C'est un uppercut qui frappe quand on ne s'y attend pas. Puis une évidence qui finit par crever les yeux. C'est un instant unique, par définition : le début de la légende. Quand un joueur parmi tant d'autres devient ce joueur pas comme les autres. Quand se révèle le génie pur sur ce brouillon qu'est la jeunesse. Comment naissent les légendes du jeu ? Par surprise, souvent. Avec éclat, toujours. Retour sur six moments de grâce. Six soirées qui ont vu Lionel, Cristiano, Manuel, Neymar da Silva Santos Junior, Antoine et Kylian devenir Messi, Ronaldo, Neuer, Neymar, Griezmann et Mbappé.

"Lui, il a des couilles" : Ronaldo, folle première

Football
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Manchester United – Bolton : 4-0
Premier League
16 août 2003
Il a le sourire cabossée, la mèche péroxydée comme pas mal de gamins de son âge à cette époque mais surtout quelque chose en plus. Les dribbles, les accélérations, le sens du but. A 18 ans, Cristiano Ronaldo vient tout juste de débarquer en Angleterre après avoir séduit quelques semaines plus tôt, sous le maillot du Sporting Lisbonne, Alex Ferguson lors d'un match amical. Pour sa grande première à Old Trafford, il entre à l'heure de jeu à la place de Nicky Butt. Man U mène péniblement face à Bolton (1-0).
En 30 minutes, il crève l'écran. Il provoque un penalty, délivre trois caviars mal négociés par des coéquipiers maladroits, laboure le côté droit et le côté gauche du terrain avec un incomparable culot. Bolton sombre (défaite 4-0) face à la naissance d'un phénomène. En 30 minutes, Ronaldo a mis le Royaume dans sa poche. "Tout de suite, je me dis : 'Lui, il a des couilles", se souvient Ferguson dans son autobiographie. Sam Allardyce, infortuné coach de Bolton, le compare déjà au légendaire Ryan Giggs. "Ce sont les plus beaux débuts sous le maillot de Manchester que j'ai vus de toute ma vie, s'enthousiasme le regretté George Best, iconique numéro 7 des Red Devils. Certains joueurs ont des points communs avec moi mais lui en a plus que quiconque d'autant qu'il a les deux pieds."
Sous la plume du très vénérable John Lawton, le Telegraph écrira dans son compte-rendu de match : "Regarder Ronaldo cette après-midi, c'est comme lire la première page d'un livre dont on sait instantanément qu'il deviendra un classique." Un classique aux cinq Ballon d'Or.

L'Europe rencontre le "monstre" Messi

Chelsea – FC Barcelone : 1-2
22 février 2006
8e de finale de la Ligue des champions
A 18 ans, Lionel Messi est déjà une sacrée promesse. Voilà dix mois que le petit Argentin a marqué son premier but en Liga et il commence à faire parler de lui hors d'Espagne. Mais en ce mois de février, personne ne s'attend vraiment à ce qu'il démarre le choc des 8es de finale de la Ligue des Champions à Stamford Bridge. Sur une pelouse à la limite du praticable, l'Argentin vole sur la rencontre. Chaque prise de balle est un coup de canif dans la défense bétonnée de José Mourinho.
Ce soir-là, incontestablement, il se passe quelque chose. On ne voit que ce gamin à la nuque longue et au maillot trop large. Le numéro 30 fait vivre un cauchemar à ses gardes du corps. "Ce jour-là, j'ai rencontré un monstre", confiera bien plus tard Claude Makelele alors milieu de Chelsea. Le petit pont sur Arjen Robben est celui de trop. Asier Del Horno, arrière gauche des Blues en perdition, le fauche au niveau du genou. Carton rouge dès la 36e minute. Le tournant de ce 8e incandescent. Bien sûr, Messi, en dépit d'un missile sur la barre, ne marquera pas ce soir-là mais l'Europe est prévenue. Il faudra désormais compter avec le lutin venu de Catalogne et ses dribbles venus d'ailleurs.

Messi et Robben lors de Chelsea - FC Barcelone (1-2, 8e de finale de la C1, février 2006)

Crédit: Getty Images

José Mourinho l'adoube de son habituelle mauvaise foi : "Comment dit-on tricher en catalan ? Barcelone est une ville culturelle avec beaucoup de grands théâtres et ce garçon-là a semble-t-il très bien appris. Il sait très bien jouer les acteurs." Messi se blessera au match retour et mettra un terme à sa saison. Le Barça remportera la Ligue des champions sans lui. Ce ne sera que partie remise.

Neuer et la naissance du mur de Gelsenkirchen

Porto – Schalke 04 : 1-0 (1 tab à 4).
8e de finale de la Ligue des champions
5 mars 2008
"A star is born". Voilà comment la presse anglaise résume la soirée de Manuel Neuer. Il paraît que le poste de gardien de but réclame plus de maturité, davantage de patience. Sauf pour Manuel Neuer. La légende du meilleur gardien des années 2010 commence un soir de 8e de finale de Ligue des champions à Porto. Après une courte victoire à l'aller (1-0), Schalke 04 s'en remet aux exploits de son tout jeune gardien de 21 ans. "Ça reste aujourd'hui encore l'un des plus grands matches de ma carrière", se souvenait-il en 2015, après sept années de très haut niveau.
Ce soir-là, il écoeure les Portugais. Il y a ce tacle aérien sur une tête à bout portant, ce duel remporté face à Tarik Sektioui, les arrêts décisifs face à Lisandro et Bosingwa. Le mur de Gelsenkirchen est né alors même qu'il ne dispute que sa deuxième saison comme titulaire. Lisandro finit par percer l'armure mais énerve le bonhomme. La prolongation offre une nouvelle démonstration et Neuer qualifiera les siens en détournant deux tirs au but dont celui… du futur Lyonnais. "Nous devons notre qualification aux arrêts fantastiques de notre gardien", avouera Mirko Slomka, son coach. Cette soirée en appellera quelques autres à décourager les attaquants adverses (cette phrase me fait un peu bizarre en la lisant). Demandez donc à Kylian Mbappé et Neymar…

Neymar, un bijou pour reprendre le flambeau

Santos – Flamengo : 4-5
12e journée du championnat du Brésil
27 juillet 2011
"Le match d'aujourd'hui va rentrer dans l'histoire. L'équipe de Santos est très bonne. On ne sait jamais où ces gamins vont aller mais ils iront loin." A peine la rencontre achevée, le légendaire Vanderlei Luxembourgo, alors coach de Flamengo, en a tout de suite saisi la portée. Ce qui s'est passé ce jour-là, tout le monde au Brésil s'en souvient. Tout est réuni. Santos, vainqueur de la Copa Libertadores et son jeune loup affamé, Neymar, reçoit le Flamengo du Ballon d'Or, Ronaldinho. Un match en forme de passation de pouvoir. Mais ce sera bien plus que cela.

Neymar - Santos 2011

Crédit: Imago

Un spectacle dingue et au milieu, deux légendes cariocas. Neymar est déjà international mais encore loin de l'Europe et du Barça. A 19 ans, le futur Parisien est la plus grande promesse du pays mais personne ne sait si son destin basculera du bon côté comme ce fut le cas de Ronnie quelques années plus tôt.
Ce 27 juillet, le duo se rend coup pour coup. Un triplé et une passe décisive pour Ronaldinho, un doublé et deux passes décisives pour son successeur. Neymar marque les esprits avec un slalom devenu une signature et un but qui lui vaudra le prix Puskas de la plus belle réalisation de 2011 devant Lionel Messi. Le match traverse l'Atlantique, la réputation du crack de Santos aussi. Désormais, il ne fait plus aucun doute que son destin basculera du bon côté.

Griezmann, un ciseau et une revanche

Lyon – Real Sociedad : 0-2
Barrages de Ligue des champions
21 août 2013
Il lui a toujours fallu plus de temps que les autres. Mais quand il explose, Griezmann ne le fait pas à moitié. Après quelques saisons correctes en Liga, à la Real Sociedad, le Français découvre le grand monde et la Ligue des champions un soir d'été… à Gerland. A quelques kilomètres de Mâcon, sa ville natale, face à un club, l'OL donc, qui n'a pas voulu de lui et qui le faisait rêver gamin, Griezmann, alors totalement inconnu du grand public à 22 ans, va goûter à sa revanche pour son premier match officiel sur le territoire français.
Après 17 minutes et un ciseau envoyé dans les filets d'Anthony Lopes, Gerland comprend qu'il a affaire à un phénomène à la crête peroxydée. Le petit blond, qui marque ce soir-là le plus beau but de sa carrière, n'est pas encore le petit fiancé de la France mais il a soigné ses retrouvailles avec son pays d'origine. Sept mois plus tard, il découvrira les Bleus avant de s'envoler avec eux au Brésil. Depuis ce mois d'août 2013, Griezmann n'est plus un inconnu.

Rapidité, précocité, Mbappé

Manchester City – Monaco : 5-3
8e de finale de la Ligue des champions
21 février 2017
Avec lui, tout est allé beaucoup plus vite. Le météorite Mbappé a ravagé l'Europe en l'espace de quelques matches et à 18 ans seulement. Ce soir-là, à l'Etihad Stadium, chaque acteur, chaque observateur comprend qu'il assiste à la naissance d'un phénomène. Au beau milieu d'un fantastique 8e de finale, de l'un des matches de l'année, le gamin de Bondy met 40 minutes avant de devenir le deuxième plus jeune buteur français de l'histoire en C1.
Il est 21h25 quand il file dans la profondeur et fusille City d'une frappe sous la barre. Maigre comme un clou, Mbappé, qui commence tout juste à se faire une réputation en L1, honore sa première titularisation en C1 après seulement 25 minutes jouées en phase de poules. Chacun sait alors que ce n'est que le balbutiement. Que ce gamin-là à quelques choses de différent dans les guiboles.
"Courtisé par Arsenal, Mbappé est meilleur qu'Henry au même âge. Il possède la même vitesse et la même puissance que lui. Le plus impressionnant, c'est qu'on dirait qu'il n'a déjà plus rien à apprendre", s'étonne le Daily Mail après la première démonstration de la bombe de Bondy en C1. "Il y aura bientôt la queue pour lui au mercato", prévient le quotidien. "Il atteindra l'équipe de France dans peu de temps", prédit ce soir-là Bacary Sagna. Bien vu.

Kylian Mbappé (Monaco) après son but contre Manchester City

Crédit: AFP

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