MERCATO - Pourquoi la DATA s'invite aussi chez les plus petits pour les transferts
Publié 31/07/2023 à 00:25 GMT+2
La "data" est de plus en plus présente dans le football et notamment dans le secteur des transferts. Si certaines formations comme Toulouse sont devenues des références, le traitement des données peut s'avérer encore plus vital pour des clubs aux moyens plus limités, comme nous l'explique Pascal Bizzari, directeur d'un cabinet de conseil spécialisé dans la Data Centrique.
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Et si les petits clubs avaient une parade ? Depuis des années, comme dans tous les domaines, les datas sont devenues omniprésentes dans le football. Pour la préparation athlétique, le coaching même ou pour aider le public avec des stats éditorialisées, le traitement de données a transformé la manière d'aborder ou de travailler dans le monde du ballon rond. Et, sur le mercato, la tendance s'est démocratisée de manière exponentielle.
Cela fait quelques années maintenant que les "data" ont changé la manière de travailler de certains clubs ou agents. Toulouse a par exemple mis le traitement de données au cœur de sa stratégie de recrutement avec comme symbole de la réussite de cette politique l'achat en 2020 de Branco van den Boomen pour moins de 500 000 euros… Et si certains clubs s'en délectent, les joueurs s'en servent aussi à leurs fins.
Kevin De Bruyne avait par exemple fait appel à FC Analytics pour renégocier son salaire avec Manchester City en 2021. En montrant son influence grâce à des données, le génial Belge avait pu argumenter pour obtenir la revalorisation qu'il souhaitait. Avant lui, c'est Memphis Depay qui y avait eu recours quand il songeait à quitter Manchester United. "Son agent m'a demandé de le rencontrer. Il voulait de la liberté sur le terrain, pouvoir utiliser sa créativité. On a transcrit ça en données et on lui a conseillé cinq clubs, dont l'Olympique lyonnais", avait raconté à l'AFP Giels Brouwer, président de SciSports, entreprise néerlandaise.
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Cependant, c'est bien pour les petits clubs que cet outil pourrait s'avérer crucial sur le long terme. Pascal Bizarri, directeur général associé chez AVISIA – un cabinet de conseil spécialisé en Data, Digital et Technology – nous éclaire ainsi sur ce constat alors que son cabinet vient de créer un outil – le Player Index – pour aider ces clubs aux finances plus limitées. "Pour les agents et les clubs qui gèrent les joueurs les plus connus, il n'y a évidemment pas besoin d'un outil comme le Player Index, nous explique-t-il. Mais il prend tout son sens pour des agents ou des clubs avec des finances plus contraintes."
La raison ? La data permet d'économiser du temps et des moyens aux clubs. Vous avez besoin d'un attaquant capable de prendre la profondeur, d'un défenseur technique mais aussi puissant ? Des outils technologiques peuvent maintenant vous cibler quelques profils répondant à vos critères. "Si un club cherche par exemple un attaquant à un million d'euros, vous en avez plus de 1000 disponibles sur le marché européen. Si vous devez envoyer vos scouts, vous n'allez pas pouvoir superviser les 1000. Donc autant présélectionner les cinq ou dix qui sont les plus adaptés à votre style de jeu. Et avec l'intelligence artificielle et un outil comme notre Player Index, on va réussir à déterminer ces cinq-là qui correspondent à vos besoins et sont le plus adaptés à votre championnat", nous confie encore Pascal Bizzari.
Un mandataire sportif : "Ça permet de ne pas perdre du temps avec des joueurs"
Ce n'est pas magique non plus. Les datas ne peuvent évidemment pas se suffire à elles-mêmes. Les différentes données récoltées et analysées ne pourront pas permettre de dénicher et cibler LE joueur absolu. Mais c'est une aide précieuse à la décision pour favoriser le travail des scouts ou des agents. "La valeur ajoutée d'un scout est d'identifier si un joueur peut s'adapter à une équipe. Il va passer du temps avec l'entourage pour être sûr qu'il prend la bonne décision. Donc ce qu'on lui fait économiser en se concentrant sur cinq joueurs au lieu d'aller en voir 10, 15 ou 20, c'est un temps déterminant qu'il va pouvoir passer pour mieux choisir entre les cinq, complète Pascal Bizzari. C'est une aide à la rationalisation pour que les experts puissent se concentrer sur le fait de faire leur métier mais de façon plus concentrée et qu'ils évitent de perdre du temps dans des avions ou à regarder des vidéos."
Laurent Fellous, mandataire sportif qui collabore avec AVISIA depuis quelques années maintenant, est ainsi séduit. "Ça permet de ne pas perdre du temps avec des joueurs et de très vite se concentrer sur certains. C'est dur à dire mais c'est la réalité. Et sur le plan qualitatif, c'est une plus-value qui est très importante. (…) Grâce à cet outil-là, je peux faciliter mon scouting des joueurs que je souhaiterais solliciter pour rejoindre mon agence". "Ces outils ont changé le rapport au temps" dans le recrutement, avait d'ailleurs aussi reconnu pour l'AFP Francesco Vallone, coordinateur du scouting au sein de la direction sportive de l'AS Rome.
Si tous les championnats ne peuvent pas encore être concernés, l'analyse de données grâce à ces nouveaux outils peut bien contribuer à aider certains clubs à s'en sortir sur ce marché hyperconcurrentiel. "De plus en plus de clubs ont recours à ces outils. Il y a une prise de conscience que la data peut apporter une plus-value", lance Laurent Fellous. "Les clubs sont de plus en plus convaincus que pour construire une décision, ils ont besoin d'avoir quelque chose qui va venir compléter leur expertise terrain-métier. Soit en allant dans le sens ce qui va les rassurer, soit ça va les challenger", conclut Pascal Bizzari. Et si ça peut réduire l'incertitude, c'est le genre de détails qui n'en est pas.
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