Le Portugal était tout proche de déclencher une mini-révolution le 25 avril dernier. En cas de succès sur le Fenerbahçe en demi-finale de Ligue Europa, le Benfica faisait passer sa Liga devant la Ligue 1 à l’indice UEFA. Les Aigles ont laissé quelques plumes à Istanbul (0-1) mais ont gardé de quoi assurer cette cinquième place du ranking UEFA, celle qui évite un tour préliminaire de C1 au troisième du championnat concerné. Cette cinquième place est surtout symbolique pour la France, souvent proclamée comme des "cinq principaux championnats européens" alors que le Portugal le talonne de si près. Que vaut cette Liga portugaise ? Que vaut-elle par rapport à la L1 ? Tentative de réponse.
LE PALMARES : les locomotives portugaises
Deux C1 pour le Benfica (1961 et 1962), deux autres pour le FC Porto (1987 et 2004), deux C3 encore pour les Dragons (2003 et 2011) et une Coupe des vainqueurs de coupe pour le Sporting (1964). Le palmarès européen des clubs portugais a de quoi faire hérisser les poils de ses voisins. A commencer par les Français. L’odyssée de Marseille de 1993 n’a été suivie que par le succès du PSG en Coupe des coupes, trois ans plus tard (1-0 contre le Rapid Vienne). Au niveau national, le trio Benfica – Porto – Sporting se fait tourner la Liga depuis 80 ans. Le Belenenses (1946) et le Boavista (2001) n’ont pu tirer qu’un seul coup. Cinq champions différents sur 80 saisons.
Ligue Europa
Fenerbahçe ne l’a pas volé
25/04/2013 À 21:01
Cinq champions, c'est ce que compte la France sur les cinq derniers exercices. C’est ainsi que revient l’éternelle rengaine : "Au Portugal, il n’y a que trois équipes!" C’est vrai. Mais il en va ainsi dans tous les bons championnats. La Liga portugaise a ses locomotives (Benfica : 32 titres, Porto : 26, Sporting : 18) à laquelle se raccrochent quelques wagons. Comme l'Italie a la Juventus (28), Milan (18), l’Inter (18) ; l’Espagne a le Real (32), le Barça (21) ; l’Angleterre a Manchester United (20), Liverpool (18), Arsenal (13) ; l’Allemagne a le Bayern (23), le Borussia Dortmund (8) ; les Pays-Bas ont l’Ajax (31), le PSV (21), Feyenoord (14) ; c’est ainsi que les grands sont devenus grands. Leur stabilité leur a permis d’apprivoiser l’Europe. Tous ces pays comptent plus de trophées européens que la France, dont la L1 est un trophée trop partagé. Les récents lauréats Lyon et Bordeaux n’étaient plus en C1 cette saison. Le champion sortant, Montpellier, n’y sera pas l’année prochaine. Marseille est le plus régulier ces dernières années et va être rejoint par le PSG. Deux clubs qui vont devoir assumer leur statut de grands. Et pour cela - et n’en déplaise à Leo - il faudra d’abord rafler les titres nationaux. L’OM et le PSG c’est 12 – bientôt 13 – titres à eux deux. De leur rivalité dépendra le succès de la L1 et leurs performances européennes. Les années 90 en sont la preuve… La culture européenne d’un club passe aussi par là.

Modèle ou pas ? Oui. La Liga portugaise n’a rien d’exceptionnel, elle est à l’image des autres championnats majeurs : poussée par ses locomotives. La France peine à confier son destin aux plus forts.

FOOTBALL - 2010/2011 - Porto champion

Crédit: AFP

LES BUDGETS : Des budgets de L2 en Liga portugaise
PSG - FC Porto, c'était LE choc du groupe A de Ligue des Champions cette saison. Et aussi celui entre deux clubs les plus riches de leur pays. Or, Porto ne possède que le tiers du budget du PSG. Ce match était aussi celui de deux réalités économiques. Le Portugal est une anomalie de la planète foot. Les trois grands, Benfica, FC Porto et Sporting dominent logiquement l'économie du foot national. Le Sporting de Braga effectue sa percée. Mais il reste derrière la plus petite enveloppe de Ligue 1 : Troyes. Le (plus) pauvre est le Vitoria de Setubal : 1,2M€ pour tenter de survivre encore cette saison dans l'élite. Au Portugal, les Sadinos sont devenus le symbole des mauvais-payeurs. Avec l'União de Leiria.... qui vient d'abandonner le professionnalisme.
C'est clair, les clubs français ont plus de ressources, de moyens et de soutiens que les clubs portugais. Une plus grande rigueur aussi dans leur gestion les aide à atteindre ces chiffres. Le budget moyen de la Liga (17,13 millions d’euros) est en-dessous du plus petit budget de L1 (Troyes avec 19 millions d’euros). Boostés par les grosses ventes des dernières saisons, le FC Porto et le Benfica (et Braga) sont à contre-courant de leurs adversaires : leurs chiffres grimpent. Du coup, l'écart avec ses poursuivants se creuse... Y compris sur le Sporting dont la résorption de la dette est devenue une priorité. Mais même chez les Grandes la tendance est à l’austérité. Les investissements entrepris ces dernières saisons vont être revus à la baisse. Le boss du SLB, Luis Filipe Vieira, a déjà annoncé qu’il allait plus miser sur la formation dans les années à venir. Se rapprocher un peu de ce que la France fait de mieux.
Modèle ou pas ? Non. En ces temps de profonde crise économique et d’austérité, difficile d’imaginer la Liga portugaise atteindre les mêmes budgets que la L1. Ces deux championnats connaissent deux réalités économiques bien différentes. A l’image de leur pays.
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LES SALAIRES : Huit fois plus élevés en France
La grande disparité des budgets existant entre la France et le Portugal se répercute sur les revenus des joueurs. Le salaire moyen de L1 (40.000 euros mensuels) est huit fois supérieur à celui de la Liga (5.000 euros). Et les mesures d'austérité n’épargnent pas les footballeurs. Il y a moins d'un an, la Ligue Portugaise (LPFP) a voté une baisse des salaires minimums - inscrits dans les règlements officiels - dans les divisions inférieures pour deux saisons (2012/13 et 2013/14). Et nombreux sont les athlètes concernés. Le "smicard" de D2 perçoit 848,75 euros contre 1212,50 euros auparavant. En IIa Divisão (D3), on passe de 950 euros à 727,50 euros. En Liga, ça ne bouge pas : 1455 euros. Mais le président du syndicat des joueurs, Joaquim Evangelista, peut le dire : "Les joueurs, mis à part quelques affaires exceptionnelles, vivent, dans leur majorité, les mêmes problèmes que la plupart des Portugais." Au Portugal, les salaires ne sont jamais une garantie...
Modèle ou pas ? Non. Au-delà même des disparités salariales (logiques) existant entre le Portugal et la France, ce sont les nombreux arriérés qui inquiètent en Liga. La DNCG n’existe pas pour les clubs portugais dont le manque de sérieux pourrait coûter cher. La FIFA guette.
LES SPECTATEURS : Le même poids dans le budget des clubs
Parmi les sources de recettes, il y a la billetterie. Une récente étude a révélé que 22% des recettes des clubs portugais provenait des guichets. C'est à peu près le même pourcentage qu'en Ligue 1. Mais pas les mêmes sommes, car il n'y a pas du tout le même nombre de spectateurs dans les stades, non plus. Au Portugal, le prix des places reste relativement cher dans un pays gangrené par la crise. Les taxes sont lourdes sur les matches de foot. Le Portugal est aussi un pays où règne la culture du café. Le Portugais aime mater son match au bistrot du coin, une bière vissée à la main, avec ses potes. Ou alors chez lui. Toujours avec sa mousse. Et puis, contrairement à la France, au Portugal les Grands squattent aussi le coeur des supporters. L'homme habitant Paços de Ferreira, Setubal ou Olhão n'ira au stade que lorsque l'un des grands qu'il aime viendra. Certains socios résistent encore à l'appel des sirènes, comme le Vitoria de Guimarães et son rival, Braga, commence à se trouver un public. Mais Benfica, Porto et Sporting se partagent la grande majorité des spectateurs.
Modèle ou pas ? Non. Malgré des stades (re)construits pour l’Euro 2004, les clubs portugais peinent à remplir leurs enceintes. Les Français vont au stade pour assister à un spectacle, les Portugais s’y rendent pour faire valoir leur droit de socio. Et ceux qui comptent le plus de socios sont les Grands, seuls pourvoyeurs de spectateurs.
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DROITS TELE : Deux cultures incomparables
Comme son voisin espagnol, le Portugal reste l'un des derniers pays où les droits télé sont individualisés. Et du coup, là encore, vampirisés par les gros. Plus de 90% des droits télé reviennent au Benfica, au FC Porto et au Sporting. Les programmes télé - émissions de débats - sont systématiquement animés par quatre acteurs : un animateur / présentateur et un représentant de chacune de ces écuries. C'est ainsi depuis des décennies. C'est symbolique mais ça en dit long. Le président de la Ligue Portugaise, Mario Figueiredo, a récemment annoncé que le montant global annuel des droits télévisuels dépassait les 60 millions d’euros. C'est dix fois moins qu'en France (607 millions d’euros pour la saison 2012/13). Le FC Porto et le Sporting viennent de prolonger leur accord avec Olivedesportos (Sport TV) jusqu'en 2017 pour respectivement 20,7 et 27 millions d’euros par an, la gestion de la publicité dans les stades étant comprise. En 2011/12, les droits télés nets ne dépassent pas les 13M€ pour chacun des grands clubs (8,4 millions d’euros pour le Benfica, 12,3 millions d’euros pour le FC Porto, 12,4 millions d’euros pour le Sporting). C'est moins que Dijon, le moins bien loti des clubs français sur cette période (13,8 millions d’euros)...
Figueiredo s'est donné comme mission (impossible ?) de collectiviser ces droits pour atteindre le double. Et tendre vers le modèle français, plus équitable. Comme indiqué dans les deux précédents graphiques, en France, le public est beaucoup plus hétérogène qu'au Portugal. Sa dispersion est plus importante qu'au Portugal. Figueiredo doit faire face à un gros hic : Porto et Sporting ont déjà signé pour quatre ans avec Olivedesportos... Le Benfica vient de lancer sa chaîne – Benfica TV – à travers laquelle il diffusera ses propres matches à domicile.
Modèle ou pas ? La collectivisation des droits télé est l’une des grandes priorités de l’actuel président de la Ligue Portugaise. Mais Mario Figueiredo se heurte à un puissant lobby qu’il faudra bien bouger un jour. La promotion de la L1, sa commercialisation et son exportation ont été grandement facilitées depuis qu’elle est collectivisée.
SPONSORING : Le Portugal connaît la crise
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Une récente étude menée par Sport+Markt a révélé que les recettes sponsoring de la Ligue 1 dépassaient les 50M€ pour 2012/13. La France figure ainsi au cinquième rang européen. Devant les Pays-Bas (40M€). Pas de trace de la Liga portugaise.... Il faut dire que les seize clubs de l'élite galèrent à trouver des sponsors. Les trois grands n'ont pas trop de soucis à se faire. PT (Portugal Telecom) se paie les maillots du trio pour quelques 4 millions d'euros chacun, par an. C'est un peu moins que l'OM (5 millions d'euros par an) mais pas mal pour un club portugais. Mais à ce jeu-là, ce sont encore les gros qui "bouffent" tout. Les autres équipes ont bien du mal à trouver des partenaires. Un autre d'entre elles ont débuté la saison actuelle sans sponsor principal (Rio Ave, Moreiense, Estoril et Paços de Ferreira).
Modèle ou pas ? Non. Si les petits galèrent, c’est aussi parce que le tissu économique local est troué par la crise. La France est mieux habillée…
LES TRANSFERTS : Plus de grosses transactions au Portugal
Malgré une ligue à 16 équipes, la Liga ZON Sagres affiche des montants quasi-équivalents à la L1 en termes de ventes de joueurs. Sur les trois dernières saisons, les clubs portugais ont vendu pour plus de 550 millions d’euros. La L1 – et ses 20 clubs – pointent à 635 millions d’euros. Le revenu par club se situe entre 10 et 12 millions d’euros en France et au Portugal. Mais comme pour les autres sources de recettes, la répartition est loin d’être équitable en Liga. Porto, Benfica, Sporting et maintenant Braga sont les principaux bénéficiaires. Mais ils vendent mieux. Les clubs de L1 vendent beaucoup mais mal. Depuis 2009, seuls six joueurs sont partis pour plus de 15 millions d'euros (Gourcuff, Gyan, Gignac, Benzema et Bastos). Quatre d'entre eux sont des transferts nationaux. Sur la même période, douze joueurs ont quitté le Portugal pour plus de 15 millions (Hulk, Witsel, Javi, Falcao, Coentrão, David Luiz, Ramires, Bruno Alves, Cissokho, Lucho et Lisandro). Tous sont partis à l'étranger dont trois... en France. Mais la principale différence entre ces deux championnats se situe dans la colonne achat. Depuis 2009, la balance des transferts est positive pour les équipes de la Liga (entre 1 et 9,4 millions d’euros par club en moyenne). Elle est négative pour la L1 sauf pour l’exercice 2010/11. La L1 est encore une fois victime de sa puissance financière. Sa DNCG lui impose des comptes sains et aux yeux de ses voisins ne pas être endetté est synonyme de richesse. Ils doivent donc mettre le prix fort. Aussi parce que contrairement aux Portugais, aux Espagnols ou aux Italiens les fonds d'investissements sont interdits. Les Français paient donc plein pot.
Modèle ou pas ? Oui, mais. Les clubs portugais vivent essentiellement des transferts de joueurs. Une dépendance qui représente un risque (comme la France dans une moindre mesure il y a quelques années) mais qui est avant tout une question de survie. Les Portugais savent exploiter la C1 et la C3 à fond afin d’exposer au mieux leurs actifs. Un sens du business, un "réseautage" que les Français n’ont pas. 
Nicolas VILAS : Commentateur du championnat portugais sur Ma Chaine Sport, Nicolas Vilas ne manque pas de promouvoir "sa" Liga via bloGolo.fr ou sur les ondes de RMC. Débats, analyses, interviews, il vit sa passion pour le "futebol" avec le sourire. Et tente, autant que possible, de le transmettre...

Nicolas Vilas

Crédit: Eurosport

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