Aux abords du stade, il descend de sa luxueuse camionnette noire aux vitres fumées, rapidement assailli par des journalistes mais aussi acclamé par quelques femmes d'un âge certain. Fidel Kuri, le propriétaire de Veracruz semble serein alors que son équipe s'apprête à recevoir, ce vendredi 3 mai, l'América, pour le compte de la 17e et dernière journée de saison régulière. "Veracruz va rester en première division" va t-il même affirmer au terme de la rencontre.
Le classement de la LigaMX, le championnat mexicain, dit tout autre chose. Après une nouvelle défaite (0-2), sa 13e de la saison, son équipe n'affiche pas le moindre point au compteur. Un véritable zéro pointé. Les Tiburones Rojos (requins rouges) sont aussi derniers du classement au pourcentage, qui décide de la descente en prenant en compte les résultats sur six tournois (trois ans). Sur le terrain, l'ex-Toulousain Colin Kazim-Richards et consorts ont bien gagné quatre points mais ils leur ont été retirés à la mi-avril. Une sanction pour ne pas avoir payé des droits de formation aux Montevideo Wanderers, dans le cadre du transfert, en 2017, de l'Uruguayen Matías Santos.

Fidel Kuri

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Les supporters des Tiburones auraient donc eu de bonnes raisons d'être remontés envers Kuri, cet entrepreneur du transport et ex-député du PRI (parti révolutionnaire institutionnel), mais les spécialistes des us et coutume de la politique mexicaine ont surtout vu dans les soutiens du président des femmes dans le besoin amenées sur place en échange d'une aide modique.

Port pour club pirate

Port par lequel est entré le football au Mexique à la fin du XIXe siècle, Veracruz en est aujourd'hui réduit à héberger un club pirate. Avant leur tournoi de clôture 2019 calamiteux jalonné d'une défaite abyssale face à Pachuca (9-2), les Tiburones avaient ainsi déjà un lourd passif qui leur donnaient une image d'infréquentable de la LigaMX. En janvier 2016, Fidel Kuri avait ainsi été suspendu de ses fonctions après avoir agressé physiquement le directeur de la commission d'arbitrage, Edgardo Codesal (l'arbitre de la finale du Mondial 1990), au cours d'un match au stade Luis "Pirata" Fuente.
Un an plus tard, le propriétaire s'en était pris à André-Pierre Gignac qu'il avait accusé d'avoir provoqué ses supporters, alors que des échauffourées avaient éclaté entre partisans de Veracruz et de Tigres. "Qu'il s'en aille du Mexique", s'était exclamé Kuri. Le propriétaire des Tiburones avait aussi utilisé ses joueurs dans le cadre d'un meeting politique, un mélange des genres interdit par le règlement de la LigaMX.
Le quotidien turbulent et trouble de Veracruz rappelle étrangement celui de l'équipe "Club de Cuervos", une série de Netflix qui s'attaque sur le ton de la comédie aux tabous ou aux secrets de polichinelle du foot mexicain, et à la gestion autoritaire de ses dirigeants. Un des épisodes les plus salés de la récente histoire des Tiburones eut lieu lors du tournoi de clôture 2018, quand des arriérés de salaire avaient conduit les joueurs à faire grève et l'entraîneur, Guillermo Vazquez, à démissionner. Le différent entre Vazquez et Kuri s'était réglé via médias interposés, et avait jeté sur la place publique le thème des "double contrats". Alors que Vazquez réclamait ses arriérés de salaire, ESPN révélait que sont contrat signé avec la Fédération ne s'élevait qu'à 2500 euros mensuels, très loin des émoluments auquel pouvait aspirer un entraîneur champion du Mexique en 2011. L'astuce ? Un autre contrat, bien plus rondelet, lie une société qui ne porte pas le nom du club à son employé, dans un but évident d'évasion fiscale.
Devant ces révélations, les dirigeants de la LigaMX avaient joué les vierges effarouchées, expliquant que cette pratique n'avait pas lieu d'être, mais n'avait pourtant absolument pas tiqué sur le montant dérisoire de la rémunération de l'entraîneur quand le contrat leur avait été envoyé. Peut-être car ils ont l'habitude de fermer les yeux … "Les double contrats sont une pratique généralisée" avait d'ailleurs assuré Mario Trejo, le directeur sportif de Veracruz, qui fut longtemps dirigeant des Pumas, un historique du football mexicain.

Un maintien à zéro point ?

En 2018, une action des représentants de Kalu Uche envers Tigres, passée devant le TAS, avait, en tout cas, mis en évidence que le puissant club mexicain était également un habitué de cette pratique illégale, comme l'avait révélé le quotidien Record. Arrivé en même temps qu'André-Pierre Gignac, à l'été 2016, le Nigérian recevait un salaire de 350 000 euros annuels, mais surtout des droits d'image pour un montant d'1,785 million d'euros. Alors qu'Uche s'était engagé pour trois ans, Tigres s'en était séparé un an après son arrivée, mais le TAS a donné raison au Nigérian qui réclamait une indemnisation sur l'ensemble de ses contrats signés, et pas seulement sur celui envoyé à la fédération. Et si le tort de Veracruz était aussi d'avoir mis sur la place publique le linge sale du football mexicain ?

Veracruz vs America

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Le Veracruz de Kuri est, en tout cas, le produit des arrangements avec le règlement qu'affectionnent tant les patrons du foot local. En 2013, le polémique président avait ainsi fait accéder un autre club en première division : les Reboceros La Piedad, représentant d'une petite ville du Michoacán de 100 000 habitants, située à près de 800 kilomètres de Veracruz. Mais quelques semaines plus tard, la franchise déménageait au bord du golfe du Mexique, sans que la LigaMX n'y trouve à redire. Si les transferts de franchises sont courants au Mexique, le règlement interdit pourtant qu'il ait lieu lors du tournoi qui suit une montée dans l'élite "sauf si le comité exécutif le juge nécessaire". Une exception qui permet de se donner une certaine marge de manœuvre… Les supporters de La Piedad virent donc leur équipe s'en aller du jour au lendemain à Veracruz, une agglomération de plus de 500 000 habitants, équipée d'un stade de près de 30000 places. Autrement dit, un produit bien plus rémunérateur que la Piedad.
Un temps complice de Kuri, la LigaMX le traite désormais comme un indésirable. Pourtant, un nouvel arrangement avec le règlement pourrait encore lui bénéficier. Alors que la majorité des dirigeants de clubs souhaitent que le championnat de première division s'étende à vingt participants (contre dix-huit, aujourd'hui), le président de la LigaMX, Enrique Bonilla, a déclaré que le club relégué cette saison pourrait se sauver s'il payait une "amende" de six millions d'euros. Ce cas de figure n'apparaît pourtant pas dans le règlement de la compétition. Kuri a, en tout cas, déjà assuré qu'il pourrait payer la note. La saison prochaine, le championnat mexicain pourrait donc se jouer à dix-neuf, avec une équipe maintenue malgré son zéro pointé.
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