Matches amicaux I Colombie - France I "Il était là sans être là" : Juan Quintero à Rennes, l'histoire d'un "crack" qui a fait flop
Par Timothé Crépin
Mis à jour 29/03/2026 à 11:15 GMT+2
Toujours sur les terrains, aujourd'hui à River Plate et en sélection colombienne, Juan Fernando Quintero rappelle quelques maigres souvenirs à la Ligue 1 avec son passage à Rennes. Avec des regrets tant le "potentiel frisson" était là. Retour sur l’histoire d’un échec avant le duel entre la France et la Colombie dimanche en match amical.
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Ce Colombie-France pourrait bien être l'occasion pour les amoureux de notre bonne vieille Ligue 1 de prendre des nouvelles d'un ancien pensionnaire qui aurait tellement pu (et dû) faire mieux lors de son passage dans l'hexagone. Souvenez-vous. Août 2015. Le 31, plus exactement. Dernier jour du mercato estival. Une deadline invraisemblable avec des mouvements restés (ou pas) dans les mémoires comme l'arrivée de Papy Djilobodji (Nantes) à Chelsea, celle du "légendaire" Paolo De Ceglie à l'OM ou encore le transfert retentissant d'Anthony Martial à Manchester United.
Mais aussi des boulettes comme le Real Madrid qui ne parvient pas à finaliser l'arrivée de David De Gea ou encore le teasing mythique de l'OM qui envoie un tweet à ses supporters à 23h05 : "Conseil du soir : soyez patients, le mercato se termine à minuit. On est si bien ensemble, non ?" Un post qui devait voir, quelques minutes plus tard, l'arrivée d'Erik Lamela. La suite, vous la connaissez. Une autre surprise intervient du côté, cette fois, du Stade Rennais : sur le gong, l'équipe entraînée alors par Philippe Montanier annonce l'arrivée en prêt, avec option d'achat, de Juan Fernando Quintero.
D'abord à Pescara pour remplacer Verratti
Le Colombien, 22 ans à l'époque, appartient au FC Porto, qui l'avait acheté pour environ 10 millions d'euros à Pescara deux ans plus tôt. Quintero, c'est l'histoire d'un "petit" (1,68 m) gaucher, né à Medellin, qui débute en D2 colombienne à 16 ans, avec, très rapidement, une terrible fracture tibia-péroné, qui ne l'empêchera de continuer son chemin. Et donc de débarquer en Italie, à Pescara, qui veut en faire le successeur d'un certain Marco Verratti, parti au PSG. L'adaptation se passe tellement bien qu'on évoque un jeune Quintero sur les tablettes des grands clubs italiens et même du Paris Saint-Germain. Il part donc finalement au FC Porto, où il peine à véritablement être un indiscutable malgré, par exemple, une première saison encourageante.
Le Stade Rennais le récupère donc en toute fin de mercato. C'est l'époque d'un Rennes qui est en plein feuilleton Ousmane Dembélé. Le crack de la formation rennaise avait longtemps été sur le départ, pas forcément sur la même longueur d'onde, notamment, que Philippe Montanier. Mais, finalement, le futur Dembouz signe son premier contrat professionnel avec le SRFC début octobre 2015. Sinon, Benoît Costil, Sylvain Armand, Romain Danzé, Benjamin André, Gelson Fernandes, Paul-Georges Ntep, Kamil Grosicki, Giovanni Sio... Ils sont tous là. Avec, même, l'arrivée de Yoann Gourcuff à la mi-septembre, quelques jours après Quintero. L'ancien international français est alors libre de tout contrat après la fin de son aventure bien complexe avec l'Olympique Lyonnais.
Le numéro 10 qui n'existe plus
Reste que Quintero signe en Ille-et-Vilaine pour dynamiter le jeu breton, mettre son grain de sel et permettre d'illuminer les Rouge & Noir avec sa technique et son profil. Car il faut bien se rendre compte que son prêt est un véritable événement. "Une arrivée de manière un peu surprenante, rembobine d'ailleurs Philippe Montanier, actuel entraîneur de l'AS Saint-Etienne, pour Eurosport. Dans le championnat de France, il était un des joueurs les plus suivis sur les réseaux sociaux, je crois, après Zlatan Ibrahimovic. Il avait une très grosse cote. Je crois que j'avais même fait le traducteur lors de sa première conférence de presse."
"Ce n'était pas un enfant-star, mais un joueur avec une réputation mondiale assez jeune, oui, enchaîne Romain Danzé, évidemment là à l'époque. C'était la nouvelle pépite colombienne. Il y avait eu pas mal de bruit." Mais c'est bien connu, les followers ne donnent pas de ticket automatique pour le terrain. Et Juan Fernando Quintero ne joue pas une seule minute avec le Stade Rennais avant... le 18 octobre ! Il est même envoyé avec la réserve, en N3, pour prendre des minutes et tenter de se mettre dans le rythme. "Il est arrivé en méforme, avec du retard, se souvient Montanier. Pas trop dans le rythme, avec un peu de surpoids, il a fallu le remettre en forme."
"Oui, il était un peu en surpoids, confirme Yacouba Sylla, coéquipier de Quintero à Rennes. Et cette excuse-là, ça lui a joué des tours, car footballistiquement, on ne pouvait rien lui dire. J'ai le souvenir d'un crack ! Mais dire 'Waouh, c'est un truc de fou...' On ne parle pas d'Ousmane Dembélé ! D'un joueur techniquement doué, avec une vision de jeu, avec tout ce qu'un talent peut avoir en termes de qualités techniques, de frappe de balle. C'était vraiment le pur 10, qui n'existe plus, qui a été effacé avec le foot moderne."
"Rennes, pas adapté pour lui"
En parlant d'artiste, Quintero débute en Ligue 1 face à l'OGC Nice. Mais pas n'importe quel OGC Nice. Celui de Claude Puel, avec les Jean Michael Seri, Vincent Koziello, Valère Germain, et surtout Hatem Ben Arfa. Ce Rennes-Nice (1-4) fut l'une des partitions somptueuses de HBA lors de son année de très haut niveau sur la Côte d'Azur. Sylvain Armand se souvient encore du but de Ben Arfa ce soir-là. Entré à 0-2, à vingt minutes du terme, à la place de Pedro Henrique, Quintero voit Nice ajouter les troisième et quatrième buts, avant de s'illustrer, déjà, d'une passe décisive pour Kamil Grosicki, auteur d'un but, pour l'honneur.
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Le voilà lancé, pense-t-on. Surtout qu'il enchaîne deux titularisations dans la foulée. Sans plus de réussite, que ce soit individuellement, que collectivement. "Montanier avait des résultats en sa faveur, avec un style de jeu pas forcément approprié à Quintero, observe Yacouba Sylla. Lui avait besoin d'une équipe qui joue pour lui. Et, à cette époque, Rennes était davantage un collectif, avec un 3-5-2 qui demandait à tous les joueurs de faire des efforts à tous les niveaux. Je pense que ce n'était pas adapté pour lui."
Quatrième avant le premier match de Quintero, Rennes glisse lentement mais sûrement en novembre et décembre, pour se retrouver même dixième. Le SRFC ne gagne qu'un seul match avec Quintero sur le terrain... "Super pied gauche, super technique, se remémore Romain Danzé. Il trouvait des angles de passes que peu de gens voyaient... Un numéro 10 à l'ancienne, un peu. Physiquement, il avait eu un peu de mal dans un championnat exigeant et très athlétique comme le nôtre. Il était pris par l'intensité des matchs et le pressing. Il avait vraiment du mal à se mettre dans le rythme. Quand vous n'êtes pas habitué à faire autant d'efforts que la Ligue 1 en demande... Et dans une équipe comme Rennes, qui joue au milieu de tableau, sans avoir tout le temps le ballon..."
"L'aspect défensif, tu pouvais l'oublier !"
Et le problème principal se situe bien ici : "Un numéro 10 vraiment intéressant avec le ballon. Beaucoup moins sans", résume Philippe Montanier. Yacouba Sylla reprend : "Cela n'a jamais été un monstre physique athlétiquement. Dans le projet de jeu du Stade Rennais, il peinait à trouver sa place. Quand il rentrait, il faisait toujours des bonnes choses, mais sur la durée entière d'un match de Ligue 1, par rapport à ce que le coach cherchait, ce n'était pas adapté. Oui, il était élégant et au-dessus de la moyenne au niveau des aptitudes techniques. Il éclaire le jeu quand tu lui donnes le ballon, mais l'aspect défensif, tu pouvais l'oublier ! Même s'il avait cette grinta, c'était limité." Mais Quintero a, sous Montanier, une fois davantage affûté, enchaîné les matchs, comme ces quatre présences dans le onze de départ entre le 6 décembre et le 9 janvier, pour un but, face à Caen (1-1), et une passe décisive devant Lorient (2-2).
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Mais Rennes ne gagne pas plus, et Philippe Montanier est écarté, et remplacé par Rolland Courbis (souvenez-vous de la situation ubuesque de Montanier qui va chercher Courbis en gare de Rennes, Courbis arrivant comme "conseiller" et promettant qu'il n'est absolument pas question de s'installer sur le banc par la suite). Quintero est toujours dans le onze pour les trois premiers matchs de coach Courbis comme entraîneur du Stade Rennais. Mais les Bretons sombrent à Bordeaux (0-4) et face à Saint-Etienne à domicile (0-1). Ce Rennes-ASSE du 4 février 2016 est en fait la dernière apparition de Quintero avec un maillot Rouge & Noir. Le Colombien disparaît de l'effectif.
"Juan c'est un de mes soucis, mais pas le souci numéro un, avouait Courbis, à l'époque, dans Ouest-France. C'est un joueur complètement désorienté. Il a certaines habitudes, il pense que pour être titulaire, il suffit de se pointer à l'entraînement..." Plusieurs années après, il avait renchérit sur RMC : "Il était toujours la tête ailleurs. Il était là sans être là. Je me moquais un peu de lui, je lui disais : 'Tu nous as inventé la formule du poids de méforme.'"
Fait assez rare, en avril 2016, le prêt de Quintero est cassé, retour à Porto, qui avait d'ailleurs prolongé son contrat quelques mois plus tôt. Mais Rennes, qui disposait d'une option d'achat, estimée à 20 millions d'euros, n'a évidemment pas donné suite. "On observe sur la suite de sa carrière que l'Europe n'a pas eu un style de jeu adapté à lui, analyse Philippe Montanier. Mais il n'avait pas mauvais caractère, je l'aimais bien. Il était une star en Colombie, il était à Porto et quand vous arrivez à Rennes, que vous commencez en réserve... Forcément, il s'attendait peut-être à autre chose."
"Cette période n'a pas été simple pour lui, mais je pense qu'elle a été formatrice, croit Romain Danzé. Je me souviens d'un garçon avec une très grosse personnalité, un très gros caractère. Il était très sympathique, mais on sentait qu'il pouvait vite s'agacer. Il pouvait même en devenir méchant, de temps en temps. Mais c'est le genre de joueurs que j'aime bien."
Pour Quintero, l'après-Rennes, et surtout le renouveau passera par la case départ : il retourne en Colombie, à Medellin, chez lui, en 2017. Pour ensuite signer une première fois à River Plate. Nous sommes en 2018, et il fait même son retour en sélection en mars face à...l'équipe de France, et cette remontada colombienne au Stade de France (de 0-2 à 3-2) avec Quintero auteur du troisième but décisif, sur penalty. Il effectue même une superbe phase de poules de Coupe du Monde en Russie (1 but, 2 passes décisives), et est un acteur majeur de la conquête de la Copa Libertadores, par River Plate, en finale face à Boca Juniors.
Mais cet élan est stoppé par une grave blessure aux ligaments croisés. Il tente l'aventure en Chine, sur un an, avant trois aller-retours entre l'Argentine et la Colombie. Pour, donc, retrouver une nouvelle fois River Plate l'été dernier. Et si, à 33 ans, il ne joue pas régulièrement avec sa sélection, il est quasiment toujours dans les listes depuis deux ans (45 sélections, 6 buts en tout depuis sa première cape en 2012). L'étape Rennes ne restera donc pas dans les mémoires au moment de faire son bilan dans quelques années. "Techniquement, c'était le plus doué, conclut Yacouba Sylla. Ça n'a pas collé, mais il a été professionnel, malgré tout, et ça je tiens à le souligner. Car il aurait pu être arrogant ou condescendant. Mais, non. On a eu la chance de l'avoir, mais ça ne s'est pas passé comme prévu pour lui."
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