Pelé restera unique, plus encore que le "GOAT"

Pelé, mort à 82 ans, gardera pour toujours une place inégalable dans l'histoire du football. En était-il le plus grand joueur ? Sans doute, même si d'autres peuvent le titiller dans ce débat sans fin. Mais pour tout ce qu'il était, pour tout ce qu'il a fait et tout ce qu'il représentait, impossible de lui trouver un égal, tant sa place est à part. Il était le Roi, tout simplement.

Pelé, 1940 - 2022.

Crédit: Getty Images

A l'heure de la course effrénée au "GOAT" en tout genre, le plus grand joueur de l'histoire du football vient-il de s'éteindre ? A Pelé, a-t-on le droit de "préférer" en la matière un Diego Maradona ? Ou un Lionel Messi, désormais auréolé de tous les honneurs possibles après son sacre au Qatar avec l'Abiceleste ? On a tous les droits puisqu'il est ici question, au moins dans une certaine mesure, de goût, de choix, de génération, de sensibilité et de bien d'autres choses, mais en tout cas pas de vérité scientifique. Personne n'est incontestable.
Ce qui l'est, nous semble-t-il, c'est en revanche le caractère absolument unique du joueur Pelé, du champion Pelé et du personnage Pelé. Il a apporté trop de choses et en a changé suffisamment d'autres pour que sa place ne puisse être convoitée par personne d'autre. Au même niveau, juste à côté, en-dessous ou au-dessus de lui, c'est une autre affaire. Mais il n'y a qu'une place pour le roi et c'est lui qui l'occupe. Peu importe le versant par lequel on choisit d'aborder la montagne Pelé, c'est à chaque fois la garantie de se retrouver en territoire u-ni-que.

La marque Pelé

Son nom, d'abord. Son surnom, plutôt. Pelé. Véritable pan culturel au Brésil, le surnom renvoie à l'identité du personnage, qu'il s'agisse d'une caractéristique physique, une origine, sociale ou géographique, ou autre. Garrincha a été baptisé ainsi parce qu'il évoquait ce petit oiseau brésilien épris de liberté. Pelé ne veut rien dire d'autre que... Pelé.
Mais c'est un coup marketing de génie avant l'heure. Pe-lé. Quatre lettres. Deux syllabes. Ça claque comme une marque. Coca. Nike. Pelé. Dire qu'initialement, il avait été question de le surnommer... Gasoline pour son gros moteur sur le terrain. Cela peut sembler anodin mais ça ne l'est pas, car une fois devenu "O Rei", "Le Roi", ce patronyme sera une des forces de la promotion de son propre mythe. Pelé, c'est simple, universel, facile à prononcer et à entendre. Pour tous.
Du timing aussi il fut le roi, car la légende auriverde aura eu, dans son bonheur, la chance de tomber au meilleur des moments, celui de la mise en place d'un football globalisé. Sa carrière nait presque en même temps que l'expansion de la télévision. Son chef-d'œuvre absolu qu'est le Mondial 1970 (qui l'a installé dans sa propre dimension pour l'éternité) est aussi le premier à être diffusé en mondovision et en couleur, partout. Baignées par la lumière mexicaine, ses actions de légende du Jalisco ou du stade Aztèque ont été sublimées par ces images d'une modernité folle, à l'image de son jeu.
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Pelé lors de la finale 1970 contre l'Italie.

Crédit: Getty Images

L'intouchable

Pelé a fait entrer le football dans la modernité et la modernité a hissé Pelé sur des hauteurs totalement inimaginables avant lui. Ce fut sa grandeur, mais aussi sa chance. Le même joueur, né 20 ans plus tôt, n'aurait pas laissé la même empreinte. Dans les stats et les palmarès, peut-être. Dans l'imaginaire, sûrement pas. Apparu 20 ans plus tard, il se serait retrouvé noyé dans une forme de magma planétaire qu'est devenu le foot mondialisé. Pile au bon moment, tel était le destin du Roi. Unique.
Il en va de même pour la place qu'il tient chez lui. Éloignons-nous un instant des considérations universalistes pour ramener Pelé à la maison, dans ce football brésilien qui, encore plus à son époque qu'à la nôtre, tenait une place à part dans le paysage mondial. Là-bas, il aura peut-être été plus vénéré que profondément aimé. Non qu'on ne l'aimait pas. Mais le peuple brésilien tisse des liens affectifs particuliers avec ses idoles et dans ce domaine, Pelé n'a jamais pu égaler Garrincha. En revanche, en tant que souverain, il est intouchable. Inattaquable.
Une seule anecdote suffit à s'en convaincre. Elle est formidable et a été narrée par le journaliste Alex Bellos, auteur du non moins formidable livre "Futebol, The Brazilian way of Life". Le "car-jacking" est monnaie courante dans les grandes métropoles brésiliennes. Et même les stars le subissent parfois.
C'était arrivé à Romario, notamment, dans les années 90. Braqué à un feu rouge, l'attaquant du Barça, héros du titre mondial de la Seleçao en 1994, avait dû rentrer à pied. La même mésaventure était arrivée à Pelé quelques semaines plus tard. Mais lorsque les agresseurs ont découvert qui était au volant quand "O Rei" a baissé sa vitre, ils se sont excusés et sont partis. On ne touchait pas à Pelé. Quoi qu'il puisse dire, faire ou penser. Parce qu'il était lui et qu'il n'y avait qu'un seul Pelé.
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Romario et Pele

Crédit: Facebook

Tout ceci ne doit cependant pas faire oublier l'essentiel. La racine du mythe : le joueur Pelé. De l'enfant-prodige de Santos, champion du monde à 17 ans, au souverain tout-puissant de Mexico, le footballeur Edson Arantes do Nascimento a fasciné non seulement sa génération mais aussi celles d'après. Ce qui frappe, plus d'un demi-siècle après les faits, c'est l'extrême modernité du Pelé de 70, dans le compromis expression technique et physique. Ce n'est pas que c'était mieux avant, c'est qu'il y a eu un avant et un après Pelé et cela, pas sûr qu'on puisse le dire de beaucoup de joueurs.
Pionnier en tout, il a globalisé le football, réussissant même, au moins un temps, à l'implanter aux Etats-Unis. Il a fait de la Coupe du monde ce qu'elle est devenue, le rendez-vous sportif le plus puissant de la planète. Il aura été le plus jeune champion du monde. Le plus jeune buteur en finale. Il est aussi, surtout, le seul, après bientôt un siècle d'existence de ce rendez-vous, à l'avoir gagné à trois reprises. Le seul. L'unique. On peut y voir un hasard. On aurait tort. C'était le destin du Roi.
"Pelé ne meurt pas. Pelé ne mourra jamais. Pelé va continuer de vivre pour toujours. Mais Edson est une personne normale qui va mourir un jour, et les gens l'oublient", disait-il. Edson est mort. Mais le Roi, non content d'être unique, restera aussi éternel.
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Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé.

Crédit: Getty Images

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