Le Dynamo Kiev ne vendange plus son savoir-faire

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Tenté il y a quelque temps par la surenchère financière, le Dynamo Kiev d'Oleg Blokhine s'est recentré sur son savoir-faire traditionnel.

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Parfois, des grands clubs de football avec un riche passé choisissent de tourner le dos à leurs traditions pour entamer un nouveau cycle avec des idées et des hommes neufs, soit parce qu’ils pensent que leur modèle n’est plus soutenable, soit parce que de nouveaux concurrents sont apparus, nécessitant une nouvelle stratégie. C’est ce genre de virage que le Dynamo Kiev avait commencé à prendre à l’intersaison, sous la pression, non seulement du Shakhtar Donetsk, que la fortune de Rinat Akhmetov a hissé au premier rang des clubs ukrainiens depuis quatre ans, mais aussi d’autres clubs émergents et plutôt riches comme le Metalist Kharkiv et le FC Dniepr.
Alors le Dynamo a répondu avec les mêmes armes : l’argent et le recrutement d’étrangers confirmés ou prometteurs. Ruben, Miguel Veloso, Kranjcar, Raffael, Taiwo, environ 35 millions d’euros dépensés pour refaire la moitié de l’équipe et repenser l’animation offensive autour de Brown Ideye après la retraite de Sheva. Une stratégie mais une double erreur. D’abord, le Dynamo ne peut pas rivaliser financièrement avec le Shakhtar. Il est donc inutile de vouloir jouer à "qui a la plus longue" en alignant les signatures de joueurs étrangers.
L'Europe, un fossé
D’autant que malgré ses moyens illimités, le Shakhtar a toujours recruté malin, efficace et pas si cher que ça. C’est un savoir-faire que tout le monde n’a pas, d’où des "plantages" quand on s’y essaie. Demandez à Guardiola : Chygrinskiy s’en souvient encore. Ensuite, en adoptant cette stratégie, le Dynamo se coupait de son savoir-faire, de sa réelle plus-value façonnée pendant des décennies par le maître Valery Lobanovskiy : la formation, la primauté du collectif sur les individualités, la rigueur, le mouvement, un jeu presque scientifique qui a émerveillé l’Europe dans les années 1970 et 1980. Tout le contraire d’un Shakhtar où les Européens de l’Est défendent, et les artistes brésiliens s’amusent devant.
Alors, pour le niveau moyen ukrainien, ça suffit amplement puisque le club a enchaîné sept victoires lors des huit premières journées de championnat, mais quand les matches compliqués sont arrivés en septembre, le masque est tombé. En trois semaines, le Dynamo a encaissé deux grosses défaites contre son rival de Donetsk en coupe et championnat (3-1 et 4-1), et reçu une autre correction 4-1 au Parc des Princes en Ligue des champions. Beaucoup trop pour l’entraîneur russe Yuri Semin, débarqué fin septembre en même temps que la stratégie du nouveau Dynamo. A la place de Semin, le club a fait revenir la légende Oleg Blokhine, génie individuel certes, mais formé à l’école Lobanovskiy de la discipline et de la rigueur.
Le règne du Shakhtar va durer
Pendant deux mois, le Dynamo a cherché à limiter les dégâts en championnat mais a perdu contre les autres équipes qui montent, le Metalist Kharkiv et le FC Dniepr, démontrant l’absence de cohésion d’une équipe beaucoup trop chamboulée à l’intersaison dans son effectif et son style. Alors Blokhine est revenu, cet hiver, aux fondamentaux, en renvoyant de nombreux étrangers, dont certains étaient depuis longtemps au club, comme le Marocain El Kaddouri (sur lequel les clubs français en mal de latéraux feraient bien de se pencher), Betao et Ninkovic, partis prendre le bon air de la montagne à Evian, ou encore Raffael, acheté 8 millions d’euros six mois avant, et prêté sans ménagement à Schalke 04.
Soyons justes, Blokhine a également renvoyé en équipe B pour le reste de la saison Artem Milevskiy, définitivement pas à la hauteur de son avatar Football Manager. En contrepartie, les trois internationaux ukrainiens Bezus, Selin et Aliev ont rejoint l’effectif, des joueurs que Blokhine connaît bien pour les avoir eu sous ses ordres lors du dernier Euro. On avait alors entrevu ce que pourrait être une nouvelle génération de jeunes Ukrainiens prometteurs, à l’image de Yarmolenko. On oublierait presque que le défenseur croate Domagoj Vida, l’ami de Bafé Gomis, est aussi arrivé en janvier pour 6 millions d’euros, une somme (trop ?) importante pour un tel joueur.
Alors il faut bien l’admettre, le Dynamo n’est plus maître en son royaume et cela est parti pour durer, le club est même en danger pour la deuxième place en championnat. Il n’est plus en mesure, pour l’instant, de lutter en Ligue des champions, comme le Shakhtar peut le faire. En attendant l’éclosion de grands talents à la hauteur de Sheva ou Rebrov qui feront la différence, le Dynamo a battu Feyenoord et Mönchengladbach en début de saison lors des tours préliminaires de la Ligue des champions. D’honorables équipes européennes qui situent le niveau actuel du Dynamo : celui d’une équipe capable et motivée pour aller en quart de finale de l’Europa League. Une fois de plus, le football français, à travers les Girondins de Bordeaux, aura l’occasion de se jauger en n’oubliant pas que le Dynamo de février n’est plus celui de septembre. Et que Bordeaux n’est pas le PSG.
Auteur du blog "balkans' sports", Loïc Tregoures a été coordinateur et co-auteur de la publication "Les Balkans et le sport", publiée par le Courrier des Balkans en juin 2010. Doctorant en sciences politiques à l'Université Libre de Bruxelles, ses travaux portent sur les aspects politiques, sociaux et identitaires du football en ex-Yougoslavie. Il séjourne régulièrement dans la région.
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