Verceil (Piémont) est régulièrement convoqué par Mancini, qui n'a pas manqué de passer quelques coups de fil à Carlo Ancelotti, l'entraîneur des Toffees.

Le père de Moise Kean prévient : "Je ne veux pas que mon fils finisse comme Balotelli"

Pour la presse italienne, Kean est en quelque sorte le "protégé" du Mancio, qui avait déjà tenté (en vain) de canaliser Mario Balotelli durant ses passages à l'Inter Milan et Manchester City. "Il a bien grandi par rapport au passé, j'espère qu'il va continuer comme ça", confiait début septembre le sélectionneur italien, qui va certainement surveiller de près ses performances au PSG. Si Mancini insiste autant avec Moise Kean, c'est principalement pour deux raisons. La première, son profil "atypique", comme il l'a récemment expliqué en conférence de presse. On parle d'un joueur puissant, technique et capable d'éliminer facilement son adversaire. Il est peut également frapper des deux pieds, et certains de ses mouvements sont dignes d'un futur grand attaquant. Dimanche, face à la Pologne, Mancini l'a une nouvelle fois aligné au poste d'ailier droit. Et la deuxième raison, son âge. A seulement 20 ans, l'attaquant parisien est encore dans les temps. Mais pour ne pas prendre du retard, il doit encore progresser sur plusieurs aspects : le caractère, l'aspect collectif de son jeu, les phases défensives ou encore son jeu de tête.

La sensation est que sa parenthèse anglaise lui a fait prendre du retard dans sa croissance. Mais le joueur, parfois un peu trop désordonné sur le terrain, en tirera peut-être des choses positives pour continuer à grandir et se (re)mettre sur la bonne voie. En vue de l'Euro 2021, c'est en tout cas ce qu'espère la Nazionale. Le PSG aussi. "Je suis très content d'être à Paris, J'espère beaucoup y apprendre, confiait-il récemment à la Rai. Je suis jeune, je vais pouvoir côtoyer des grands attaquants et apprendre de leur expérience." Elle sera nécessaire pour un joueur en quête de repères et références. A lui de les trouver dans la Ville Lumière.

Moise Kean avec le maillot du PSG lors de sa présentation

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