Pourquoi les Girondins de Bordeaux galèrent autant N2 (quatrième division) : "J'avais annoncé qu'il y en aurait pour dix ans"

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Malgré son statut de club historique du football français, Bordeaux ne domine pas totalement les débats en National 2, où il a été rétrogradé administrativement en 2024. Pire, il risque même d'y rempiler pour une troisième saison consécutive au regard de sa dynamique actuelle. Comment donc expliquer un tel fiasco ?

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Video credit: Eurosport

C'était écrit : les Girondins de Bordeaux, sextuples champions de France, ne devaient pas faire de vieux os en National 2. Et pourtant, pratiquement deux ans après sa rétrogradation administrative au quatrième échelon, le club présidé par Gérard Lopez ne domine pas totalement les débats. Pire, il risque même d'y rempiler pour une troisième saison consécutive.
Après 23 journées de championnat, Bordeaux est deuxième de la poule A, à six points du leader La Roche-sur-Yon, qui a un match en retard à jouer à Bayonne le 8 avril. Leader à la trêve, le quart de finaliste de la Ligue des champions 2010 vient de perdre ses deux dernières rencontres, face à La Roche-sur-Yon (1-0, pourtant à dix contre onze pendant plus d'une période) et à domicile samedi dernier contre Chauray (1-3), actuellement dixième du championnat.
Cet enchaînement a provoqué dimanche dernier la mise à l'écart de Bruno Irlès - arrivé à l'été 2024 avec la Coupe d'Europe dans un coin de la tête comme il le confiait à l'époque à Eurosport - remplacé par Rio Mavuba, ex-milieu emblématique du club et désormais ancien entraîneur de l'équipe U16. "La montée directe en Ligue 3 ? J'y crois. Les fondations sont beaucoup plus stables. Cela se ressent à tous les niveaux", déclarait pourtant Gérard Lopez à nos confrères de L'Equipe en janvier.
En effet, la première saison en N2 n'a pas du tout été simple à démarrer avec tout un effectif à reconstruire. Rio Mavuba et Paul Baysse ont d'ailleurs dû sortir brièvement de leur retraite pour faire le nombre. "Il faut rappeler que Bruno Irlès a constitué l'équipe dans sa voiture à son arrivée en 2024. Il faisait tout pour trouver des joueurs car on a eu du mal à commencer le championnat comme il manquait du monde, nous glisse Hervé Bugnet, ancien attaquant des Girondins et actuellement consultant sur TV7 à l'occasion des matches de Bordeaux. Ça aurait pu le faire en 2025, mais au mois de mars, ils se sont complètement écroulés. Cette saison, j'ai peur que ça fasse la même chose."
Porter le maillot avec le scapulaire, ça représente beaucoup de pression
Mais pourquoi donc l'un des plus grands clubs du football français n'arrive pas à survoler les débats au sein du quatrième échelon national, qui n'offre qu'un seul ticket pour la Ligue 3 au leader de chaque groupe (ndlr : A, B et C) ? Pire, pourquoi est-il mis en difficulté comme l'illustrent ses cinq défaites cette saison en championnat (contre Granville, Saint-Malo et Les Herbiers avant La Roche-sur-Yon et Chauray) ou sa quatrième place finale en 2025 derrière Saint-Brieuc, les Herbiers et Saint-Malo alors que l'affluence moyenne du Matmut Atlantique est supérieure à 10 500 spectateurs et qu'un millier de supporters se déplace à chaque match à l'extérieur ?
"Porter le maillot avec le scapulaire, ça représente beaucoup de pression. On sent que les joueurs jouent avec le frein à main. Parfois, je deviens fou et je ne suis sûrement pas le seul, note Hervé Bugnet, qui a regardé toutes les rencontres des Girondins cette saison. Après, sur certains matches, on a vu de la qualité comme à Poitiers (0-3) ou lors du match aller contre La Roche-sur-Yon (3-0), qui n'a pas touché le sol." "Quand on avait gagné en août dernier (2-1), les supporters bordelais étaient déjà en train de gronder les joueurs alors qu'on n'était qu'à la deuxième journée, nous raconte Matthias Jouan, l'ex-entraîneur de Granville. Cela montre l'exigence qu'il y a autour de ce club et peut-être que certains ne sont pas prêts à le supporter. Pour jouer à Bordeaux, il faut être armé."
Contre Bordeaux, les adversaires font le match de leur vie et jouent à 150% au lieu d'être à 100% où légèrement en dessous
D'autres éléments doivent être pris en compte pour expliquer les difficultés sportives de Bordeaux comme nous le confie l'entraîneur de Chauray, Yassine Azahaf, qui a créé l'exploit sur le terrain du Matmut Atlantique la semaine passée. "Pour moi, il y a deux raisons qui expliquent la situation actuelle : la première est que les Girondins sont la bête noire de la poule par rapport à ce qu'ils représentent. C'est comme le PSG en Ligue 1. Quand ils se déplacent, ce ne sont plus des matches de championnat mais des rencontres de Coupe de France. Les adversaires font le match de leur vie et jouent à 150% au lieu d'être à 100% où légèrement en dessous. Nous, samedi dernier, on était en vigilance plus, plus, plus sur les aspects défensif et offensif, décrypte-t-il dans un premier temps. Le deuxième point, c'est le non-alignement de ce que j'appelle 'la règle des trois C' : le capital, le concept, soit une ligne directrice claire à tous les étages concernant la politique sportive, et la compétence, avec des joueurs capables ou non de répondre à la commande."
Pourtant, au regard de son effectif, Bordeaux est sûrement mieux armé que la saison passée. Une dizaine d'éléments a déjà connu le monde professionnel comme Oualid El Hajjam (international marocain, 69 matches de L1 et 114 de L2 sous les couleurs de Troyes et Amiens, champion de Ligue 2 2023 avec Le Havre), l'international gabonais Royce Openda, Jan Hoekstra (ex-international U21 néerlandais, 55 matches de D2 des Pays-Bas), le demi-finaliste de la C1 2017 avec Monaco Almamy Touré victime d'une blessure longue durée ou Yanis Merdji (179 matches de L2 avec Niort, Auxerre, Le Mans ou Châteauroux) écarté depuis de très longs mois pour des raisons disciplinaires. Sans parler de Bruno Irlès, qui avait maintenu Troyes en L1 en 2022.
"Après, il faut respecter ce championnat, martèle Matthias Jouan. La N2 est un championnat difficile et relevé. Il y a des joueurs de qualité avec des entraîneurs qui connaissent très bien le championnat. Quand on regarde La Roche-sur-Yon par exemple, ils ont un beau projet de jeu et ça leur permet d'être devant Bordeaux aujourd'hui. Même si c'est Bordeaux, ça ne leur promet pas une place assurée tout en haut sans se battre".
Quand tu construis une maison, il te faut des fondations solides. Sinon, elle s'écroule
"La Ligue 1, c'est compliqué quand on est joueur. Mais plus on descend de division et plus c'est difficile, corrobore Hervé Bugnet. En N2, il y a tellement d'équipes qui veulent remonter." Pour l'ex-coéquipier de Christophe Dugarry et Lilian Laslandes, le retour vers les sommets risque d'être long. Très, très long même surtout avec une dette estimée à quelque 90 millions d'euros comme le révélait Sud-Ouest il y a un an. "Quand Bordeaux a perdu le statut professionnel en 2024, un cataclysme avec la perte du centre de formation qui s'est matérialisée par le départ d'une centaine de jeunes, j'avais annoncé qu'il y en aurait pour dix ans, estime-t-il. J'espère me tromper mais quand tu construis une maison, il te faut des fondations solides. Sinon, elle s'écroule. Si le bateau touche le fond, c'est peut-être que la direction n'est pas adaptée au courant. Finalement, ce sont les salariés, les supporters, les jeunes de l'école de foot qui ont payé les pots cassés sans parler de l'image pour la ville."
Désormais, la place de meilleur deuxième de National 2 pourrait-elle sauver les meubles ? Hervé Bugnet encore : "Si on monte comme ça, on prendra. Mais, je n'ai pas envie de faire une Maroc-Sénégal. La montée, ça se joue sur le terrain, pas dans les papiers, la presse ou avec une intervention de la fédé. Je souhaite bonne chance à Rio Mavuba." En effet, cette première mission à la tête d'une équipe première s'annonce très périlleuse pour l'ancienne pépite du Haillan.

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